Qu’est-ce qu’il fait, cette nuit ? Qu’est-ce qu’il fait, son si discret voisin, qui se cache derrière un parfum d’hydrocarbure ? Beatrix l’entend travailler, au-dessus de chez elle, et elle imagine n’importe quoi. Mais cette nuit, c’est plus fort qu’elle. Cette nuit, elle grimpe chez lui et découvre derrière la porte ouverte un jovial assassin, qui va lui en faire voir... J. Stern, c’est son guide, son bourreau, mais aussi son esprit protecteur. Sans qu’elle sache comment lui dire non, il l’embarque sous la ville, vers d'anciens souvenirs dont Beatrix ne garde que des bribes. Ils se rendront dans cet étrange lieu enfoui dans les catastrophes. Du temps, plus rien ne reste que des couches désorganisées qui s’effritent entre les doigts. De la ville qu’elle a connue, jusqu’au littoral, tout le paysage est transformé, asséché et ranci par un événement dévastateur dont elle ne se rappelle rien, mais qui a fait naître une société qui se défonce à l’oxygène. Transfuge, entre ascenseurs et stations service, entre vraie nuit et faux soleil, assignée à de sales besognes, Beatrix ramassera sa mémoire brisée, au hasard des rencontres et des caprices de Stern, qu’elle ne connaît pas, mais qui la connaît bien.

 


Échantillon :


Je ne devrais pas être là. Je ne suis pas à ma place. Je n'agis pas selon ce qu'on serait en droit d'attendre de moi. Je me prends à rêver. C'est peut-être une idée, qui aurait creusé son trou, et fini par trouver un os à ronger dans un coin de mon cerveau sclérosé. Une idée qui m'aurait rendue imperméable à toutes les alertes et les mises en garde face à des corps en miettes. Qui m'aurait fait voir ce sang versé comme autre chose que comme l'expression d'une barbarie inacceptable et d'une folie à proscrire. Qui m'aurait fait regarder ce type en salopette de peintre comme autre chose que le produit déjeté d'un système à l'intérieur duquel je suis censée effectuer un certain nombre d'opérations ineptes jusqu'à la fin de mes jours. Non, je ne suis pas à ma place dans ce train, c'est limpide. À cause d'une idée. Invisible mais pas flemmarde. Une idée. L'idée que, pour une fois, ne pas être à sa place, ça pourrait avoir du bon.