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Créatures, tome 1


Un roman de Laure Bénédicte
 

Objectif numéro 1 : trouver et ramener un sorcier pouvant éradiquer les créatures métalliques qui pullulent et détruisent la forêt de Brocéliande et ses habitants.

Objectif numéro 2 : tuer Élise !

Laure Bénédicte nous livre ici un roman mi-fantasy mi-réaliste parfaitement savoureux. L’histoire, dans toute sa complexité, est magistralement dominée. Le récit est enlevant. Les personnages sont irrésistibles. Et par-dessus tout, c’est une femme qui tient la plume. Élise, Eliott et Jade (au plan virtuel), Julie, Raphaël et Alexia (au plan réel), et tous les autres, nous le feront sentir à chaque instant, au fil de ce roman picaresque, sentimental, prométhéen et passionnant.

Première diffusion le 13 octobre 2017
4,99 € - 6,49 $ca sur 7switch | Poids lourd | Romans
ISBN : 978-2-924550-34-2


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Un premier échantillon :
les programmeurs ont un problème.

Merid secoua la tête comme pour chasser les flots de mots inutiles, puisque incompréhensibles de Mathéo. Mais il ne voulait pas non plus avouer devant tout le monde qu’il n’avait rien compris. Il évoluait dans un milieu de jeunes et ne voulait pas se faire dépasser par les événements. Il reprit la parole.

— Oui, certes, je comprends bien votre point de vue. Donc quand pensez-vous régler cette histoire de son, alors ?

Intérieurement il pria pour que Mathéo soit bref et clair. Mathéo le regarda, surpris par sa question. Il ouvrit la bouche pour répondre à son patron, mais la referma aussitôt. La réponse qu’il s’apprêtait à donner ne convenait pas à un patron, il fallait qu’il soit plus fin que ça, néanmoins, pour ceux qui connaissaient bien Mathéo, on sentit une pointe d’ironie dans sa voix.

— Heu, oui, Monsieur, le problème a été réglé hier. Je travaille à présent sur la partie de la grotte du sage, je travaille sur l’écho.

Merid se sentit soulagé.

— Ah ! Très bien, fantastique !

Le visage de Merid reprit un air grave et il se tourna vers les deux du fond : Iris et Acha. Tous deux travaillaient l’image, mais plutôt les arrières plans. Ces deux graphistes n’avaient pas moins de vingt personnes à charge. Acha faisait des merveilles, il dessinait les montagnes, les forêts, les fleuves, les villes… tout ce qui était sans mouvement. Iris, avec sa palette de couleur y mettait des reliefs, de la vie, elle peignait les saisons, tout ça informatiquement bien sûr.

Les villes, les forêts, que dessinait Acha, étaient loin de ressembler à ce que le groupe pouvait voir de leurs fenêtres. Ils étaient situés au deuxième étage d’un immeuble haussmannien sur la Place de l’Opéra, en plein cœur de Paris. Acha s’inspirait directement de son pays natal : le Cameroun. La forêt prenait des allures de forêt équatoriale, la végétation y était luxuriante. Cela donnait un exotisme surréaliste au jeu.

Iris sourit et prit la parole :

— Ça avance bien. On est en train de retravailler sur le village de Naos. Si les êtres évoluent, on veut que le village lui aussi soit vivant, les maisons se décrépissent, d’autres se font repeindre, les arbustes ont poussé, d’autres ont été arrachés…

— Oui, c’est super, mais n’oubliez pas que l’histoire ne dure que quelques années. Les changements ne doivent pas être trop radicaux.

— Nous y veillons, conclut Acha.

Merid se tourna alors vers Nina et l’invita du regard à parler. Nina et son équipe s’occupaient des personnages secondaires : les créatures, mais aussi les habitants des villes, les animaux, tous ceux qui appartenaient plus au décor et aux actions minimes.

— Tout est parfait, l’équipe avance bien. Nous sommes en train de travailler les habitants de la deuxième ville, celle où les enfants iront après Aquila.

Un sourire s’afficha sur le visage de Merid et il se retourna alors vers Raphaël, lui aussi responsable graphiste, créateur des personnages principaux : Eliott, Élise, mais aussi les elfes, les centaures, le sage et son fils.

— Et vous Raphaël, avez-vous trouvé un personnage pour remplacer Élise ?

— J’y travaille, j’ai des idées, mais rien de concret.

Raphaël inspira un grand coup avant de reprendre :

— Je pense sincèrement qu’Élise avait sa place dans l’histoire. Pour ma part, c’est le robot qui me dérange. Nous sommes plus dans un univers fantastique qu’un univers de technologie, d’autant que la tendance aujourd’hui revient vers tout ce qui est magie. Depuis qu’ils ont adapté Le Seigneur des anneaux au cinéma, on retourne aux contes de fées de notre enfance : fées, sorciers, elfes, chevaliers, centaures… Exit les univers galactiques, cyber-technologiques et autres. Je trouvais que l’idée de cette petite fille qui a le pouvoir de se transformer en gorgone collait.

Daniel le scénariste toussota pour prendre la parole :

— Sur ce point de vue, je ne peux qu’être d’accord avec toi... Mais le robot n’est pas un engin de science-fiction, loin de là, c’est une créature transformée par la magie. On nage en plein fantastique, les créatures sont l’essence même du jeu, son âme.

Merid reprit la parole.

— De toute façon, le problème n’est pas là, la nouvelle héroïne sera elle aussi fantastique, et les petites filles pourront s’identifier à ce personnage. Personne n’a envie de ressembler à une araignée orange. Il faut faire rêver les enfants, pas leur faire faire des cauchemars. De toute façon, vous avez éliminé Élise du jeu.

Raphaël déglutit et reprit :

— Euh non… euh justement… j’ai eu un petit problème concernant ce sujet.
 

[Retour…]

Un second échantillon :
Élise a un problème.

— Eliott a alors pointé le robot sur moi. J’ai senti un frisson me parcourir le corps, j’ai compris que j’allais mourir. J’ai vu les yeux d’Eliott, ils étaient troubles, comme ceux d’un pantin. On aurait dit qu’il agissait sans me voir. 

En racontant ceci à Jérôme, Élise fut prise de tremblements, elle avait du mal à articuler, sa gorge se noua. Des larmes brûlantes et acides lui coulaient sur les joues. À la voir en proie à ses émotions, Jérôme en fut touché.

— J’ai réalisé que je ne bougeais pas, comme si j’étais prisonnière. J’ai concentré alors toute mon énergie, et je me suis métamorphosée. J’ai alors réussi à foncer sur Eliott, lui prendre le robot et me sauver.

Le regard d’Élise était planté dans celui de Jérôme, qui écoutait, sans rien dire, sans bouger.

— Je suis repartie dans la forêt, j’ai repris le passage. La seule personne qui puisse m’aider maintenant, c’est ton père.

Élise passa volontairement sous silence l’aide du centaure Solal. Un silence lourd s’installa à la fin de son récit.

— Qu’est-ce que tu attends de mon père exactement ?

Élise n’avait pas vraiment de réponse à cette question. Elle était venue là, se disant que c’était sa seule solution et que Galaad saurait régler ses soucis.

— Je ne sais pas. Peut-être qu’il pourrait parler à Eliott pour qu’on puisse continuer notre quête.

Jérôme la regarda avec pitié.

— Eliott vient d’essayer de te tuer et tu penses à repartir avec lui ?

Élise réfléchit à cette remarque.

— Tu ne lui en veux même pas ?

— Non, je… Enfin…

Élise était perdue.

— Écoute, mon père doit rentrer demain. En attendant, je peux te cacher, mais pas ici. Il y a de fortes chances pour qu’Eliott vienne, et je ne voudrais pas qu’il croise mon père avant que je n’aie eu le temps de lui expliquer la situation. Je connais mon père, il ne se méfiera pas d’Eliott. Je vais t’emmener dans la grotte où mon père se retire de temps à autre. Personne n’entre dans cette grotte, sauf mon père et moi. Son entrée est quasiment invisible. Dès que mon père sera là, je lui parlerai. Pour Eliott, je pense que tu peux oublier l’idée de faire des promenades de santé avec lui.

Élise sourit à cette dernière affirmation.

— Remets ta cape, je t’emmène, je t’apporterai quelque chose à dîner tout à l’heure.

Élise tapota son sac.

— Pour le dîner, j’ai ce qu’il me faut.

Élise ramassa et remit sa cape, et Jérôme s’approcha doucement d’Élise pour examiner de plus près la cape.

— C’est une cape de centaure. Comment en as-tu une en ta possession ?

Élise était incapable de mentir.

— Disons que j’ai eu un coup de main.

— En effet, il se passe d’étranges choses.

Les yeux de Jérôme se posèrent de nouveau sur la cape. Les centaures ne portaient que peu de vêtements. Les femelles portaient une sorte de bustier. Il leur arrivait de mettre des capes en hiver, et celle-ci avait dû être conçue pour un petit de centaure.

— Suis-moi.

Jérôme sortit dans la nuit et Élise lui emboîta le pas. Il l’entraîna pas très loin. Derrière des petits bosquets, se trouvait effectivement l’entrée d’une grotte. Elle était, comme l’avait dit Jérôme, presque invisible, surtout de nuit. La fissure par laquelle on y entrait était si mince qu’on ne pouvait pas passer à deux de face. Mais l’intérieur était spacieux. Jérôme leva sa lanterne et Élise vit que la grotte avait été aménagée. Il y avait dans un coin un matelas et dans un autre coin, un foyer avec un chaudron énorme, et la pièce comportait dans son milieu, une table et des chaises.

— Il y a une ouverture sur le ciel dans ce coin, c’est pour ça qu’on peut faire du feu.

Jérôme n’expliqua pas à Élise comment la table et la marmite étaient rentrées.

— Essaye de te reposer. Je viendrai demain t’apporter de quoi manger. Évite de sortir au maximum.
 

[Retour…]

 

 

 

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