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Créatures, tome 2


Un roman de Laure Bénédicte
 

Les deux premiers objectifs n’ont pas été atteints : toujours pas de sorcier dans Brocéliande, toujours plus de créatures. Et Élise, qui est toujours en vie, se trouve quelque part… Dans Brocéliande, les êtres s’émancipent de leurs créateurs et les centaures vont émettre des théories, beaucoup trop peut-être. Les répercussions pourraient être dramatiques, tant dans Brocéliande que chez Oméga plus. D’ailleurs chez Oméga plus, c’est l’effervescence… Une bonne nouvelle les attend, mais aussi une journaliste un peu curieuse qui va remuer la poussière. Les retombées vont-elles être positives ?

Laure Bénédicte nous livre ici un roman mi-fantasy mi-réaliste parfaitement savoureux. L’histoire, dans toute sa complexité, est magistralement dominée. Le récit est enlevant. Les personnages sont irrésistibles. Et par-dessus tout, c’est une femme qui tient la plume. Élise, Eliott et Jade (au plan virtuel), Julie, Raphaël et Alexia (au plan réel), et tous les autres, nous le feront sentir à chaque instant, au fil de ce roman picaresque, sentimental, prométhéen et passionnant.

Halte : La cité des ombres est le deuxième volume d’une trilogie réunie sous le titre de Créatures.

Première diffusion le 24 mars 2018
4,99 € - 6,49 $ca sur 7switch | Poids lourd | Romans
ISBN : 978-2-924550-37-3


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Le temps commence à manquer.

Tout porte à croire que ce qu’on connaît est en train de s’altérer. (L’elfe Abriel). L’univers virtuel du jeu vidéo Créatures, dans lequel, pour des raisons inexpliquées, il est désormais tout à fait possible de mentir, d’aimer, de pardonner et de prendre des initiatives, heureuses ou malheureuses, ne cesse d’évoluer dans l’aléatoire et l’imprévu. Cela continue, conséquemment, de l’autonomiser par rapport à son scénario d’origine. Le lot complexe des problèmes que cela implique prend lui aussi de plus en plus corps. Tout gravite autour de l’existence indépendante et rebelle de la jeune méduse Élise, dont on a lamentablement raté l’assassinat dans le premier tome de cette trilogie enlevante, et qui est allé se planquer en se coulant dans la grande forêt de Brocéliande. Quand les membres de l’équipe d’informaticiens et d’informaticiennes de l’entreprise Oméga Plus discutent ce problème totalement dingue entre eux, l’ambiance est à la fois de plus en plus interloquée… et philosophique (voir l’extrait proposé plus bas).

Ceci dit, le développement hors-programme et hors-scénario du monde du jeu Créatures et de ses personnages principaux et subsidiaires va corollairement se compliquer de la manifestation de forces externes tout aussi inquiétantes. Une très entreprenante journaliste du nom de Nora, spécialisée dans la couverture culturelle des jeux vidéo, détecte qu’il y a de l’inquiétude dans l’air, lors du lancement officiel du jeu Créatures. Les types des relations publiques d’Oméga Plus ne sont pas nets, sur ce coup-là. Il y a des bouts qui manquent dans leur histoire officielle. En se mettant en chasse, notamment auprès des enfants ayant servi de public d’essai pour le jeu, la journaliste Nora découvre une mystérieuse Élise, sur laquelle les enfants ayant testé le jeu dissertent abondamment, alors que la documentation de relation publique d’Oméga Plus n’en parle même pas (l’héroïne officielle du jeu s’appelle Jade). Bizarre. Fait plus inquiétant, Nora découvre aussi d’étonnantes similitudes entre ce jeu d’Oméga Plus et un jeu analogue intitulé Pandora, en cours de création chez Xtrème, une entreprise concurrente.

Dans le monde virtuel, on assiste à des mouvements cataclysmiques qui risquent de bientôt avoir leur impact sur le monde réel. La méduse Élise, toujours très contrariée de s’êtres vue relever de ses fonctions par ses pairs alors qu’elle n’a strictement rien fait de mal, juge en conscience qu’elle doit poursuivre sa mission salvatrice, coûte que coûte, et tant pis pour les malcommodes. Elle revient donc discrètement et, mobilisant ses pouvoirs à la fois exclusifs et surpuissants, elle se met à zigouiller les créatures métalliques nuisibles qui hantent Brocéliande. Ces dernières se voient détruites presque plus rapidement qu’elles n’apparaissent. Les informaticiens et les informaticiennes froncent les sourcils. Quand ils ouvrent le jeu, alors qu’il devrait désormais rôder des douzaines de menaçantes créatures, il n’en traîne que quelques unes, éparses, frileuses, hagardes, nunuches. Pour un jeu intitulé Créatures, ça fait quand même pas très sérieux. Les centaures du jeu, eux aussi, sont passablement indisposés par le même phénomène. Suite à un malentendu turlupiné, ils s’imaginent que les humains et les elfes ont maintenant des armes à feu dont on les prive, eux centaures, et qu’ils s’en servent pour zigouiller de la créature. Les centaures en développent une attitude d’autant plus hargneuse et belliqueuse que les causes louches d’une ancienne guerre entre eux et les humains semblent revenir à la surface de toutes ces mémoires nouvellement exacerbées. Une confrontation se dessine. Centaures d’un bord, humains et elfes de l’autre. Une confrontation grave dans laquelle des rois elfes pourraient aller jusqu’à perdre la vie (et si cela arrive, là, il y a des informaticiens et des informaticiennes qui vont devoir aller pointer àPôle-Emploi). Une guerre se prépare. Un face à face vigoureux, les armes à la main, a même lieu. Tout cela est évidemment totalement en infraction avec le scénario du jeu, et quand l’équipe d’Oméga Plus s’en avise, on se rend compte qu’il va falloir du temps supplémentaire pour remettre tout ce salmigondis en ordre, sans tout refaire depuis zéro.

Or le temps supplémentaire, lui, il commence à sérieusement manquer, dans le monde réel. L’histoire du plagiat possible entre les deux entreprises en compétition a fait son chemin dans les officines et la possibilité d’une judiciarisation des débats futurs sur la question devient tangible. Sauf que la dynamique est alors implacable : c’est la course de l’Aurore contre le Peary. En effet, la première entreprise à sortir son jeu vidéo et à en enregistrer l’existence commerciale est celle qui pourra le plus aisément accuser l’autre de plagiat, quelle qu’ait été la teneur effective dudit plagiat. Pour bien compliquer les choses, on ne sait pas, justement, dans quelle direction le plagiat s’est effectué. Qui a plagié qui ? Le directeur d’Oméga Plus et son entourage rapproché fouillent à distance les boites de courriel des informaticiens et des informaticiennes, à la recherche d’indices d’espionnage industriel ou de mise en circulation involontaire d’informations sensibles. Ils n’en trouvent pas mais ils retracent les détails fins du sauvetage illicite et séditieux de la petite méduse Élise par des programmeurs et programmeuses sentimentaux… ainsi que l’intégralité des denses potins amoureux d’Oméga Plus.

Je ne vous ai strictement rien dit ici. Élise, personnage occulte et paria, va rétablir se jonction avec Jade (sa remplaçante) et Elliot (son ancien partenaire qui avait tenté de la trucider). On va constituer une petite troupe d’Êtres et on va se mettre à la recherche d’un sorcier pour résorber l’émergence des créatures… grosso modo selon la ligne narrative normale du jeu qui, elle aussi, perdure, dans tout ce fatras. Mais cette quête là aussi va tourner à la tornade imprévisible. L’amour torride et la mort violente —ces éternelles clefs tragiques de l’existence libre — vont alors elles aussi être du rendez-vous et entrer dans la danse.
 

[Retour…]

Un échantillon :
Nora enquête…

Adrien était un jeune garçon de douze ans. Nora attaqua directement en faisant le lien avec Eliott. Ils en parlèrent un moment. Le gamin était fasciné par son robot, mais eut l’air surpris quand il apprit qu’Eliott ne le conserverait pas.

— Oh non ! C’est trop con, il est trop bien ce robot. Pourquoi est-ce qu’on le lui enlève ?

— Ils ne t’ont pas informé de sa disparition ?

— Non.

Nora fut déçue, visiblement les enfants n’étaient pas plus au courant qu’elle.

— Pourquoi ne peut-il pas le garder ? Dites-le-moi !

Devant les yeux implorants d’Adrien, Nora essaya de trouver quelque chose de positif à lui répondre :

— Ça peut être amusant de lui faire apprendre à tirer à l’arc par Jade.

Le regard du gamin s’illumina.

— Jade ? Qui est Jade ?

Ce n’était pas un garçon pour rien. Il avait tout mémorisé de son super héros, mais absolument rien de l’héroïne.

— Jade est la petite fille qui part avec lui.

— Elle s’appelle Jade ? Vous êtes sûre ?

— Certaine.

’’Un vrai mec, définitivement’’.

— C’est marrant, c’est pas le prénom que j’ai retenu, c’était Élie, ou un truc comme ça. Je m’en souviens parce que je me suis dit que c’était drôle, que les deux prénoms se ressemblaient beaucoup.

Nora lui sourit tristement et le remercia. Elle n’avait décidément rien appris, et faillit annuler son deuxième rendez-vous. Mais qu’avait-elle à perdre ?

’’Amandine fut ravie de la voir. Elle la reçut dans sa chambre. L’adolescente de quatorze ans avait recouvert les murs de posters de ses vedettes préférées. Au-dessus de son lit, trônait une affiche de ’’Flibustier des mers du sud’’, sur sa porte il y avait Ange Lester, le beau franco-britannique qui avait joué le rôle du flibustier et qui cette fois-ci était en elfe dans le dernier film qu’il avait joué. La petite devait en pincer sévère pour le beau brun. Nora dut admettre qu’elle avait des bons goûts, elle aussi l’aurait bien mis dans sa chambre, version nature. Elle avait passé l’âge du papier glacé. Elles parlèrent un moment de l’acteur, et Nora en profita pour dévier la conversation sur les elfes du jeu.

— Plutôt sympa cette héroïne qui a été élevée chez les elfes.

— Chez les elfes ? Je ne suis pas sûre de vous suivre.

— Eh bien oui, Jade a grandi parmi les elfes.

— Jade ? Qui c’est Jade ?

Non ! On n’allait pas lui faire deux fois de suite le même coup.

— Jade, celle qui part avec Eliott.

— Mais elle ne s’appelle pas Jade.

Qu’est-ce que la gamine lui racontait ? Mince, il fallait qu’elle tombe sur deux gosses de suite qui n’avaient visiblement aucune mémoire des prénoms. Mais avant qu’elle n’ait pu enchaîner quoi que ce soit, l’adolescente continua :

— Elle se prénomme Élise !

Élise ? Et Adrien qui lui avait parlé d’Élie, ça faisait un peu trop pour être une simple coïncidence. Mais peut-être qu’après tout, les créateurs avaient-ils décidé de l’appeler autrement à la dernière minute. Et la proximité des deux noms dérangeait l’équipe d’Oméga plus, d’une certaine manière.

— Élise n’a pas été élevée chez les elfes, mais parmi les humains. Elle a été découverte toute petite dans Naos.

Nora fronça les sourcils. La petite, visiblement ravie de pouvoir apprendre quelque chose à une journaliste, s’en donna à cœur joie.

— Élise est la seule à pouvoir se transformer en gorgone, d’ailleurs je trouve que c’est vraiment horrible quand elle se métamorphose, même si elle peut tuer les créatures.

Élise ? Un événement qui n’a pas lieu d’être ? Des personnages qui ont la capacité d’évoluer ? Et une mystérieuse Jade qui apparaît soudainement dans le jeu ? Nora sentait qu’elle avait là les pièces d’un grand mensonge, mais qu’il lui manquait quelque chose. Quelque chose qui avait inquiété Gaétan et Daniel lors de l’émission promotionnelle, qui avait également alarmé Julien Morel et Philippe Merid pendant la conférence de presse. Elle estimait avoir assez d’informations pour trouver la clef du mystère. Elle tira tout ce qu’elle put savoir au sujet d’Élise de la part d’Amandine, ce qui ne fut pas très compliqué, et repartit.

’’Le lendemain, elle s’installa directement à la sortie d’Oméga plus. Elle attendit une heure sous son parapluie. Quand enfin, apparut Julien, il sortait en compagnie du fameux Gaétan qu’elle avait vu derrière le petit écran, et d’une jeune femme. Pas besoin de lui dire quoi que se soit, Julien fonça sur elle, l’air désabusé.

— Je vous écoute.

— Si nous allions nous poser ?

Julien emmena Nora dans une brasserie pas très loin. Elle commanda un café, Julien un cola.

— Alors, que se passe-t-il, mademoiselle Acosta ?

— OK, je vous propose quelque chose : soit vous gardez le silence, et je fouine et je publie tout dans mon journal. Soit vous me racontez tout, et je m’en tiens à mon article.

— Je vous l’ai déjà dit : il n’y a rien de plus à savoir.

— Hum, et Élise ?

Julien mâchouilla nerveusement la paille de son cola. Nora était manifestement informée de certaines choses.

— Que savez-vous au juste ?

Nora prit un malin plaisir à sortir ses notes, bien qu’elle n’en ait aucunement besoin, et commença à lire.

— Élise, l’héroïne, cheveux roux, à la capacité de se transformer en gorgone, a disparu du jeu, visiblement et est remplacée par Jade. Ça vous suffit ou je continue ?

Julien poussa un soupir et baissa la tête.

— Je ne sais pas comment vous avez fait. Merid va me tuer…

Julien planta ses yeux dans ceux de Nora d’un air grave.

— Les enfants…

Nora le regarda et attendit, Julien soupira de nouveau et reprit :

— Élise était effectivement une des protagonistes de l’histoire, mais nous avons fait venir des enfants afin d’avoir un avis auprès de nos futurs joueurs. Et Élise n’était pas vraiment aimée, par les fillettes surtout. Les garçons se sont plus souciés d’autres choses. Aujourd’hui les petites filles rêvent de princesses, Jade correspond plus à cette image.

Julien se tut et attendit.

— Et ?

— Et c’est tout.

— Monsieur Morel, vous ne m’apprenez rien.

— Je ne comprends pas.

Nora regardait Julien. Il avait toujours les yeux dans les siens, il lui mentait sans ciller.

— Pourquoi Eliott perd-il son arme ? Que s’est-il passé ? Une héroïne qui ne plaît pas, un robot qui disparaît.

Julien baissa la tête de nouveau, elle savait beaucoup de choses. Elle n’aurait pas de mal à faire toute la lumière les évènements, alors pourquoi ne pas prendre le risque de lui dire et une chance qu’elle ne mette rien dans son magazine.

— Rien dans le journal ?

— Je vous le promets.

Julien raconta l’incident : Eliott qui était censé tuer Élise. Élise qui se sauve, s’empare du robot. La mort de Galaad par Solal, ce dernier qui récupère le robot, on ne sait comment, et l’actuelle disparition d’Élise. Nora le regardait, estomaquée. De toute sa vie, elle n’avait jamais entendu une fumisterie pareille.

— Vous vous moquez de moi ?

Julien éclata de rire.

— Non, je serais content de pouvoir inventer une histoire aussi folle.

— Comment est-ce possible ?

— On pense que c’est leur capacité d’apprendre qui a fait en sorte qu’Élise ait réagi au danger.

— Est-ce qu’on parle d’une réaction d’instinct innée, acquise ou d’une pulsion de survie ? C’est jamais qu’une série de code.

— Et quand les conquistadors ont trouvé les Indiens, ils jugeaient qu’ils n’avaient pas d’âme. Qui sommes-nous pour considérer ce qui a le droit de vivre ou non ?

— Mais là c’est différent.

— En quoi est-ce différent ?

— Eh bien ce ne sont que des personnages virtuels, ils n’ont pas de corps.

— Donc, ils ne peuvent pas souffrir ?

— C’est impossible !

— Nous sommes remplis de préjugés, mais nous n’en savons rien. Élise se bat pour survivre elle aussi.
 

[Retour…]

 

 

 

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Laure Bénédicte : Créatures, tome 8
Laure Bénédicte : Créatures, tome 1