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Le clocher des tourmentes


Un roman d’Allan E. Berger
 

En plein hiver sur le plateau du Sauveterre, un homme fuit son passé, et n’ose imaginer autre chose pour lui qu’un avenir de clandestinité. Mais une rencontre avec un étrange couple le forcera à se regarder en face, et à prendre, pour la première fois de sa vie, une décision sans écouter autre chose que ses désirs. Pendant ce temps, à une journée de marche vers le sud-est, dans un hameau perché loin au-dessus du monde, d’autres gens attendent et espèrent. Ces attentes et espérances, celles de l’un comme celles des autres, seront appelées à se compléter, par-delà le mur fracassant d’une tempête d’où surgiront toutes sortes de hideux fantômes. Le grand point sera de survivre à la nuit qui vient.

Alain Lasverne : « Allan E. Berger déroule sa prose du côté de Sauveterre, un coin du sud bien sauvage, entre Montaillou village occitan (Le Roy Ladurie) et Pays perdu (Jourde), dirait-on. Il a léché sa plume pour bâtir un joli conte plein de poésie, et l’histoire d’amour entre la démunie et le réprouvé marche à l’amble, comme l’hiver qui se couche lentement sur leurs terres. »

« Son vrai propos est de nous faire voir ce pays rude et attachant où l’existence, au siècle dernier, n’était pas des plus faciles pour les gens de peu. Un peu poète, un peu ethnologue, il fait progresser le récit à coups de belles formules descriptives frôlant parfois le fantastique et nous fait sentir la puissance de la nature que nos âmes citadines ont oubliée. »

Première diffusion le 20 juin 2013
1,99 € - 2,59 $ca sur 7switch | Poids plume | Romans
ISBN : 978-2-923916-73-6


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ISBN de la version papier : 978-2-924550-17-5


 

Un échantillon :

La vieille, qui était penchée sur son coffre, se redressa, avec en main un sac de jute. Toute en jupes et en châles, elle faisait comme une petite souche noire près du meuble. « J’en pense que son cas est compliqué, dit-elle, parce qu’on ne sait pas tout. » Elle regarda Élie : « Pose ta question, mon garçon, mais attends-toi à des questions en échange…

— Demain je vais partir, répondit Élie, mais je ne sais pas pour aller où. Vous qui avez bien vécu, peut-être pourrez-vous me conseiller. Dois-je aller au sud, à l’est ? »

La vieille regarda son homme, et retourna s’asseoir le dos au feu, toujours tenant son sac. Une fois sur le banc, elle se mit à pousser des petits cris tremblés, et proféra des mots dans une langue rêche qui n’était d’aucun monde connu. Une prière à l’envers, peut-être. Élie s’inquiéta, mais il vit que le chien bâillait. Alors le jeune homme se détendit un peu, et observa la vieille en train de tirer du sac une poignée de poussière scintillante qu’elle jeta par terre. « Je vais demander au Sel » annonça-t-elle. Elle prit dans le panier à bois un rameau sec et touilla dans les cristaux éparpillés.

Cela dura. Puis, sans crier gare : « À toi, Jean, que dis-tu ? » Le vieux, toujours adossé dans l’ombre, toussa et cracha dans un mouchoir.

« Je dis qu’il y a une forêt noire, et une clairière où se tiennent des gens. Dans la forêt il y a notre jeune homme, qui appelle son avenir. Et les gens ont peur de lui, et se closent.

— Vous racontez mon rêve, dit Élie bien étonné. Sachez alors que dedans il y avait des chiens, qui me disaient qu’ils voulaient avoir une maison à eux.

— Les chiens, répondit le vieil homme, sont les messagers qui vont et viennent entre les hommes et ce qui est par derrière la vie. Ce n’est pas à toi qu’ils parlaient, mais à celui ou plutôt à celle qui écoute ton rêve. C’est à elle surtout qu’ils se sont adressés. Que disent-ils, Marie ? »

La vieille, qui savait maintenant comment regarder le sel jeté, et quoi y chercher, ne fut pas longue à répondre. « Le jeune homme veut construire une roque. » C’est-à-dire un donjon, le noyau d’une nouvelle famille.

Élie était bien contrarié d’être ainsi mis à nu jusqu’au plus secret de ses soupirs. Mais bon, il aurait fallu commencer par ne point demander. Il prit donc son mal en patience et ouvrit grandes ses oreilles.

« Le jeune homme, reprit la vieille, veut s’enraciner. Il porte en lui les cendres de son père et les fait parler autant qu’il est possible, tant qu’il n’aura pas pu les mettre en terre pour faire pousser son arbre dessus.

— Là, je ne comprends pas, dit le vieux.

— C’est la cabrette, répondit Élie tout retourné. La cabrette était à mon père. C’est ça ! C’est tout ce qui me reste de lui ! » Il se mit à pleurer en silence.

« Nous allons descendre plus profond, annonça la vieille. Veux-tu toujours continuer ?

— Allez-y » chevrota Élie, qui sentit qu’on allait lui causer de sa mère, et ne savait pas s’il le supporterait. Le chien se leva, et vint reposer sa tête sur les genoux du jeune homme, qui la caressa. Les larmes tombaient sur la truffe du chien, qui les séchait d’un coup de langue en regardant Élie d’un air doux et attentif.

Le vieux alla chercher du ratafia, et en remplit un petit verre qu’il posa devant l’invité. « Il faut boire lentement. » Puis il retourna s’asseoir contre la muraille ; quand il était comme ça, assis dans son ombre, il n’y avait plus de lui que les yeux qui brillaient.

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Ce qu’en dit Richard Monette

C’est une belle petite allégorie, un récit jeunesse, un conte d’amour fantastique où le clocher est un phare pour le voyageur perdu dans la tempête meurtrière. Il y est question d’une princesse, qui vit là haut dans le bonheur familial sauf qu’il lui manque un amour qu’elle ne peut trouver ni en Louis ni en Médor, pas plus qu’en son bienheureux de neveu César, « fils de sa défunte sœur, qui est né ravi. » Il y est aussi question d’une quête, celle d’un prince charmant parcourant un difficile pays, battant les aventures afin de rejoindre sa destinée, l’élue de son cœur, l’amour de sa vie. Une cabrette chaleureuse et réconfortante seul héritage paternel, des chiens guides et invisibles, de la magie, des vieux qui prédisent l’avenir par du sel répandu devant un foyer, un monstre étrange (le sonneur) et des gens d’armes, ainsi que des humains et des inhumains sont au rendez-vous dans la quête d’Élie pour retrouver son âme sœur, l’âme d’Élie, son Amélie. À la fin, après une union ardente et surnaturelle l’élu d’Amélie sera renommé par la famille de celle-ci « Lélidameli. » Beau et touchant il faut en convenir.

Si allégorie il y a, c’est que la princesse n’est pas royale. C’est une simple paysanne vivant sur un haut plateau, qui se languit de chaleur humaine. Et le prince n’a rien de noble, c’est un pauvre fugitif. Élie est un criminel de naissance ayant tué sa mère lors de l’accouchement. Crime qui le tourmente et le mine depuis toujours, profonde culpabilité dont il devra s’affranchir pour le salut de son âme. Criminel errant aussi par ce qu’il a volé son employeur cruel, déchet de la société ayant tout les pouvoirs surtout sur de jeunes filles qu’il abuse. Élie « ne put décidément plus supporter l’immoralité crasseuse de son chef d’atelier. Celui-ci, payé à faire la brute et, dans les interstices que lui laissait cette intéressante fonction, jouissant à la sauvette de quelques femmes jetées sous ses ordres, se fit démolir le portrait par un Élie survolté, que le dernier viol sur une mineure orpheline avait poussé jusqu’à la rage aveugle. Obligé de fuir pour ne pas finir au bagne, Élie secondé en cachette par trois camarades, vola une charrette à bras, entassa dessus le plus de chapeaux qu’il put en extraire de la réserve, n’oublia certes pas sa cabrette, et disparut. » Elie se révélera finalement princier en ceci qu’il croyait « qu’il fallait être honnête et qu’il fallait qu’il y eût, dans le monde, de la justice. » Et ça lui servira au long de son chemin de Compostelle personnel.

Le génie de l’auteur ne se remarque pas ici dans l’originalité de l’histoire ni dans son dénouement prévisible, mais bien dans la technique d’écriture et la qualité de la langue. Le texte est ciselé, tissé serré, facile à lire parce que bien écrit. L’auteur relate par alternance ce qui se passe dans le monde d’Amélie en une seule journée incluant une longue nuit d’attente, et les aventures sur plusieurs semaines d’Élie.

Cette distorsion dans l’écoulement du temps déroute légèrement le lecteur au début, mais au fil du récit les chapitres parfois très courts, une ou deux pages seulement, et le jeu temporel impriment un rythme qui rive littéralement le lecteur à sa liseuse. Bien que la finale soit tout entendue d’avance, on ne peut s’empêcher d’avaler en ogre les mots qui défilent sous nos yeux.

C’est un récit jeunesse car le plaisir de lire est au rendez-vous. On peut y apprendre techniquement l’écriture et bien plus car le texte véhicule de belles valeurs humaines et qu’elles soient de gauche n’est pas un hasard. Bonne lecture.

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Comment m’est venue l’histoire…

Par Berger

La gourmandise est à la base de bien des actions. Un jour, sur le Sauveterre, dépliant une carte d’État-major, j’avisai un petit point noir légendé « clocher des tourmentes ». Quand on est écrivain, bon ou mauvais, un tel assemblage de mots met en alerte ; tout de suite, j’y vis un titre. Les jours suivants furent occupés à sillonner la région à la recherche de ces fameux clochers aux noms hugoliens. Il y en avait deux. L’un, perché sur les flancs du mont Lozère, me donna son image ; l’autre, accroché sur un balcon au-dessus des gorges du Tarn, me donna ses habitants : deux femmes en train de s’occuper d’un adolescent ravi, c’est-à-dire atteint de mongolisme. Celui-ci, invité à vider un reste de jerrican d’eau sur la route, s’occupa de cette tâche avec les plus évidents rugissements de satisfaction, sous l’œil à la fois dur, vigilant et bienveillant des deux femmes.

L’une d’elles, ensuite, se redressa et regarda l’horizon. Elle s’y perdit deux secondes. Voilà mon héroïne.

De retour au hameau où nous logions, mon clan et moi, pour la semaine, mon hôtesse nous invita à ne pas oublier d’aller rendre nos hommages à un vieil homme qui se tenait au seuil de son logis, sur une chaise, plus haut dans la ruelle. C’était, nous dit-elle, un musicien, accordéoniste apprécié, une figure dans le canton. Nous montâmes voir monsieur l’accordéoniste. Ensemble, nous parlâmes de son art. La solitude ne lui pesait pas. Il avait en main une bouteille : « La nuit tombée, à table, le vin m’apporte sa lumière ; alors je chante pour mesdemoiselles les mouches, qui m’écoutent. » Voilà mon héros.

Cet homme s’appelait Élie. Il est figuré dans un livre dédié au chef-lieu de canton. Comme il s’appelait Élie, et que, une fois rentré en Bretagne, je me fus mis à écrire sur les clochers des tourmentes, il fallut que mon héroïne s’appelât Amélie.

Le reste, comme on dit, coula de source : limpidement, mystérieusement, en abondance, comme chaque fois que les choses arrivent nimbées de vérité.

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Livres publiés


A. E. Berger : Histoires de ténèbres et de lumière
A. E. Berger : Insectes choisis
A. E. Berger : Dictionnaire de mauvaise foi
A. E. Berger : Quarante-quatre coquillages de Méditerranée
A. E. Berger : Le clocher des tourmentes
A. E. Berger : Le passage de Reichenberg
A. E. Berger : Trois grandes figures de l’Ouest
A. E. Berger : Invisibles et tenaces
A. E. Berger : Cosmicomedia tome 3
A. E. Berger : Cosmicomedia tome 2
A. E. Berger : Cosmicomedia tome 1
A. E. Berger : Voici les morts qui dansent