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Insectes choisis


Un recueil de poèmes d’Allan E. Berger
 

L’expression pictopoétique mise au point par LauBer, où Lau est parolier et Ber l’imagier-titreur, se décline ici en un variante qui devait fatalement survenir : celle où Ber versifie ses propres images, en s’inspirant de titres bien déjantés fournis par l’étonnant cerveau de l’ami Richard Monette, poète.

C’est un jeu, on s’amuse entre rimailleurs. Le tout est d’être agréable, beau ou très moche, émouvant, élégant ou chaotique, tout ce qu’on veut sauf plat ou pesant. Même fade, c’est pas bien.

L’ouvrage a été bien reçu par la confrérie, qui a donné à Berger des commentaires encourageants. Raison pour laquelle l’auteur a déclaré qu’il inonderait ELP d’autre recueils, tant la poésie lui plaît. En effet, tout poème lui semble être une lave : il vient de loin, il gicle, il est fécond, et il ne te demande jamais la permission d’être. Il n’y a rien de plus magique.

Première diffusion le 15 août 2015
1,99 € - 2,59 $ca sur 7switch | Poids léger | Poésies
ISBN : 978-2-923916-91-0


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Oh, punaise !
Par Richard Monette

« Mort ! Comment ça mort ? Et puis mort de quoi ? » Voilà tout ce que m’a vociféré mon boss en acceptant facétieusement de me fourguer cette enquête. « Tout ce que l’on sait, à part le titre du livre que lisait la victime, c’est qu’il scandait “PUNAISE ! PUNAISE ! PUNAISE !” lorsqu’on l’a trouvé. C’est peut-être un juron ? L’expression d’une déception ? Qui sait ? Bonne chance, agent Sisyphe ! »

“Punaise ! Mort de …” Ça me fourmille dans le crâne, mais il faut que j’explique, que je ponde un rapport puisque je suis l’obèse et minutieux limier Rachid Sisyphe. C’est un ouvrage de fous normalement, mais là… mais là, c’est un travail de poux.

Bien sûr je connais la cause de cette mort. C’est facile pour un inspecteur tel que moi mais, je ne peux le dire carrément comme ça sans d’abord informer de ce que le martyr faisait juste avant que ça lui arrive. Il faut dire le comment du pourquoi. C’est mon job.

Lorsque j’ai posé pied sur la scène, la proie, le sieur Richard, alias « Mon Richard », avait les deux mains crispées sur sa liseuse, et se l’enfonçait dans la poitrine par saccades. Le décor ambiant offrait un salon négligé incluant lui, évaché sur le divan – cinq jours durant, peut-être même plus, nul ne sait ou ne se souvient. Des jours entiers où il a lu et relu cette œuvre lilliputienne pour en arriver là, dans cet état-là, et quel état !

Notre lecteur mitraillette venait de multi-lire à répétitions un ouvrage pas encore publié. Je pense maintenant que cet objet est toxique et que ça devrait rester top-secret. Un secret jalousement gardé du genre ruche à délices – un trésor chapardé que pour soi-même. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’écrits techniques sur les BUGS informatiques puisque le souffre-douleur fait de la programmation comme il fait des casse-têtes pour se détendre, ce qui a été confirmé par les membres de sa famille et ses collègues de travail.

Vrai comme je me vois par une aile de reflet sur l’écran de l’ordinateur et qu’il y a une mouche fêlée heurtant sans cesse la fenêtre fermée au moment où je tape ces lignes ; le titre du machin ce n’est pas un truc réaliste du genre Poésie Choisie ou encore Textes choisis mais bien Insectes choisis. OUI, INSECTES CHOISIS.

« SAINTE-CANISSE-DE-BEURRE-EN-PLASTIQUE » de piège à blattes ! Mets-toué à ma place ! Qui pourrait croire qu’il s’agit là d’une œuvre de lit-té-rature inoffensive ? Y’a pas de protection contre les hexapodes infestant les livres, « les ch’tittes bibittes » comme le mentionne le suspect auteur en préface du document incriminé, pour nous prévenir innocemment que des bestioles libres y ont élu domicile. L’effet que pourrait provoquer ce libelle littéraire est comme le vol des libellules : imprévisible, mais beau. Pour moi, j’en ai les côtes qui souffrent et sursautent, péniblement retenues. J’en ai mal à force de… Je suis comme une coquerelle sous une lumière soudaine. Je capote. Je cherche une faille pour m’y terrer et continuer à lire tranquillement.

Enfin, bref, la victime sur-lisait ce volume bizarre et voici ce que mes recherches en ont révélé :

1 : Ce n’est pas un petit recueil de picto-poésie facile mais une construction littéraire qui pourrait faire école. Mon chef de service aux investigations, sous la pression de sinistres gouverneux, panique un peu à l’idée que l’on« choisisse » des petites bêtes à ailes pour enseigner la vie sociale et individuelle à nos enfants. Bof, ce n’est pas mon problème. Pour moi, génial sous-fifre de l’instruction policière, le texte « Halloween à la garderie d’un régime totalitaire » est une merveille. Dans l’histoire, l’oppresseur s’y exprime en pantoum, forme littéraire sertie de règles strictes et absurdes. L’écrivain délinquant lui fabrique un discours sans verbe et sans âme dans un vocabulaire mécanique sans adjectif. Les chérubins y sont lucides comme des lucioles et désabusés comme des gavroches rampants pour une fête masquée à la garderie. Ce contenu est du chocolat pour les fourmis. OUI ! De la drogue, et c’est illégal. Allez ! Il faut traduire ce Berger en justice.

2 : « Le gorille curieux et le canard imprimé » est une rédaction de grand théâtre de la vie, et il nous dévoile le scoliaste comme un être sensible, préoccupé par la nature, la nature du monde réel, et l’imagination naturelle comme réalité, mais toujours aussi délirant de subversion. Les extraits suivant le prouvent gros comme la trompe de l’éléphant au milieu de la face : « Fuir l’esclavage est tenu partout pour un crime » et ceci : « Le canard essaie de battre des pages pour le poursuivre et sème un peu partout des brins de cellulose humide enjavanée d’une encre folle. » Surtout il y dénonce l’innocence du primate traqué : « Plus personne ne croit en la justice, à part ici et là quelque gorille en cavale. » Le scribe illicite a de l’humour, certes, mais il y dit des choses pas drôles pan toutte en utilisant un langage qui surprend l’enfant de sept à septante-sept ans. Comment ne pas déceler une inclinaison sympathique et condamnable au sort des sans-papiers de notre monde moderne où règne un sot écho social d’une presse désinformatrice et criarde, bavardant dans un langage de commune réciprocité avec une opinion publique peu instruite ? « Le lorillego pille les laiebuches dans les bavuissavons », et encore pire : « Cavettave favichavue lestiolebic bavouaffave tous les fravuits ravougaves de la cavonfavitavurave ! Gavarave avau lavoravillavegué ! » C’est sûr, l’enquêteur émérite que je suis a tout de suite compris les intentions anarchistes du pamphlétaire. Allez ! Au pilori, le fomentateur de troubles.

3 : Le polémiste a aussi, semble-t-il, travaillé fort pour ce livre. C’est un lettré, pour sûr ! Il se déguise à sa guise en romancier, en dramaturge et aussi en versificateur pratiquant la poésie pour son plaisir. Par contre, ses déclames se révèlent être de la poésie pure sous des pratiques littéraires de théâtre, de pantoum, de fables et de récits. Ce scélérat érudit maquille ses actes journalistiques en faisant éclore des poèmes qui prennent l’air d’aller. Oui, oui ! De vrais poèmes dignes de ce nom :

Baigné de douce bruine le long jardin ruisselle
De gouttes languides à la teinte onirique :
Verts criards assombris d’un pourpre frénétique.

Sous la cascade de fleurs, un noir as étique,
En robe de soie perlée de brume, critique :
Dans la friche la mariée en sa robe passe-t-elle ?

Et la poésie, nous de la police, on sait tous que c’est subversif. Allez ! Au trou, celui qui écrit.

4 : l’anti-plagiaire aède du XXIème siècle connaît les règles et il les respecte selon son bon vouloir, et seulement lorsque cela sert son propos, sinon il transgresse. Il tente aussi de nous tromper y réussissant presque, mais moi, je suis un efficace (bien qu’obscur) gardien de l’ordre. Alors moi aussi j’ai dû lire et relire ces pages encore inédites que mon patron cite comme « l’arme du crime ». Le poète fourbe y affectionne le pantoum, mais ce n’est qu’à première vue car il y a mystification aux yeux de tous. S’imagine-t-il, sans doute, que l’on n’y verra que nuée de moucherons ? La composition « La harpe aux cent vers » en est l’exemple le plus probant. Il y a vingt-cinq strophes de quatre vers ce qui nous donne facilement compté cent vers. Ah ah ! Mais voilà qu’il y a un ingénieux inspecteur dans les feuilles et il connaît aussi les règles régissant le pantoum. Môsieur le versificateur comme un papillon paresseux survole ainsi le facile… Il sera jugé pour cela, je suis là pour y veiller car il nous manque environ cinquante vers au bas mot, PUNAISE DE PUNAISE ! Attendu que dans un pantoum les vers sont répétés une seconde fois… Allez ! Punissons le fraudeur.

5 : Finalement, ce livre est hors-la-loi car l’auteur y désobéit à tout ce qui peut s’enfreindre. Notre obscur créateur de phrases y prend même un malin plaisir délinquant : les faits démontrent effectivement que non seulement des lois humaines y sont offensées, mais aussi tous ce qui est religieux comme en témoigne cette question « Le sacre, le juron, serait-ce donc de l’art? » et la réponse est crûment dite : « Évidement ! Du reste on parle bien d’art sacré ! » Allez! Jetons aux juges et jurés ce mécréant plébéien.

Seule conclusion possible : le commettant de cet œuvre est soit un imbécile, soit un génie. Mon supérieur hiérarchique postule qu’il s’agit plutôt d’un foutu farfadet de fanfare et qu’on doit mettre la main dessus avant qu’il ne soit trop tard. Moi, j’ai fait tout mon possible pour étirer dans le temps l’investigation afin que le fugitif s’envole hors de sa chrysalide en essaimant toute la liberté dont il est capable.

Voilà de façon exhaustive les conclusions relatives à la découverte de la victime, Mon Richard, par les membres de sa famille, alors qu’il était complètement mort de rire en balbutiant « Punaise ! Chu mort de rire ! »

PS : Ce livre est comme une musée de maringouins, non je veux dire une nuée de moustiques (il faut se le taper plusieurs fois pour enfin y voir clair), mais il y a beaucoup, BEAUCOUP de punaises. Aussi, il faut se le taper plusieurs fois pour enfin y avoir la paix de l’âme et comprendre que « les ch’ittes bibittes » sont comme de l’air et de la poussière : c’est là, veux veux pas. On a besoin de l’un et l’autre qui sont là pour rester puisqu’ils étaient là bien avant nous.

C’est un petit chef-d’œuvre qui grandira… même éphémère.

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Livres publiés


A. E. Berger : Histoires de ténèbres et de lumière
A. E. Berger : Insectes choisis
A. E. Berger : Dictionnaire de mauvaise foi
A. E. Berger : Quarante-quatre coquillages de Méditerranée
A. E. Berger : Le clocher des tourmentes
A. E. Berger : Le passage de Reichenberg
A. E. Berger : Trois grandes figures de l’Ouest
A. E. Berger : Invisibles et tenaces
A. E. Berger : Cosmicomedia tome 3
A. E. Berger : Cosmicomedia tome 2
A. E. Berger : Cosmicomedia tome 1
A. E. Berger : Voici les morts qui dansent