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Ma Syrie


Un essai d’Adeline Chenon-Ramlat
 

Oubliez ce que vous savez sur la Syrie. Adeline Chenon Ramlat vous propose une plongée dans une autre Syrie, la sienne, où elle a vécu avec ses deux enfants. Elle vous raconte sans détours son coup de foudre pour cette terre, son mariage à un bédouin, et la vie dans le désert. Elle devient « l’autre », cette autre d’un autre monde, pâle et lumineuse, instruite et libérée. Belle-fille du chef du village, elle vous livre au fil des pages ses journées calmes ou folles, tristes ou drôles, toujours avec justesse et pudeur.

Laissez-vous envoûter par un vécu de merveilles, où le quotidien s’enchevêtre au rêve. Les princes y observent leurs châteaux, les faucons y veillent sur les bébés endormis et, tout doucement, si vous tendez bien l’oreille, vous entendrez les rires des femmes et l’écho des mille-et-une nuits.

Carlos Malem sur Facebook : « …il y a beaucoup de tendresse dans ce livre. Ma Syrie est avant tout un paysage, une famille, un rêve. Et toujours cette tendresse pour les Bédouins… »

Khaled Youssef sur Facebook : « …une merveille de découverte d’une Syrie méconnue même pour beaucoup de syriens ! La Syrie bédouine avec ses valeurs, ses traditions, et sa beauté si contradictoire. Adeline nous amène en voyage dans sa propre expérience d’un vécu chez les Bédouins […] on retrouve la réalité au quotidien, les difficultés, le style de vie, mais aussi les moments de bonheur, de découverte, de joie et de rire. […] le plaisir est garanti et l'évasion est assurée. »

Première diffusion le 02 février 2016
3,49 € - 4,59 $ca sur 7switch | Poids moyen | Essais & Témoignages
ISBN : 978-2-924550-10-6


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ISBN de la version papier : 978-2-924550-12-0

 


 

Capture de faucon

Un faucon a fondu sur un pigeon piégé dont il ne pourra se dépêtrer.

Et voilà… Voilà comment un 4x4 fonce dans la steppe avec au moins quatre hommes assez nerveux à son bord. Un chauffeur dont les yeux basculent sans cesse entre le ciel et le sol incertain, un copilote à qui il va être régulièrement demandé d’intervertir sa place avec le chauffeur sans lâcher des yeux le misérable couple volant (et sans rentrer dans un rocher), un passager muni de lunettes à la James Bond pour plus de précisions et de vérification des alentours… et enfin un gars plus prosaïque, en charge du boire, du manger et des armes. Il assure la logistique durant les trois à quatre jours que peuvent durer la traque. Je n’ai même pas réussi à comprendre si on s’arrêtait pour prendre de l’essence tellement l’exaltation des conteurs de la scène interdisait toute information rigoureuse. Ce qui est fort clair c’est que parfois, avec la vitesse et l’instabilité du sol, le 4x4 se retourne « et qu’il faut le remettre sur ses roues extrêmement vite. » Parfois le changement de pilote en route, fait que l’on perd des yeux le faucon. Parfois il y a des habitations sur le chemin et tout le monde devient encore plus nerveux.

Cette chasse est dantesque, folle, éreintante, mais quiconque l’a vécue voudra la raconter jusqu’à sa mort. Autour du feu, sous la seule lumière de la lune, il sera tour à tour le faucon, le volant, la carabine, le chauffeur, un mongol. Il sera la steppe inconnue. Il sera l’immensité du rêve, l’appât du gain, la terre vue du ciel et l’attente… l’attente qui s’impatiente… l’attente qui scrute le ciel… l’attente qui espère… l’attente de voir l’animal s’essouffler, commencer à descendre, s’avouer vaincu.

Quand le chasseur me raconte, ses yeux sont des ailes et je pars avec lui. Je le vois, ce faucon, je le vois, mon rêve qui descend du ciel et j’ai déjà le frisson de ceux qui se sentent rentrer dans la légende.

Il y a beaucoup de ratés, beaucoup de complexité si l’affaire a lieu la nuit ou près d’une yourte… bref.

Une fois le faucon et le pigeon liés par le piège, la course folle en 4x4 ne va plus s’arrêter dans les steppes. On change de chauffeur sans arrêter le véhicule. Jusqu’à épuisement de l’oiseau.

C’est que c’est lourd, un pigeon. Surtout un pigeon qui se débat comme un fou. Alors peu à peu le faucon perd de l’altitude, s’arrête au début dans des endroits inaccessibles, mais bientôt s’arrête surtout le plus souvent qu’il peut, pour reprendre son souffle et essayer de s’extraire les pattes de ce piège infernal. Et puis vient un moment où il n’en peut vraiment plus et ne se renvole pas quand il voit le fatidique 4x4 rouler vers lui. Il est à bout, épuisé. Il a perdu sa guerre mais il n’a pas dit son dernier mot…

C’est à cet instant-là que tout se joue. Le faucon est à terre sans force et il va falloir l’attraper sans qu’il ne se blesse trop. Et surtout, surtout, il va falloir le convaincre d’accepter la situation. Et c’est précisément dans ce moment que mon beau-père a une valeur inestimable. Il doit devenir l’ami du faucon. C’est sa seule véritable mission. En tous cas il doit savoir devenir assez précieux à ces yeux pour que l’oiseau, dans un fonctionnement extrêmement sensible, contre nature et loin d’être garanti, décide de ne pas mourir… de ne pas, d’un coup de patte musclée, en finir avec cette nouvelle vie sans liberté, cet avenir inconnu.

En arabe, le mot “faucon” se dit “tiour al hor” : l’oiseau de la liberté.

Ce n’est pas par hasard.

Le faucon est l’un des seuls animaux qui se suicide s’il perd sa liberté. Il se déchire alors la gorge avec ses serres.

Le drame, ou la rencontre, vont se jouer durant les quelques précieuses minutes, voire heures, où toute la raison d’être de l’équipage va reposer entre les mains seules de celui qui « comprend les faucons ». Et du moment où l’animal aura succombé au charme de cet humain, ils ne se quitteront plus d’une plume, ou si peu.

Comment vont se passer ces quelques heures ?

J’ai eu bien du mal à rassembler les morceaux d’histoires hurlées autour du feu mais à force de patience et de rires communs, je puis à peu près dire cela, même si un bon chasseur ne racontera jamais tout, c’est un fait entendu. Tout d’abord il faut lancer un manteau ou un tissu lourd afin de recouvrir le faucon à terre. Il sera dans le noir et ça va d’emblée le calmer. Puis il va se souvenir qu’il a ce maudit pigeon accroché aux pattes et qu’il a faim. Avec un peu de chance, il va en déchiqueter un bout et retrouvera un peu de force grâce à cette chair fraîche. Pendant tout ce temps, on lui parlera doucement. Enfin, une seule personne lui parlera. Celle dont l’odeur devra dorénavant ne plus être loin. Celle de celui qui lui redonnera à manger quand ce sera le moment. Des grognements, des petits cris mais surtout des mots aux consonances graves qui apaiseront l’oiseau.

Réussir ensuite à lui entraver les pattes pour qu’il n’en fasse pas quelque usage suicidaire. Toujours le laisser dans le noir.

Une fois calmé, le ramener au camion du camp de base où l’attend une valise percée de trous.

C’est là qu’il restera jusqu’à ce qu’on ait attrapé assez de faucons.

C’est là qu’il acceptera petit à petit la présence de mon beau-père.

C’est là qu’il choisira ou non de rester en vie.
 

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Le trousseau de la future

Un mariage se prépare…

Khaled m’attend, c’est très important.

« Compte bien tout ! » me glisse seulement Hind au moment de mon départ. Elle a les yeux illuminés.

Dans la maison de Khaled, l’ambiance est à la fête et à la cuisine.

Il m’accueille chaleureusement à la porte, le sourire plus doré que jamais, magnifique et tout en blanc.

« Je veux te montrer où je vais installer Hind. Voir si ça te plaît. » Nous rentrons dans une pièce que je n’avais jamais vue avant, alignée dans la cour de l’épicerie. Khaled pousse cérémonieusement la porte pour me laisser le passage.

Ouh-là ! Ça tranche avec le salon habituel « coussins en mousse et tapis ». Un lit colossal en laqué brun, blanc et or, avec une énorme armoire assortie et une table à maquillage avec mille-et-un spots, quasi hollywoodienne. Dessus, des tonnes de maquillages de toutes sortes. Il ouvre un tiroir ou scintillent trois énormes bagues et deux colliers en or qu’il me passe pour que je les soupèse.

À peine ai-je le temps de m’exclamer, qu’il ouvre l’armoire et me sort, sans gêne aucune, des culottes et des soutien-gorges tous plus affriolants les uns que les autres. Il les pose sur le lit « Tu peux les compter si tu veux. »

Nous voilà face à la penderie maintenant. Il sort une à une toute les tenues qu’il a choisies pour sa nouvelle épouse. Été, hiver, sorties, visites… Tout a été cousu main par la couturière si étonnante du village d’à côté dans des tissus recommandés par Hind au vendeur qui passe en moto une fois pas semaine.

Maintenant, les tenues « du soir ». Autant dire les déshabillés… beaucoup de rouge, de dentelles, de froufrous sur lesquels les mains de Khaled s’égarent avec amour. « Tu penses que ta sœur aimera ? » Non ?

Il est assez inquiet, mine de rien.

Je suis sure qu’elle a-do-re-ra, mais j’ai bien compris que chacun attend de moi une attitude extrêmement critique. Je suis la garante du futur traitement de la mariée, en tous cas du point de vue des moyens.

L’une des belle-filles rentre et compte méticuleusement les culottes, puisque je n’ai pas l’air de souhaiter le faire.

Elle m’annonce ensuite un tas de chiffres en cascade, sur les robes, les chaussures, les maquillages, la valeur marchande du mobilier, des lampes… On me demande de m’assoir sur le matelas pour vérifier qu’il n’est pas en mousse mais en laine, j’imagine.

Il y a un matelas de rechange dans l’armoire et toute une cargaison de couvertures chaudes et de draps.

Khaled me dit le prix total de l’or qu’il donne à Hind.

« Tout ce qui est ici est à elle pour toujours, quoi que Dieu nous réserve. Fais-moi confiance. »

Je le sens ému et je le suis aussi.

« Je suis sûre que tu sauras la rendre très heureuse, Khaled » lui réponds-je avec un sourire et en me dirigeant vers la porte.

Qu’est ce que j’en sais ? Rien du tout en fait. Mais c’est Hind qui a voulu tout ça, alors espérons le meilleur.

Je le sens plus calme quand je me retourne pour le saluer.

Quand je reviens, Hind est méconnaissable, déjà parce qu’elle est couverte de poudre blanche et surtout car elle a quasiment des ronds rouges sur les joues et des gnons bleutés à la place des yeux.

« C’est beaucoup mieux comme ça, mais toi, tu ne savais pas » m’explique Oum Samir doctement.

C’est stupéfiant.

Hind me sourit et je la sens tellement émue que… tous les maquillages du monde n’y changeront rien, c’est ma sœur.
 

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La quatrième de couverture

Ma Syrie, c’est celle du désert, de ce lieu qui est à la fois austère comme peuvent l’être les étendues de pierres où l’on ne sait que survivre, et doux comme un havre à l’écart du tintamarre des cités, comme un thé à la menthe bu devant un feu, la nuit. Dans ce lieu si exigeant et pourtant si séduisant, Adeline Chenon-Ramlat a vécu avec les Bédouins, les « errants » des fonds sauvages, qui sont devenus sa famille de sang, au centre de la Syrie.

Elle les a vus en cours de sédentarisation, porteurs du monde immense mais avec les gestes de la modestie propre à ceux qui ne risquent certes pas de « parvenir », entre nobles tentes d'apparat et pauvres maisons de parpaings, à la fois rêveurs, gourmands, imaginatifs et sans illusion.

Ceux-là vivent à la frontière entre les campagnes et le désert, dans les tampons entre les rebords de l’Occident et les marches de l’Asie sans fin, entre les postillonnants tourbillons de la modernité et le silence peuplé des passions des très anciens pays.

La façon de vivre ancestrale de ces gens est en cours d’extinction. Harcelés dans le Néguev, massacrés en Irak et en Syrie, eux qui ont résisté à beaucoup d’invasions sont en train de se courber sous la tempête. Cet ouvrage les montre juste avant le drame en cours, quand la vie était rythmée par les faucons, les moutons, les olives, les espoirs et les longues veillées.

Il est sûr que certains bédouins survivront, mais plus jamais leur vie ne sera pareille. Ce sont leurs habitudes, leurs traditions qui vont être bouleversées, et ce livre souhaite avant tout raconter à quoi elles ressemblent, dans leur unicité. Ici vous lirez le caractère d'un peuple aussi imbriqué dans la nature que fidèle à sa vision du monde.
 

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Image © Adeline Chenon-Ramlat

 

Où lit-on Ma Syrie ?

La version numérique se lit partout, notamment dans un avion qui va de France au Portugal (mars 2016), en Corse, en Crète et en Belgique. Mais la version papier, alors ?
 


 
À table…
 

 
Dans un lit…


 
En Bretagne…


 
Sur la Côte d’azur…


 
À Zanzibar…
Allez, tous à Zanzibar !

Mars 2016 : « Elle s’appelle Hana. C'est une étudiante en troisième année à l’Université de Damas. Elle vient d’Alep et à cause des bombardements, elle a passé son bac en catastrophe à Beyrouth. Elle a dit très calmement à la délégation de parlementaires français : “Faites rouvrir le lycée français d’Alep, reprenons nos échanges culturels et envoyez-nous des livres s’il vous plaît.” Nous sommes du camp de ceux qui subventionnent les bombes et elle nous a demandé des livres. Alors je lui ai directement offert le mien avec la chair de poule. Merci pour tes mots, Hana. »
 

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Livres publiés


Adeline Chenon-Ramlat : Ma Syrie