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L’Abécédaire


Un roman de Carolle Anne Dessureault
 

Une jeune femme, mère de deux filles, cherche à relier l’émerveillement et le quotidien dans sa vie. Elle rêve, aspire et désire développer plus de qualité d’être et moins de quantité de toutes sortes de choses. Sa relation amoureuse étouffe peu à peu ses rêves. Pour s’en délivrer et briser les chaînes des limites, elle devra passer par une transformation « X, Y, Z », reculer les frontières de ses doutes afin de créer l’énergie vitale pour oser le changement.

Un récit qui démontre que l’écoute du cœur est plus bénéfique pour s’épanouir que celle des conditionnements acquis et des raisonnements coupés de la voix de ce même cœur. Lorsque la vie du quotidien se joint aux aspirations profondes, l’unité s’installe et apporte le contentement.

Première diffusion le 21 février 2015
3,49 € - 4,59 $ca sur 7switch | Poids moyen | Romans
ISBN : 978-2-923916-88-0


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Un échantillon :

La maison devient bien calme subitement. Les filles couchées, c’est l’heure où nous sommes deux. C’est le moment où il y a beaucoup de pièces dans la maison.

J’ai peur. Je ne sais pas – je ne veux pas – aller plus loin avec « A ». J’apprécie qu’il reste devant moi le bon père terrestre, rien de plus. Ma vie auprès de lui, indolore et incolore, ne m’empêche pas d’être remplie de bonnes intentions. Et probablement d’idées toutes faites comme celle de croire que je dois m’ajuster à une certaine image que je me fais de mon rôle d’épouse. Je ne veux rien faire de force. Pourtant pour changer quoi que ce soit, je dois d’abord traverser les barrières des contraintes et des idées toutes faites, de la peur du nouveau, de la crainte de faire mal à « A » ou à la mère de « A » ou aux filles.

Elle est importante la mère de « A ». Elle dit qu’elle tient son bonheur de nous. C’est notre bonheur qui lui donne du bonheur, sinon elle n’a plus de raison de vivre. En s’exprimant, elle imprime sur nous, sur moi, le poids de son sort. C’est lourd à porter. Si notre bonheur s’écroule, elle dit qu’elle va s’écrouler, et qu’elle pourrait même en mourir. Je ne veux pas que la mère de « A » meure.

Je n’aurais donc aucun pouvoir de décision sur ma vie ? Je suis coincée par les malheurs que ma liberté créerait. Autant dire que ma vie ne m’appartient pas.

Les barrières entourent la routine, la délimitent, la cernent. Mais ces barrières posées je ne les ai jamais voulues, j’ai laissé les autres les placer et m’encadrer. C’est pourquoi j’en veux un peu à ma vie de routine.

Je ne sais pas où aller sans perdre ce que j’ai déjà…

« A » s’approche de moi. Dans moins d’une heure, il s’endormira. « A » m’entraîne dans la chambre. Il est dans son rêve. Veut jouer des scénarios qu’il voit au cinéma. Il roucoule, fait les beaux yeux, minaude des clichés qui me font pencher la tête de côté, un peu boudeuse et compatissante. « A » fait tout cela car il ne sait pas faire autrement. Il me fait venir des poussières dans les yeux. Mon cœur fond. Comment pourrais-je désillusionner la tendresse ?

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À propos du « Je » de ce roman :

Par Carolle Anne Dessureault

Grâce est déçue de l’amour de « A » qui la considère comme un trophée pour glorifier sa propre image de lui-même. Auprès de lui, elle ne se sent pas reconnue pour ce qu’elle est. « A » est passif, routinier et figé dans une pensée rigide faite de connaissances qu’il ne remet jamais en question. Il manque de vie. Elle va vers un autre alphabet comme le voyageur traverse des rivières avant d’atteindre sa destination. Personne entière, elle refuse d’être la moitié de l’autre alors que « A » s’en accommode, s’y sentant en sécurité. Grâce quitte l’Alpha du « A » conditionné pour faire jaillir ce qui la pousse à être complète sans pouvoir nommer la chose. Le souvenir de sa grand-mère Anna qui arrachait les mauvaises herbes de son jardin pour dégager la beauté des fleurs et faire pousser les légumes revient souvent à son esprit. En fait, le jardin de sa grand-mère fait écho à sa propre essence. Elle aussi, lui semble-t-il, est un jardin. Elle répond à une forte impulsion d’extirper les pensées négatives et stéréotypées qui trouent la toile de sa vision du bonheur.

La maternité est la partie solide dans la vie de Grâce. Cette solidité se manifeste par un perpétuel enchantement. Elle sent qu’elle vit une relation d’amour qui ne mourra pas. Elle est si apaisée de ressentir un amour inconditionnel qui ne se questionne pas qu’elle aborde ses filles « L » et « M », dans la confiance et l’abandon. D’autre part, sa quête va les faire souffrir en détruisant la famille. Malgré cette souffrance, elles l’appuient silencieusement car, comme tous les enfants du monde, elles veulent voir leur mère heureuse. En surface, elles vont traverser avec équilibre cette phase chaotique. Pourtant, il y aura effet miroir. En même temps que Grâce fait éclater le cocon qui l’enferme, « L » et « M » vivent une profonde mutation qui explosera quelques années plus tard.

Grâce est un personnage en constante transformation qui se voit comme un laboratoire expérimental. En quelque sorte, une quête du Graal. Il s’agit de transformer le vulgaire matériau intérieur en un diamant éclatant. Avec « X », « Y » et « Z », on s’aperçoit que Grâce est animée d’un intense élan de percer l’insondable. Elle reste cependant assez consciente de la réalité concrète des choses. Ces dernières lettres de son Abécédaire la ramènent aux premières impressions de son enfance, celles-ci non conceptualisées bien sûr, mais qui ont au fil du temps tissé une réalité qui veut se faire entendre. Donc, ce processus de changement la ramène aux sources anciennes, les seules qui ne se soient jamais taries. Il y a surtout l’eau qui, par son mouvement, lui révélait qu’elle ne faisait que passer. Grâce demandait à Anna : « où va l’eau de la rivière, grand-maman, est-ce qu’elle va mourir, est-ce qu’elle va revenir ? » Mais Anna écartait la question, lui reprochant de penser à des choses trop sérieuses pour son âge. Cette question non répondue a cristallisé son attention sur l’impermanence des choses jouxtée à un profond désir de trouver une permanence dans la matière, ce qui est impossible. Le combat également entre l’image et l’être qui pense se résoud en acceptant d’être observateur du théâtre humain qui se joue à l’extérieur comme à l’intérieur.

[Extrait d'une entrevue entre Paul Laurendeau et Carolle Anne.]

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Carolle Anne Dessureault : L'Abécédaire