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La plante verte


Un roman de Guilhem
 

« La vie en cette année 2234 n’était pas forcément dure pour tous les hommes, seulement, comme depuis la nuit des temps, pour une immense majorité. »

Le gouvernement de l’Europe unifiée est sur les dents. Une flotte extraterrestre est en train de se pointer aux confins du système solaire. Nous sommes au bord du tout premier de tous les premiers contacts. Mais quelle en sera la nature ? Amicale ? Hostile ? Toutes les chancelleries sont aux abois, car il faut éviter qu’une ou l’autre nation locale ne se transforme involontairement en l’extraterrestre de toutes les autres.

Par ailleurs, la lutte contre les changements climatiques a rendu les grands gouvernements supranationaux dépendants de vastes conglomérats privés assurant la perpétuation artificiellement contrôlée d’un climat viable. Ces entreprises tentaculaires portent des noms percutants – EcoTech, NanoSoft – et elles pénètrent la société civile et ses pouvoirs traditionnels jusqu’au trognon. Que savent-elles exactement de cette visite d’extraterrestres ? Le paradoxe est que ces puissants conglomérats contrôlent la technologie permettant de percevoir le vaste univers extérieur. De là à contrôler cet univers même…

Sur un autre plan, le quadragénaire Marhek Lorme, mi-détective privé, mi-barbouze à la retraite, enquête sur l’assassinat de son meilleur ami espion et de l’épouse de ce dernier par d’obscurs services non identifiés. Ici aussi, salmigondis analogue des perceptions, en la quête compréhensive. Qui a fait quoi ? Qui tire les ficelles brutalement et arbitrairement plantées dans la tête de qui ? C’est la valse des agents doubles, triples, quadruples. Marhek Lorme et son jeune subalterne, le stagiaire Johnson, mettent ainsi involontairement pied dans une histoire qui les dépasse… mais qui nous entraîne dans des scènes visuellement enlevantes sur un rythme de tambour de charge.

Pendant ce temps, dans le bureau d’un important homme d’État européen, il y a une plante verte enracinée d’assez longue date dans son pot. Elle vivote de son mieux, au rythme des arrosages sporadiques et des séquences de lueurs de la lumière artificielle. On la mentionne de temps en temps, dans le flux et le reflux des péripéties, comme par cycles. Elle apparaît comme une sorte de point nodal dans un imbroglio sociétal, syndical et militaire de plus en plus enchevêtré et tonitruant. Et elle en vient graduellement à nous obséder, cette plante verte.

Ce copieux premier tome du Cycle du Rézo renoue avec la riche tradition de la sci-fi pulp novel. Tous les procédés s’y trouvent. Les thématiques, en plus, sont intensivement modernisées: cyber-culture, micro-robotique, catastrophisme climatique, gouvernement supranational, paix armée, ésotérisme laborantin, amours furtifs, dialogue (de sourd) homme-femme, marasme économique, surarmement, privatisation à outrance, Et infailliblement, l’originalité jaillit. On lit, on lit, on lit.

Quand l’intelligence devient artificielle, quand la créature surclasse son créateur, eh bien un bon lot de surprises nous attend et ce, même dans les replis bruissants et parfumés des éléments narratifs les plus traditionnels d’un genre. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce premier roman de Guilhem en jette… On n’ose à peine imaginer les autres !

Première diffusion le 13 avril 2016
4,99 € - 6,49 $ca sur 7switch | Poids lourd | Romans
ISBN : 978-2-924550-15-1


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ISBN de la version papier : 978-2-924550-16-8


 

Un échantillon :
Il y a un truc qui bippe.

Au premier bip, les chercheurs avaient été pris au dépourvu. Lorsque avec timidité le bruit s’était déclenché dans le laboratoire, ses occupants n’avaient pas compris. Ils s’étaient entre-regardés, sourcils froncés, l’air de dire « C’est toi qui as fait bip ? » Ce court intermède de questionnement silencieux n’avait heureusement pas laissé le temps à des réponses stériles.

Au deuxième bip, les hommes avaient cru qu’un holoconf personnel déchargé appelait au secours tellement le son avait gagné en assurance. Chacun avait tâté son bracelet dans un geste ancestral inutile remontant à l’invention du téléphone portable. Sans succès.

Le troisième bip avait imposé son existence à celle des hommes dont l’un d’entre eux, d’ailleurs, était une femme. Malgré cette unique présence féminine, cela faisait un peu plus de deux ans qu’ils travaillaient ensemble dans ce laboratoire et il n’y avait jamais eu le moindre bip, même infime, entre eux. C’était l’entente parfaite depuis le premier jour.

En à peine quelques secondes, trois bips venaient de secouer leurs existences paisibles de chercheurs qui ne trouvent pas. Le triple événement devait forcément signifier quelque chose, peut-être même un quelque chose de scientifique.

Ainsi, le troisième son passé, trois des quatre membres de l’équipe avaient balayé les lieux du regard. Au centre de la pièce en forme d’hémisphère se trouvait un télescope très volumineux, mais il n’était pas du genre à faire bip. Tout autour, tel un donut ridiculement aplati par les imprudentes fesses d’un policier moustachu, une large passerelle circulaire courait depuis un point pour stupidement y revenir, et cela avec une obstination sans bornes. C’était sur cette passerelle que le matériel scientifique avait été entassé.

Voilà qui excluait d’emblée les six niches aménagées de part et d’autre et reliées à cette passerelle par des escaliers. Y avait été stocké le matériel de loisir de l’équipe, dont la tendance à biper est globalement sans conséquence pour la communauté scientifique internationale.

Au centre, la plate-forme était bourrée de machines blanches nacrées. Elles étaient truffées de leds bleues qui clignotaient dans tous les sens. Toutes ces lumières compliquaient la recherche de la source d’émission du bruit, car, bêtement, les neurones les plus obsessionnellement compulsifs des membres de l’équipe s’attachaient à synchroniser ce bip avec divers petits flashs de diodes, en vain d’ailleurs, car l’arythmie aidant, le son et lumière miniature n’avaient jamais lieu en même temps.

En plus de son authentique chercheur pétri d’incompétence, l’équipe de ce laboratoire européen était composée de deux beaux scientifiques de sexes opposés qui baisaient comme des lapins. Et surtout, à la marge, l’équipe possédait sa pièce maîtresse en la personne d’un jeune génie en cours de thèse, ayant, dans l’absolu, des difficultés d’ordre relationnel, comme dans l’abstrait, d’ailleurs. Il était aussi éperdument amoureux déçu de la scientifique canon mais déjà casée.

En deux ans, chacun avait donc trouvé sa place. Le directeur ne faisait rien d’autre que donner de temps en temps du travail pénible au jeune génie. Avoir un génie un peu autiste – tous les vieux chercheurs pétris d’incompétence vous le diront – sert seulement en quelques rares occasions. Le problème est qu’il faut absolument l’occuper sinon il pense. Or, s’il pense, ils risque de trouver pourquoi les vérités fondatrices dans lesquelles s’enlisent certaines sciences sont enlisantes ou de remettre en question les théories de leurs aînés. Les deux beaux chercheurs, quant à eux, faisaient grincer leur lit comme des bêtes vingt-cinq nuits sur trente. Enfin, le jeune génie, rendu insomniaque par ses deux voisins, épanchait ses pulsions en une boulimie de travail qui le faisait maigrir dangereusement.

Las que leur origine ne fût découverte depuis leur déclenchement, les bips n’avaient eu de cesse de s’intensifier. Ils avaient de quoi s’impatienter, car le laboratoire, s’il était hautement luminogène, était enveloppé d’un silence à toute épreuve. Les bipeurs, eux, y étaient rares. L’explication était simple. Entendre douze heures par jour différentes gammes de bips en son quatre bits peut rendre l’esprit le mieux fait complètement déjanté.

Loin de devenir franchement désespérés, les bips avaient entrepris ensuite de lanciner le gros de l’équipe de chercheurs, qui, désespérément, traquaient du regard leur origine à la manière du réveil-matin sournois sur lequel on ne parvient pas à mettre la main.

Décontenancée, la majorité absolue des quatre savants du laboratoire ne savait donc pas d’où le bruit venait ni même comment réagir. Une panique ultra-localisée d’une foule de trois personnes s’était déclenchée alors à une vitesse inouïe dans un espace de quelques mètres carrés, se dégageant violemment du levage d’haltères par ci, émergeant lentement d’une sieste de septuagénaire par là, enfin renversant une tasse de café sur son livre en lâchant un « Eh merde ! »

Aucun d’eux ou presque ne savait ce que signifiaient ces bips, mais tous avaient une conscience aiguë de ce dont ces bips étaient potentiellement porteurs. Pour une équipe d’astronomes à l’écoute de l’univers, un bip équivaut à l’apparition d’une pépite dans le tamis d’un chercheur d’or, encore qu’à l’époque des pionniers, une pépite faisant bip en aurait certes déconcerté plus d’un.

Après une brève quête infructueuse à l’écoute d’appareils sonnant creux, trois individus décoiffés s’étaient tournés vers le plus jeune, qui, pensif, ne cherchait plus.

Il n’avait d’ailleurs pas vraiment cherché à chercher. Vassili Pek s’était simplement dirigé vers le MKV34. Après quoi, il s’était assis devant la console de contrôle de l’ordinateur central. Ça lui avait pris onze secondes en tout et pour tout.

Le reste du temps, soit les quarante-trois secondes durant lesquelles les bips n’avaient cessé de s’intensifier et d’attiser l’intérêt des autres, le jeune génie avait pianoté sur le clavier avec virtuosité sans même y prêter attention lui-même. Puis, il avait fini par dire :

« Théoriquement, ça doit être le MKV34 qui fait chtouk. »

Sous les regards peu convaincus de ses collègues, il crut bon de se justifier :

« C’est le seul à pouvoir faire chtouk, j’vous signale. »

Pour tous les autres, il n’y avait aucun doute : le chtouk faisait bip !

« Alors, tu dis que c’est le… microstab qui fait le bruit ? » demanda le beau chercheur.

Soit ce dernier avait peur d’écorcher le nom de l’appareil, soit il voulait faire le malin qui s’y connaît, soit, moins vraisemblable, l’engin en question était un copain à lui. En tout cas, histoire de se donner de l’assurance, il posa sa tasse sur un ordinateur quantique coûtant quelques dizaines de milliers d’euros.

Lui et les autres s’étaient rapprochés du jeune génie.

« Et en clair, il est où cet appareil ? » demanda le professeur Manfrère l’air de reprocher : Je ne suis que directeur de recherche ! Je ne sais pas de quoi vous parlez !

Il faut dire qu’avec le temps, et la rencontre de plusieurs jeunes génies talentueux, il avait définitivement perdu toute once de fierté personnelle.

« Derrière vous, là ! » dit Vassili Pek d’un ton condescendant. « Ça frétille », ajouta-t-il.

« Qu’est-ce qui frétille ? demanda le professeur Manfrère.

— Détends-toi. Essaie de comprendre, lâcha Vassili Pek d’un tutoiement redevenu socialement indompté.

— Ne parlez pas ainsi au professeur », le rabroua le beau chercheur.

Le ton de cet homme parfait, qui répondait au nom de Julio de Pais Quo, était trop respectueux pour ne pas être intentionné… en l’occurrence d’un fayotage surabusif.

De derrière ses grosses lunettes de papy gâteau, le directeur de recherche eut une moue de fierté. Il se dit avec un doux paternalisme que Julio de Pais Quo avait le profil exact du futur vieux chercheur pétri d’incompétence, opportuniste et inutile. Il était malheureusement trentenaire et brun, sans le moindre cheveu blanc. Toutefois, le temps aux plus belles chevelures se plaît à faire un affront. Le jour viendrait où Julio intégrerait sa communauté.

En revanche, le professeur Manfrère nota mentalement de torpiller le rapport de thèse de Vassili, de sorte qu’il ne puisse devenir guère mieux qu’employé de l’Euronet, à l’avenir. De toute manière, il était logique d’éloigner la concurrence. Le professeur Manfrère n’allait tout de même pas se tirer une balle dans le pied en facilitant l’ascension de quelqu’un de doué. Avec des génies non bridés dans la nature on ne se serait vite retrouvé avec plus rien à chercher en deux ans à tout casser.

« Explique-moi, s’il te plaît » intervint la professeure Fiasnovitch du ton de celle qui connaît son avantage tactico-hormonal sur son interlocuteur.

Le jeune génie rougit un peu puis déploya alors un cortège de délicates explications dont on ne l’aurait pas cru capable de prime abord.

« Eh bien, vois-tu, Lipu…

— Oui ? » lui susurra-t-elle penchée à son oreille.

Il frissonna, déglutit et reprit :

«  Nous recevons une communication hertzienne cryptée émise depuis l’intérieur même du système solaire, dans la zone 2LM3.

— Les Chinois ? intervint le professeur Manfrère dont la connaissance géopolitique globale datait de la troisième guerre froide.

— Pourquoi enverraient-il un message secret à la Terre entière ? C’est tout poreux comme hypothèse. »

La réponse cinglante de Vassili Pek au Professeur n’avait pas tardé, ajoutant au précédent affront de parler dis-tinc-te-ment.

« Est-ce décryptable ? reprit le professeur Manfrère.

— Tout ce qui est crypté est par définition décryptable, mais il me faudra peut-être du temps, répliqua Vassili Pek. Ça dépend. »

Il dit cela sur le ton gentil de quelqu’un parlant à un enfant qui vient encore de poser une question stupide.

« On pourrait photographier la zone d’émission en attendant », suggéra Julio de Pais Quo un peu tard.

Le télescope venait de s’aligner. Julio s’en aperçut.

« Bien… Affiche la photo, ajouta-t-il, pour rester dans la course.

— Bah, elle est déjà affichée. T’es aveugle ou quoi ? »

Le professeur Manfrère colla son gros doigt boudiné au milieu de l’holoécran en suspension devant lui.

« C’est quoi toutes ces taches floues dans cette zone ? C’est normal ?

— Ce sont vos doigts, Monsieur, dit Vassili Pek.

— Non, pas ces taches-là. Celles-ci !

— Tiens ? C’est quoi ce truc ? C’est un peu trop cocooné pour être honnête. Affiner focale. Reprendre photo. Traiter image. »

Le temps que le traducteur universel traduise aux autres le mot “cocooné”, sur lequel il butait, la machine avait obéi à ses ordres vocaux. Les autres membres de l’équipe avaient l’habitude maintenant de voir le logiciel de leur traducteur auriculaire universel ramer toutes les quatre phrases de Vassili et finir systématiquement par opter pour une traduction littérale brute.

Quand l’image reparut à l’écran, les taches floues avaient l’air d’objets un peu plus sphériques.

« Mmm, c’est nettement plus osmosé comme ça. »

Nouveau délai dans la traduction…

« Qu’est-ce que c’est que ça ? Cela ressemble à des satellites, dit Julio.

— Lipu, c’est vous la spécialiste. Qu’est-ce que vous en pensez ? demanda le professeur Manfrère.

— Alors, voyons… C’est bizarre. Je n’ai jamais rien vu de tel. Je me demande… si c’est quelque chose de naturel. En tout cas, ça n’a rien à faire dans ce secteur. On dirait un peu… des constructions métalliques. »

L’un des néons du plafond tressauta à l’annonce.

« Mais non. Je plaisante ! Je ne sais pas encore ce que c’est, c’est tout. Faut regarder ça de plus près. Sûrement d’anciens objets transneptuniens qui nous rendent visite. »

Il y eut un bruit de décompression et quelques petits rires bons joueurs. Lipu demanda alors à Vassili de zoomer sur un seul élément. En changeant l’échelle de l’image, ils virent des sphères, ou plutôt, en raison de l’ensoleillement, des hémisphères, avec une couleur gris métallique. Lipu hoqueta de surprise :

« Mais ce sont vraiment des constructions métalliques ! »

Phrase qui aurait pu annoncer le début d’une mauvaise histoire d’invasion extraterrestre ou l’une de ces fameuses blagues lourdes de groupe qui durent entre une et cinq années. Néanmoins, la doctoresse Fiasnovitch paraissait tellement sincèrement stupéfaite qu’elle ne dit plus rien et s’employa à comparer plusieurs clichés. Son jeu d’actrice n’ayant jamais été aussi bon qu’en ce moment, Julio et le professeur Manfrère revinrent à l’écran.

« Ce sont des sphères métalliques, en mouvement, ajouta Lipu », en observant un déplacement dans la succession de clichés ne résultant pas de la rotation de leur observatoire terrestre.

« Des débris d’une ancienne sonde ? demanda le professeur Manfrère.

— Vous plaisantez ? Regardez vous-même. Il y en a plusieurs dizaines et elles sont énormes. La comparaison entre les différents clichés montre que les sphères se déplacent sur une trajectoire non elliptique. Il y a une légère traînée d’ionisation à l’arrière d’elles.

— Ce sont des extraterrestres » dit Vassili Pek que tourner autour du pot agaçait.

Un conflit cognitif avec leur incrédulité s’opéra chez les trois autres scientifiques. Vassili Pek, lui, s’était contenté d’enregistrer l’information dans un coin de son cerveau prévu à cet effet depuis toujours.

« Il faut que je diffuse immédiatement cette photo sur l’Euronet, dit le professeur Manfrère en se précipitant fébrilement vers un ordinateur.

— Non, Professeur, intervint la doctoresse Fiasnovitch.

— Pourquoi non ? dit-il étonné sans s’arrêter de pianoter. Je le tiens mon Nobel !

— Parce que ça relève plutôt de la défense nationale… voire internationale.

— Rien à faire. Je dois être le premier à revendiquer la découverte ! Ils vont voir tous ces vieux schnocks avec leurs distinctions.

— On devrait peut-être vérifier les données d’abord, suggéra la doctoresse.

— Ah non ! Tout est question de vitesse.

— Ne faites pas ça, Professeur » dit-elle.

Le visage tendu, elle vit qu’il ne réagissait pas. Elle expira un grand coup et la tension quitta son visage.

« J’ai dit stop ! Votre laboratoire échappe à partir de maintenant à votre autorité, dit-elle, avec une voix forte et assurée. »
 

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Un autre échantillon :
Un robot souricide en veut à Saleté.

Saleté s’était reposée une bonne demi-heure sans être inquiétée par aucun robot dératiseur mécanique animé par un programme psychotique.

Tandis qu’elle jouait avec un cadavre de souris, son oreille percée se dressa à l’écoute du message diffusé. Elle entendait des humains miauler sans réellement parvenir à situer leur position par rapport à elle, comme elle le faisait d’habitude. Tout du moins, les voix semblaient venir du plafond.

Elle entendit d’abord la voix d’un homme dont la fréquence sonore ne rappela rien à sa mémoire auditive. Elle entendit aussi la voix de ce gros lourdaud de Geignard.

Et puis, elle entendit une voix qui sans passer par sa mémoire auditive lui parut hautement suspecte. L’image auditive et visuelle de Madame Grosjean apparut dans sa tête, provoquant le gonflement de sa queue.

Une appréhension grandit en elle lorsqu’elle entendit très distinctement et à deux reprises le terrible mot Coquine, qui, par deux fois, lui hérissa les poils.

Elle se leva donc, s’étira en faisant le gros dos et décida que si Madame Grosjean était dans les parages, il valait mieux détaler au plus vite et continuer à jouir de cette liberté pourtant dangereuse.

Un bruit familier se fit entendre non loin. Elle reconnut les tintements métalliques caractéristiques du D3000 à une centaine de mètres de là.

Saleté faillit s’enfuir, mais elle en avait assez. Elle opta cette fois-ci pour l’attaque. Elle fit jouer ses griffes les rétractant ponctuellement. Cette fois, elle aurait l’avantage de la surprise. Elle attrapa son casse-dalle dans sa gueule et se tapit dans un recoin sombre de la pièce.

Le D3000 entra dans la salle où Saleté s’était reposée. Il balaya la pièce avec ses senseurs, mais ils étaient parasités par des interférences. La source de chaleur du foyer gênait ses capteurs infrarouges. Le détecteur biologique rencontrait, lui, des interférences électromagnétiques à cause de l’incinérateur. Aucun battement cardiaque n’était audible à travers les gargouillis des différentes machines présentes dans cette salle.

Tant et si bien que le D3000 repassa en mode optique et entreprit une fouille minutieuse de chaque recoin de la pièce.

Tout en auscultant, le D3000 approchait de l’incinérateur et de Saleté. Lorsqu’il fut à trois mètres d’elle, la chatte décida de passer à l’action. Elle jeta le cadavre de la souris d’un mouvement de gueule à un mètre sur la gauche du D3000.

La dépouille atterrit sur le sol en produisant un petit claquement sec vers lequel le D3000 bondit toutes griffes dehors, broyant la carcasse du petit animal. Saleté profita alors de cet instant d’inattention pour sauter dans un recoin déjà fouillé par le D3000. Elle glissa alors discrètement dans son dos, à cinquante centimètres de lui, tout en restant cachée.

Maintenant, le D3000 se déplaçait vers l’endroit dont il avait calculé qu’il était la source de l’envoi du cadavre de souris. Il était suivi de près par Saleté.

Le D3000 sauta alors sur un tapis roulant à l’arrêt qui convergeait comme les autres vers l’incinérateur. C’était ce que Saleté, en fine tacticienne, avait attendu. Il était encore un petit peu loin, mais elle n’allait pas tarder à agir à mesure qu’il approchait du brasier.

Lorsqu’elle jugea le D3000 suffisamment près du feu, elle bondit de manière à lui donner l’impulsion pour qu’il tombe dans le foyer. Elle y mit toute sa force, mais ne s’attendait pas à ce qu’il soit aussi lourd. Elle réussit toutefois à le déséquilibrer suffisamment pour qu’il bascule dans le brasier où il disparut.

Il en sortit dans un bond gigantesque au bout de trente secondes, éjectant quelques scories, apparemment indemne, mais le visage et le tronc légèrement déformés. Ses éléments plastiques fondaient sur le sol.

Il atterrit sur le tapis roulant à l’arrêt à un mètre de Saleté à qui il donna un violent revers de la patte qui la fit s’envoler à trois mètres de là sur un autre tapis, en mouvement celui-ci.

Le D3000 bondit la rejoindre. Saleté était sonnée. Elle esquiva tant bien que mal deux coups de griffes qui lacérèrent le tapis, provoquant le bourrage de la chenille et le blocage de la machine. Le D3000 attrapa alors Saleté par le collier. Elle se débattit de toutes ses forces. Ses griffes crissaient sur l’exosquelette métallique sans lui infliger la moindre douleur.

Étranglée…

Saleté sentait sa dernière heure arriver. Elle grognait et crachait dans l’espoir que quelque chose d’imprévu survienne.

Et effectivement, quelque chose d’imprévu survint. Une masse métallique heurta violemment le D3000, libérant Saleté qui rampa péniblement se mettre à l’abri vers la cage d’ascenseur. Face au D3000 se dressait maintenant le robot de maintenance qui venait de constater la présence de quelque chose dégradant le matériel d’acheminement des détritus à l’incinération.

Une féroce bataille s’engagea alors entre les deux robots. Sans aucune délicatesse ni tactique, ils s’administraient de violents coups avec toutes les parties du corps pouvant leur servir.

Tous deux essuyaient des avaries de plus en plus lourdes à mesure que se prolongeait le combat. Le D3000 semblait toutefois gagner l’avantage malgré la perte de ses deux jambes arrière qui lui furent arrachées par le robot de maintenance lorsque ce dernier l’écartela.

Le combat prit fin. Le D3000 était parvenu à éviscérer intégralement le robot de maintenance dont il extrayait le contenu de la cage thoracique jusqu’à ce que celui-ci ne soit plus qu’une épave de machine inerte.

L’œil rouge du D3000 pivota alors vers Saleté, qui se tapit dans le fond. Lentement, mais inexorablement, la machine tueuse commença à ramper dans la direction de Saleté en se tractant à l’aide de ses deux pattes valides dont les griffes perforaient le sol à chaque avancée.
 

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Une autre critique :
« Premier roman de l’auteur… »
Par fnitter sur Babelio.

Dans un futur relativement proche et pas si différent du nôtre, le gouvernement est sur les dents car un ultimatum extraterrestre vient de tomber. Rendez-vous ou mourez. Dans le même temps, Marhek Lorme, ex-agent des services secrets est chargé d’enquêter sur la mort d’un autre agent et ancien ami… Et lorsque les deux affaires se télescopent, la poussière n’a pas fini de retomber.

Marhek Lorme est un mix entre Mike Hammer (on sent encore le whisky d’ici) et le commissaire San Antonio.

La société dépeinte par l’auteur, cruellement réaliste dans son absurdité, ses pouvoirs et contre-pouvoirs. Le tout traité sur un mode humoristique, cynique, impertinent, loufoque (jusqu’à plus soif, et écoeurement parfois) qui nous réserve des moments très intéressants de drôlerie mais aussi de réflexion.

Le background est bien plus complexe que pourraient le laisser penser les premières lignes. Géopolitique, luttes de pouvoir. Tout cela sent le très travaillé et contrebalance le ton décalé de l’auteur, rendant ainsi au roman du sérieux, ou pour le moins de la légitimité.

On pourra regretter une fin un peu précipité qui fait un peu dans le Deus ex machina si le roman est un one-shot, mais si comme le laisse supposer le titre (le cycle…), il y a une suite, on devrait pouvoir s’en remettre.

On pourra également regretter quelques longueurs et fausses pistes (je cherche encore ce que vient faire le thésard là-dedans (pour ceux qui ont lu le roman).

J’ai mis longtemps à terminer ce roman, parce que si j’ai bien aimé l’histoire, l’abus de dérision, à toutes les pages, voire toutes les phrases, me désarçonnait trop souvent. Mais l’envie d’en connaitre, me remettait en selle.

Bref, un roman à lire, un auteur à découvrir, vous aimerez ou vous détesterez (ou les deux en même temps parfois) mais au final, il reste l’impression d’un roman abouti, bien travaillé et divertissant.

20 juin 2016.
 

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