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Quatre-vingts printemps


Un roman de Nicolas Hibon
 

Voici l’émancipation tumultueuse d’une poignée de petits vieux, jusqu’alors condamnés à mourir en silence. Dans un hospice low-cost, où les interdits sont légion, un groupe d’octogénaires se réunit discrètement chaque nuit pour s’adonner à une même passion, le poker. Une vie à la dure a su entretenir chez eux l’étincelle d’humanité qui leurs permettra de transgresser les interdits du lieux.

La truculence des personnages embellit un quotidien parfois dur, où la compassion n’a plus de place. Mais les humiliations subies sauront leur fournir le carburant nécessaire à une révolte qu’ils rêvent savoureuse…

Première diffusion le 21 avril 2011
4,99 € - 6,49 $ca sur 7switch | Poids lourd | Romans
ISBN : 978-2-92391-649-1


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Un échantillon :

Quatre vingt-quatre ans, un mètre quatre-vingts et pas loin de cent kilos, dont les deux tiers sur les fesses. Elle a la démarche chaloupée de ceux dont les articulations coincent. Ancienne prof de français, elle fut à l’époque une des plus virulentes manifestantes sur le plateau du Larzac jusqu’à l’annulation de l’extension du camp militaire en 1981. Contre les premiers barrages hydroélectriques et, jusqu’à il n’y a pas si longtemps encore, contre un nucléaire « atrophieur d’humanité », la vie de Janine s’est résumée à des luttes de sentiments qui trouvent leur source en Inde sur les traces des Beatles. Elle en est revenue imbibée de pacifisme et de drogues plus ou moins douces qu’elle a consommées toute sa vie. Pas toujours consciente de ses propos, elle n’en reste pas moins une très bonne joueuse de poker qu’il vaut mieux ne pas sous-estimer.

Janine et Joseph se recueillent consciencieusement tous les matins dans une sorte de prière au jour, à l’humanité et à la Pachamama réunies. Exception faite de l’odeur d’encens, ils ne dérangent personne, alors même les aides-soignantes les laissent faire. Et puis ça permet de se montrer tolérant, ou du moins de le dire…

Anecdotes parmi tant d’autres, Janine revendique haut et fort d’avoir été la maîtresse d’un bon nombre de célébrités du show-biz ou de la presse de l’époque rencontrées entre concerts et luttes pacifistes plus ou moins médiatisées.

— Lennon, c’était pas un premier de la classe au lit. Celui qui méritait chez les Beatles, c’était Ringo. Entre groupies on l’appelait le pipeline et, attention, pas un tuyau en plastique, du dur de dur, pas de la gnognotte pour gazon anglais…

Elle sourit d’aise, comme si le film qui défile avait encore quelque pouvoir sur son quotidien.

— Fallait voir dans les états où ils se mettaient tous les quatre…

Pas une soirée sans que Janine ne révèle un aspect original d’une star du petit écran des années soixante à quatre-vingt.

Seule ombre à son cursus, Woodstock…

Chagrine, mais pas fâchée.

— Pour la galipette, les Hindous c’était pas terrible, mais pour la fumette ils savaient y faire, rien à voir avec l’herbe à cow-boy qui se fumait à Woodstock. On dira ce qu’on veut, mais l’Inde est à la défonce ce que l’Italie est à la voiture de course. Par contre, la comparaison s’arrête là, ce n’est pas demain qu’on verra une vache sacrée avec des jantes larges et une peinture rouge.

Et une Josette rosissante pouffe dans sa main devant l’extravagante vie de son amie. Elle est à mille lieues de n’avoir fait qu’en imaginer le début… De son coté, c’était boulot, famille, cuisine. Alors la rigolade, à part quelques trop rares parenthèses dans un camping du bord de mer… C’est peut-être pour ça que les histoires de Janine ont quelque chose d’Indiana Jones qui lui poudre l’imagination d’étoiles inaccessibles. Dès que ça tourne au croustillant, Josette vire au rose. Leurs deux mondes sont tellement éloignés qu’elles ont beaucoup de mal à se comprendre, mais elles s’estiment et se complètent.

Sauf peut-être les cartes en main…

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Hibon répond à Berger

Allan E. Berger : Merci Nicolas d’avoir accepté de te prêter à ma curiosité. La première question sera : que fais-tu comme métier, et comment cela se concilie avec ton activité d’écrivain ?

Nicolas Hibon : Je suis apiculteur en Guyane Française (depuis peu). J’ai fermé dernièrement une petite entreprise artisanale dans l’agroalimentaire au Surinam. Je ferai peut être un jour une histoire autour de mon cursus professionnel, il y a de la matière… Apiculture et écriture se concilient à merveille, puisque je ne peux pas les pratiquer en même temps. Les abeilles le jour, et encore jamais pendant la sieste, et l’écriture le soir, jusque tard. Les abeilles m’occupent majoritairement en saison sèche, de juillet à décembre, et l’écriture exclusivement quand ça me démange. La solitude du rucher serait en théorie un bon moment pour me projeter dans une histoire en construction, mais l’agressivité naturelle de nos abeilles (abeille africanisée, ou abeille tueuse) ne laisse pas de place à l’oisiveté. Aussi, j’attends le soir et la douceur de la climatisation pour me détendre et me laisser aller aux hypothèses qui construisent mes romans.

Berger : À propos de Quatre-vingts printemps, dont le sujet n’a, à ma connaissance, jamais été traité du côté du roman, te souviens-tu d’où t’est venue l’idée ? Et comment passes-tu de l’idée d’une histoire de vieux schnoques enfermés à sa mise en place dans un récit construit qui tienne la route ?

Hibon : Alors là c’est la question à cent balles !… J’ai écris mes premières histoires lors de repas arrosés avec les copains, et retrouver le cheminement de nos délires de l’époque me semble tout à fait impossible. L’histoire, que j’ai dû soumettre au collectif, a su stimuler les plus excentriques de mes copains. Le lendemain il ne me restait plus qu’à trier pour construire une trame où j’insérais les différentes anecdotes. Si les idées sont, pour partie, celles de mes copains, l’écriture est entièrement mienne. Donc pour synthétiser une réponse, je dirais que j’ai surtout su mettre en page nos délires réciproques.

Berger : Je crois remarquer que la plupart de tes personnages, s’ils sont bien croulants, se souviennent qu’ils ont été jeunes et n’ont pas oublié de l’être le plus possible encore, et le plus longtemps possible. C’est là un puissant acte de résistance personnelle dont l’acteur n’a pas forcément conscience. Est-ce donc que sans ce préalable qui niche au fond du caractère, il n’y a rien qui puisse être entrepris ? Les gens vieux dans la tête sont-ils condamnés à subir ?

Hibon : Qu’est ce qui, sans trop de risque de se tromper, permet de dire que quelqu’un est vieux ? C’est bien ça le fond de la question ? C’est dans la tête !!!! Tu es vieux quand tu ne rêves plus. Je crois que c’est aussi simple que ça ! C’est d’ailleurs ce qui se passe dans Quatre-vingts printemps. L’envie d’avoir encore une fois accès au plaisir, à la truculence, va stimuler chacun des acteurs de l’histoire. Réver de pouvoir se faire encore un gueuleton entre copains, de boire une bonne bouteille, une faire une partie de cartes, de fumer un joint. Se sentir capable de se faire plaisir. Quant à subir quand on est vieux dans sa tête, je ne sais pas, peut être. Je dirais plutôt qu’on subit par manque d’ambition, par peur de perdre quelque chose que l’on considère comme important. Et puis soit dit entre nous, subir en Europe ou subir sous une dictature, est ce qu’on parle de la même chose ? Est ce que le mot à la même signification ? Et puis tiens, je te la livre comme elle vient, je pense que subir c’est un peu mourir. J’me la pète là, non ? Je dis ça comme si j’avais LA vérité, la divine parole. Qu’est ce que c’est chiant de dire des choses sérieuses ! D’ailleurs c’est pas compliqué, les gens sérieux sont chiants. Voila une vérité !

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Livres publiés


Nicolas Hibon : In Vino Very Trash
Nicolas Hibon : Hémoglobine et bonne conscience
Nicolas Hibon : Chambertin et Cupidon
Nicolas Hibon : Amigolo, chaman des abeilles
Nicolas Hibon : Le chasse-temps
Nicolas Hibon : Quatre-vingts printemps