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Le chasse-temps


Un roman de Nicolas Hibon
 

Dans Le chasse-temps, le minéral et le capital, ces deux mondes diamétralement opposés, vont s’affronter à travers une constante devenue instable : le temps. De la misère la plus sombre à l’arrogance la plus pimpante, il imprimera de ses soubresauts les deux continents américains. Si l’or est le but ultime du plus petit des garimpeiros, il est un minerai plus rare encore que seuls quelques privilégiés pourront approcher. Le pouvoir de changer l’histoire est une arme qui suscite les convoitises les plus tenaces et que le temps ne fait qu’exciter. Mais il est des trésors qu’il vaut mieux ne pas partager. Du moins pas avec n’importe qui…

Après Quatre-vingts printemps, Nicolas Hibon nous livre un roman profondément humain où le fantastique côtoie le réalisme le plus noir, un roman au cours duquel, toutefois, le plus gros ne l’emporte pas toujours sur le plus petit. Et il est bien qu’il en soit ainsi.

Première diffusion le 26 mai 2012
4,99 € - 6,49 $ca sur 7switch | Poids lourd | Romans
ISBN : 978-2-923916-50-7


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Un échantillon :

Avant d’arriver à destination, le convoi passa par le Wyoming. Ce fut là une véritable révélation pour Handy. Sous des prétextes de route trop dure, il pu commencer à découvrir ce qui abritait la plus importante découverte de l’histoire de l’homme : le tout nouveau parc de Yellowstone. Après deux dernières semaines pour amener le convoi à bon port, Handy salua tout le monde et reprit la route en sens inverse.

Le territoire venait d’être classé parc national et le responsable, fraîchement nommé à se poste, embaucha sans se poser de question un pionnier de la trempe de Handy, qui fut de ce fait le premier ranger du parc. Plus de contrainte, d’arrêt pipi, de gosses qui hurlent, d’adultes inquiets. Plus de compte à rendre non plus sur ses décisions. Il devait protéger les centaines de kilomètres carrés du parc, et s’y consacrerait entièrement.

Le paysage était tout simplement magnifique et, malgré un braconnage ancestral, la faune restait difficilement accessible, ce qui rendait sa diversité et la population de chaque espèce bien supérieure à ce que le reste du pays pouvait proposer.

La seule contrainte qui était imposée à Handy consistait à faire un compte rendu de l’état du parc chaque trimestre. Alors consciencieusement, chaque premier lundi de chaque nouvelle saison, le ranger était de retour pour faire un résumé de l’état du parc, faune et flore comprises. Handy comprit tout de suite ce qu’on attendait de lui, ou du moins ce que son supérieur attendait de lui : que le nombre de grizzlis soit en diminution ou, au contraire, en augmentation, cela n’avait pas grande importance. Non, ce qui était important, c’était que ce soit lui qui fasse les analyses devant les responsables politiques du parc. Handy courait la forêt et son chef faisait les commentaires. Il n’y voyait aucun inconvénient ; il aurait même préféré ne pas être obligé de revenir aussi souvent mais, vu le peu de problème qui résultait de cette obligation trimestrielle, Handy s’en accommodait.

Une fois par an était prévue une cérémonie qui devait contribuer à la reconnaissance du bien-fondé de la préservation des richesses du parc. Cérémonie au cours de laquelle les pères fondateurs du Yellowstone changeaient de support à leur campagne électorale permanente et venaient se faire photographier sur un fond plus naturel. Certains d’entre eux pourtant vouaient un profond attachement à la cause du parc, qu’ils avaient soutenue depuis ses débuts, mais ces hommes, sincèrement amoureux de leur nature, n’étaient plus qu’un support face aux politiciens professionnels qui tiraient à eux la couverture de fibre naturelle que représentaient ces immensités.

Trois ans après avoir été engagé au service du parc, Handy croyait l’avoir parcouru dans ses moindres recoins. C’était bien mal connaître l’incroyable diversité du Yellowstone.

Les roches fumantes succédaient aux geysers, les lacs aux couleurs incroyables effaçaient à peine la diversité des animaux qui vivaient comme au premier jour dans ce lieu magnifique. Il n’était plus question pour Handy de vivre ailleurs que dans un pareil enchantement.

Les semaines de patrouille se déroulaient toujours de la même façon : pistage des animaux et pistage de traces d’homme. Les hommes n’étaient qu’une parenthèse dans la vie de la faune ; les rares prélèvements dû au braconnage se limitaient à l’abattage de quelques cerfs ou wapitis et ne nuisaient nullement à l’équilibre des populations. De toute façon, le travail de Handy relevait plus de l’éducation que de la sanction. Comment aurait-il fait d’ailleurs ? Seul, il n’en avait pas les moyens. La solitude devint pour lui la compagne qu’il attendait. Non pas que la présence des hommes lui soit insupportable, mais plutôt par amour d’une vie sans entrave.

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Livres publiés


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