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Chambertin et Cupidon


Un roman de Nicolas Hibon
 

Paris, France, dans un des plus vieux quartiers de la capitale, derrière un porche, au fond d’une cour, se cache un restaurant oublié du temps. Il semble qu’on n’y ait jamais vu rentrer d’autres légumes que ceux qui servent à garnir (mais avec modération, n’allez pas croire) les myriades de plats de viande, bons à faire exploser Pantagruel. Ici on mange à l’ancienne, et avec art, ce que la cheminée et les marmites cuisent ou affinent. En plus d’être un cordon bleu de première magnitude, le patron est un amateur de vin à la cave hallucinante, doublé d’une espèce de chimiste taquin.

Cette dernière qualité l’amènera à se lancer dans une collaboration très intéressée avec une agence de rencontres matrimoniales tenue par une bonne copine à lui. Le programme : trouver un philtre d’amour. Les moyens : tester sur les clients de l’agence. Les dangers : simplement quelques amourettes désordonnées, galipettes fébriles et enivrées entre canards en sauce et sangliers aux cèpes. Le but de tout ceci : en finir avec un secret abominable.

Après Quantre-vingts printemps, Le chasse-temps et Amigolo, Nicolas Hibon signe son roman le plus abouti. Un régal au sens propre comme au figuré.

Première diffusion le 12 décembre 2013
3,49 € - 4,59 $ca sur 7switch | Poids léger | Romans
ISBN : 978-2-923916-72-9


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Un échantillon :

Qu’il pleuve sur la capitale, ou que le ciel profite du printemps pour éclairer la courette des Trois soldats, Louis a pris des habitudes que le temps a consolidées. Six heures du matin, c’est l’heure de l’éveil à la nature, et par là même, à ses fonctions vitales.

Louis descend pisser dans sa cour.

Il n’est d’ailleurs pas rare qu’il y retrouve Cyril, que le logement tout proche rend parfois synchrone. Ce dimanche, le réveil est vasouillard, la soirée qui s’est prolongée une bonne partie de la nuit n’a pas permis de rendre le sommeil réparateur.

La porte de l’auberge a claqué derrière lui, et ses sabots raclent le pavé que l’humidité de la nuit a rendu brillant. Le pantalon de velours à grosses côtes avachi sur les chevilles laisse apparaître une paire de fesses dodues qu’un marcassin qualifierait sans doute de maternelles tant elles sont poilues. Le copieux jet d’urine qui glougloute à travers la grille d’évacuation révèle une nuit froide par la buée qu’il dégage. L’image, qui n’a rien de sacerdotal, est à la hauteur du bonheur que l’acte procure à son auteur. Fesses à l’air et sexe en roue libre, Louis se gratte copieusement l’arrière-train avec un bonheur évident.

La porte du cagibi grince doucement et laisse passer une crinière blonde en bataille.

Louis s’attendait à voir sortir son partenaire du matin, mais c’est Maryse qui apparaît, elle tient son sac et son manteau tout contre elle. Son caniche, qui visiblement dort encore, est roulé en boule dans le paquet de frusques qu’elle protège d’un invisible malheur. Le visage est déconfit et l’horreur qu’on y lit n’est certainement pas feinte.

N’ayant de toute évidence pas remarqué l’attitude "originale" de Louis, elle l’apostrophe à voix basse :

« Bonjour, vous savez où on est ? »

Si la soirée semblait agréable hier soir depuis la porte du cagibi, le matin à l’air de la secouer. Elle ne reconnaît visiblement plus rien ni personne.

« Chez moi, ça vous plaît ? 

— …

— Par contre, vous êtes en train de me regarder pisser, faudra pas vous plaindre si vous faites des cauchemars après. »

Des larmes font leur apparition, poussées par des images qui se matérialisent. Le réveil est encore trop récent pour qu’il soit possible de se souvenir des bons moments.

Maryse, à la façon d’un animal craintif traverse la cour à petit pas pressés. Elle fuit plus qu’elle ne rentre chez elle.

Comme pour lui rendre hommage, Louis lâche une salve sur son passage.

Madame couine et presse le pas.

« Ben, elle est déjà partie ? »

Cyril émerge à son tour. 

Il a la tête de tous les alcooliques au lever, avec en plus une barbe à la Gainsbarre. C’est peut-être ça qui fait le plus peur. Pourtant, ce matin il y a un quelque chose de plus que Louis aimerait comprendre, en fait qui le tarabuste depuis hier soir.

« Je rêve ou tu t’es retrouvé une deuxième jeunesse cette nuit ? »

Cyril s’est rapproché et prend la relève de Louis qui se reculotte.

« J’comprends rien, j’sais pas si c’est de regarder les chiens s’envoyer en l’air ou la bouteille de ton apéro spécial que j’ai éclusée, mais elle m’a fait un effet comme ça ne m’était pas arrivé depuis… Depuis je sais plus quand d’ailleurs.

— Tu ne vas pas t’en plaindre, quand même ?

— Ça risque pas, mais j’y comprends rien de rien, vu dans l’état où on était cette nuit je peux te dire que je n’étais pas le seul à y trouver mon compte.

— Pas sûr que le réveil l’ait autant satisfaite que sa nuit.

— Elle a pas l’air d’aimer mon intérieur no future. »

o0o

Louis a passé son dimanche à méditer, avec pour unique compagne une bouteille de Meursault. a ne peut pas décevoir, un Meursault, tout y est suggéré, rien que du sous-entendu, de la subtilité.

C’est en cette compagnie que Louis apprécie la solitude.

Pas simple de faire le point sur les résultats de son philtre. Il faut démêler les effets des réactions naturelles, faire un parallèle entre les tempéraments et les stimuli extérieurs. Mais surtout ne pas oublier de prendre en compte l’effet de masse généré par l’alcool, lui aussi est un profond aphrodisiaque.

D’ailleurs, si l’alcool est un aphrodisiaque, est-ce qu’il ne faudrait pas qu’il soit lui aussi de la plus grande pureté possible ?

Malgré la brume qui l’entoure, Louis vient de mettre le doigt sur quelque chose qui l’interpelle. Voilà un sujet à méditer

«C’est vrai que le support fruits fermentés est excellent pour le philtre, mais peut-être faut-il le purifier à l’extrême ? Un vin exempt de tout ce qui n’est pas vin ? Le débarrasser de toutes substances chimiques de synthèse, comme je le fais déjà pour les noyaux et les racines ? Du bio comme ils disent maintenant. En fait, rien d’autre que ce qu’on mangeait et buvait avant de servir de cobaye à l’industrie pharmaceutique »

Les vins qui correspondent à ces critères sont rares et chers, mais la cave de Louis cache des merveilles insoupçonnées… C’est d’ailleurs là qu’il finira son dimanche. a se mrit ce genre de choix, un Rivesaltes 1936 n’a rien à voir avec un Armagnac vieux d’un siècle, il est des équations qui demandent du calme.

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La genèse de cet ouvrage

Berger : Je ne te demanderai certainement pas pourquoi ni comment t’est venue l’idée d’écrire une histoire de cul, de bouffe, de pinard et d’amour, car je vois bien qu’il n’y a rien de meilleur au monde que tout ça en même temps. Cependant : d’où connais-tu la Mouffe ? Comment en es-tu venu à faire lire ton texte par Wolinski ? À quelle occasion ? Que vient faire Bobosse 1er dans l’exergue ? Est-il au courant qu’il a nourri un personnage ?

Hibon : Effectivement j’avais envie de me faire plaisir en parlant des principales choses qui motivent mon existence, le ventre et le bas-ventre. Je suis bien conscient qu’il est mal venu de parler de plaisir alors que la troisième guerre mondiale fait rage, mais bon, chacun son karma. Et puis on ne peut pas être malheureux tout le temps non ?

J’ai grandi en région parisienne et Paris a été pendant quelques années mon parc de jeux préféré. Juste avant que je mette à voyager d’ailleurs, et que ces derniers îlots de résistance ne me manquent. Si le quartier de la Mouffe m’a marqué, ça n’est pas de l’avoir particulièrement connu, mais de l’histoire dont il est chargé. J’aurais pu en choisir un autre, mais non, c’est celui-là, c’est comme ça. On ne sait pas toujours ce qui nous rend amoureux.

Le restaurant parisien qui me fait saliver sitôt mon billet d’avion acheté pour la métropole, a pour nom le Quincy. Il a imprimé sa carte sur un croquis de Wolinski. En prenant le temps de parler avec Bobosse, le patron du restau en question, j’ai appris qu’ils étaient amis, lui et le dessinateur, depuis la préhistoire. Deux jours plus tard, et grâce à Bobosse, je dînais en compagnie de ma fille cadette à la même table que son excellence G. Wolinski. Wolinski, c’est une rencontre douce et sucrée, pleine d’affinité et de sourires. Un moment qu’Alzheimer n’effacera pas. J’espère… Voilà, je me permet d’imaginer qu’il a, lui aussi, passé un aussi bon moment que nous deux puis qu’il m’a fait le double plaisir d’apprécier l’histoire que je lui ai envoyée, et de bien vouloir en illustrer la couverture.

Quant à Bobosse, tout comme Wolinski, c’est un personnage comme on en manque. Il est (sont) de ceux que nos esprits étriqués et constamment soucieux de leur image ne permettent plus d’apprécier. C’est rien que du bon ces gens-là, du truculent et du sincère. Si j’ai réussi à convaincre ne serait-ce qu’une personne d’aller manger au Quincy, qu’elle prenne la peine de jener la veille et de dire du bien de vin que Bobosse lui offrira à l’apéro. C’est par excellence le lieu anti midinette à cul serré mangeuse de salade et buveuse de vichy, où l’on peut encore s’apostropher la bouche pleine de table en table. Si Bobosse n’est pas Louis, le patron de l’histoire, et que le Quincy n’est pas l’auberge des Trois soldats, les deux m’ont grandement inspiré pour construire mes élucubrations.

Et comme dit si justement Bobosse, « Au boulot on fait ce qu’on peut, à table on se force. » Voilà, en espérant que vous dévorerez ce livre avec autant de plaisir que j’ai pris à l’écrire.

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Livres publiés


Nicolas Hibon : In Vino Very Trash
Nicolas Hibon : Hémoglobine et bonne conscience
Nicolas Hibon : Chambertin et Cupidon
Nicolas Hibon : Amigolo, chaman des abeilles
Nicolas Hibon : Le chasse-temps
Nicolas Hibon : Quatre-vingts printemps