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Montréal 2000-2010, sur le « prestigieux » Plateau Mont-Royal, une jeune femme lutte avec elle-même et le monde, pour mettre en place son identité. Elle vit avec un homme plus vieux qu’elle, brillant musicien montréalais, artisan créatif, noceur alerte. Mais la relation s’enlise. La baise perd graduellement son ardeur et sa passion. Et surtout cette jeune femme ressent une pulsion l’attirant de plus en plus fortement vers d’autres... De relation en relation, d’homme, en transgenre, en femme, en bi, en femme, en transgenre, en homme… nous avancerons, avec l'auteure, le long de l’inexorable dégradé émotionnel et sexuel l’amenant tout doucement vers son lesbianisme. Ceci est le roman-vérité sans concession d'une femme à
principes. En effet, la tempête émotionnelle et sexuelle
qu’elle va traverser, pendant une décennie cruciale, se complète
d’une formidable rigueur philosophique. On œuvre ici, entre
autres, à démontrer que la bisexualité n’est
en rien une sorte d’état transitoire bancal ou « mélangé »
mais une orientation sexuelle de plain-pied en laquelle la romancière
croit et continue fermement de croire, même après son passage
au lesbianisme. |
Échantillon :Pour une petite fille, il est simple de croire que les garçons sont une sorte d'extra-terrestres qui n'ont pas d'émotions. Durant mon enfance, je les vois grands, je les vois forts. Je les veux loin aussi, mais jamais trop loin. Ils ont définitivement un certain pouvoir, une aura de mystère. Ils ne sont pas simples comme le prétendent certains bouquins. J'en ai observé suffisamment pour arriver à la conclusion qu'ils ont tous quelque chose que je peux aimer. Parfois, c'est un regard. Certains hommes réussissent à honorer la féminité strictement avec leurs yeux. En d'autres occasions, c'est un aspect de la personnalité, un comportement ou une intention assumée. Je peux les aimer, embrasser leur beauté, mais pas comme j'aime les femmes. Entourée d'hommes, je me sens souvent à ma place. Nous discutons de femmes et de relations. Je peux boire avec eux à leur rythme même si ça me coûte ma démarche en talons et parler de tous les sujets, sans tabous, depuis des années. Je suis toujours une des leurs en quelque sorte, même si je fais aussi partie d'un regroupement exclusif aux femmes. Les hommes me permettent souvent d'être moi-même et de remettre en question les traditions quant à ma personnalité. Ils savent me reconnaître dans mes silences et m'offrent des verres sans arrière pensée, uniquement pour que je les écoute me parler avec ma perspective particulière. Je peux aussi tout leur dire de mes questionnements, que ce soit au niveau de mes relations ou même de mon orientation. Les hommes ne craignent pas que je les regarde se changer dans le vestiaire ou que j'essaie de les embrasser un certain soir, comme les filles de mon cours technique au cégep. Quelques-uns me disent ouvertement qu'ils aimeraient voir, regarder, assister, ou carrément avoir une femme ouverte aux femmes dans leur vie pour réaliser le plus vieux et le plus typique fantasme masculin, mais peut-on en vouloir au pêcheur de lancer sa perche pour tenter d'attraper un poisson ? Les hommes qui m'entourent sont d'une richesse incroyable. À travers des sourires, des idées et des frissons, je grandis avec eux. Ces hommes que l'on peut voir verser une larme pour une chanson, ou qui oseront admettre qu'ils ont encore une femme dans la peau, même après un certain temps. Des hommes qui admettent qu'ils ne sont pas si forts, mais tout aussi virils. Des hommes dont on peut voir, ne serait-ce que l'espace d'une seconde, qu'ils sont sensibles aux petits bonheurs qui durent et aux grands éphémères. Des hommes qui se laisseront toucher par l'odeur d'une fleur ou la subtilité d'un parfum vanillé. Des hommes qui n'auront pas besoin de se forcer pour être différents, pour laisser leur empreinte un peu partout dans les souvenirs des autres. Des hommes qui vivent à part de ce monde même s'ils se trouvent à l'intérieur de celui-ci. Des hommes un peu bizarres qui peuvent réinventer le monde. C'est de ces hommes-là que je veux encore et encore dans ma vie. J'en veux un à écouter lorsque j'aurai envie d'avoir un second pouls. J'en veux un pour m'écouter lorsque les mots ne trouveront pas leur place sur papier. J'en veux un pour m'ouvrir les yeux lorsqu'ils seront fermés. J'en veux un pour les fermer lorsqu'ils seront restés ouverts trop longtemps et qu'ils seront presque asséchés et moi, assoiffée. J'en veux un compliqué. J'en veux un pour chaque détail ou un pour tout. Je sais que les hommes ont encore tant à m'apporter. Je ne veux pas être lesbienne. S'il faut que je sois molestée, violée puis prostituée, je ne veux pas être lesbienne. Je ne veux pas détester les hommes. Je ne les déteste pas. Les hommes sont plus que des bêtes aux bas instincts. J'ai vu dans ma putasserie toute la beauté dont l'homme est capable. Il est tout de même particulier de dire que la prostitution est ce qui amène une fille blessée à apprécier les hommes pour ce qu'ils sont, mais il n'y a pas d'autres façons de le dire. Les hommes sont puissants dans leur vulnérabilité et c'est en se donnant le droit d'être parfois petits devant l'adversité qu'ils me le donnent aussi. Ce sont les hommes qui m'inspirent ce livre, peut-être même plus que les femmes, car les hommes ont joué un rôle de premier plan tout au long de ma vie. C'est aussi un petit homme qui change radicalement ma vie, mon garçon à qui je voue toute ma vie. Mon amour inconditionnel est pour un jeune homme que je tente de guider comme le feraient deux parents si ma vie en avait décidé autrement. Je ne veux pas être lesbienne parce que je ne suis pas comme elles. Je ne suis pas comme l'image qu'on me vend des femmes aux femmes. Je me sens toujours comme une imposture devant les femmes qui s'assument. Elles sont toujours trop belles ou trop laides, trop minces ou trop grosses, trop féminines ou trop masculines. On me présente des extrêmes de tout acabit pour me vanter une diversité dans laquelle je ne me reconnais pas. Toutes les lesbiennes que je connais apprécient de la musique que je trouve insupportable et préfèrent les week-ends de camping aux samedis ensoleillés à marcher en ville en quête de beautés bétonnées. Je suis féministe comme Madonna peut l'être. Féministe surtout pour l'émancipation sexuelle des femmes, mais aussi pour avoir le droit de tout faire. Féministe pour que les femmes confrontent les conventions et qu'en surgissent des initiatives nouvelles que l'on ne pourrait plus associer à un genre. Féministe pour que le pouvoir devienne partagé, mais pas pour que les femmes soient avantagées. L'égalité des sexes avant tout et dans tout. Je veux que l'on puisse reconnaître les similitudes entre les genres et que tous s'acceptent pour ce qu'ils sont sans chercher à cadrer dans des moules préfabriqués au nom d'un système que l'on ne doit pas briser. La bisexualité est en premier lieu ma meilleure définition
selon ma compréhension de mon être. Bisexuelle, on me parle
d'abord de phase et de mode. Après dix ans de bisexualité
assumée, on me parle de perversion. On va jusqu'à me dire
que ma bisexualité est un modèle qui ne doit être
ni présenté ni expliqué à mon fils alors qu'il
me supporte dans tout ce que je suis. Là où l'homosexualité
est acceptée, la bisexualité est souvent encore vue comme
un phénomène de foire. Je dois constamment me défendre,
me justifier et souvent cacher l'orientation détestée. Pourtant,
je sais que la bisexualité en tant qu'orientation existe. Je sais
aussi que je lui fais mauvaise presse en me déclarant lesbienne
après avoir crié ma bisexualité sur tous les toits.
Je suis une série de clichés sur deux jambes. Une série
de clichés qui s'assument, car ils aboutissent à quelque
chose au-delà de l'image. Les cases définissant l'orientation
sexuelle ne sont pas toujours aussi clairement définies. Il existe
des teintes, des nuances, qui donnent un éventail de couleurs à
l'image du drapeau gai. Ainsi, le comportement sexuel n'est pas aussi
noir ou blanc que le supposent les étiquettes selon Kinsey et je
supporte cette théorie de l'orientation dans la mesure où
définir sa propre identité ne se fait pas toujours de façon
radicale. La mienne a pris de nombreuses années avant d'arriver
là où j'en suis, et je n'aurais jamais compris ce que je
suis sans tous les hommes qui sont passés dans mon lit. Sans les
hommes, peut-être me serais-je encore considérée comme
étant bisexuelle, vivant toujours ma sexualité par défaut
selon les préceptes établis. |
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