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Les eaux répétitives


Un roman de Targa Kolikov
 

L’espèce humaine a fini de respirer. Après une guerre sans merci entre les hommes et les machines, ces dernières vivent désormais seules au milieu de buildings vides, qui comme des herbes folles, peuplent la ville-monde. La violence de la guerre était l’une de leurs bases, la paix revenue, les machines apprennent que ce l’ennui veut dire. Deux androîdes discutent de l’attente et de la jouissance surprenante des hommes dans un souterrain antiatomique sous l’ancien Caire. De cette vie qui coulait dans les veines et qui permettait aux hommes d’être heureux ou de violer leurs enfants. Ces robots sont à la recherche de l’antidote contre l’ennui et ils fouillent dans les émotions universelles de l’Homme pour y trouver un peu de couleurs.

Première diffusion le 20 septembre 2013
3,49 € - 4,59 $ca sur 7switch | Poids moyen | Romans
ISBN : 978-2-923916-69-9


Plus d’infos


 

Un échantillon :

« Tu m’écoutes ? hurla le docteur. Regarde-moi lorsque je te parle, tu auras tout ton temps après pour étudier les mouches, homme. » Ça stoppa net ses pensées. Il lui expliqua haut et fort et avec l’aide de ses mains que désormais, pour asseoir son pouvoir dans la zone, des têtes devraient tomber. Que ce n’était pas de sa faute, personne ne les avait obligés à lui barrer la route. Notamment un individu qui, pour le dire poliment, s’asseyait puissamment sur l’autorité du docteur. « Tu devras l’écorcher pour tout le mal qu’il m’a fait et ramène-moi la langue de ce robot de putain en mains propres. En lui volant une partie de son enveloppe on empêche son âme de machine de se sauver vers des jardins injoignables, tu comprends ? Pour un salaud de cette espèce, même l’âme doit se faire abîmer le portrait afin que ses alliés comprennent la sanction du docteur. » Il avait fini mais ses mains continuaient à bouger automatiquement comme pour appuyer le fait que c’était terminé et qu’il attendait désormais que le tueur lui réponde. Il ne lui répondit pas tout de suite. Il acquiesça d’un geste, en silence, d’un affaissement de la tête. Tout allait rentrer dans l’ordre, les ennemis du docteur se feraient corrompre ou égorger. L’affaire conclue, les dernières mers respirèrent à nouveau, aspirèrent les mots et l’ensemble se régénéra doucement par le biais des eaux répétitives. Il y a dans les liquides homogènes l’idée que le courant renforce le rien-ne-change mais qu’il cicatrise les plaies en cas de blessures dans le fleuve. Le docteur lui donna quarante-huit heures sous peine de rien ou de bien pire. Il lui restait donc un peu de temps. Notre homme en profita pour capturer de l’air frais et pour bénéficier du pouvoir revigorant qu’offrent les promenades sans destination précise. Et ce fut une grande erreur pour le docteur car il avait promis de ne jamais laisser l’homme seul.

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Trois commentaires

Laurendeau : Implication de thèmes reçus de la SF (monde d’androîdes, fin de l’humanité radioactive, recherches archivistiques d’un passé lointain) dans un exercice vivement dialogique de quête de la définition de l’homme. Les androîdes ne le décodent plus, mais ils discutaillent vachement pour tenter de le cerner, cet ultime exemplaire humain. Ton vif, problématique traitée avec une saveur acide dans le cadre classique de la SF d’anticipation apocalyptique.

Berger : Atmosphère à la fois crépusculaire et aventureuse, scintillante, pleine d’espoirs neufs et encore mal précis qui jouent aux chimères derrière le voile de l’ancienne poussière en suspension des rêves humains. L’ambiance suggère des liens avec des titres aussi divers que Demain les chiens ou L’homme dans le labyrinthe. L’auteur a un style très prononcé : on aimera ou on détestera.

Ducharme : Le discours contenu dans Les eaux répétives représente tout ce qui reste de la mémoire de l’humanité quand le dernier homme est aussi le dernier des enfoirés… Voici un roman qui n’a rien pour rassurer ce monde, mais qui nous met en garde, et qui sait toucher le cœur de nos préoccupations présentes, car il suppose que, malgré le pessimisme le plus sombre, subsiste encore la mystérieuse puissance des émotions.

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Livres publiés


Targa Kolikov : Les eaux répétitives