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L’Imagiaire vergner


Un recueil de pictopoèmes de LauBer
 

Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée "Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée" présente trente images (qu’on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy, suivies chacune d’un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins.

Cent ans plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant le bout rimé à deux petites pages et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l’image et la petite épigramme s’intitulaient tout simplement "Le lapin", sans plus. Nous avons enrichi le jeu en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. L’imagier prend la photo et l’intitule selon son inspiration mais en évitant sciemment les intitulés descriptifs univoques au profit de vrais titres, au sens fort. Ainsi un papillon bleu sur une fougère ne s’intitulera pas "Papillon bleu sur une fougère" mais "Dans la lande des langues". En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, l’imagier, qui est aussi un écrivain, avance d’un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances entomologiques, zoologiques et botaniques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l’imagier.

Les photographies naturalistes d’Allan Erwan Berger se prêtent superbement à l’exercice auquel nous nous adonnons ici. Il est clair qu’un courant important de la poésie moderne évolue vers la miniature. Du temps d’Homère et aussi du temps de Malherbe on pouvait écrire des ouvrages entiers en vers. Victor Hugo et Alfred de Vigny, Louis Fréchette et Octave Crémazie, dans le monde francophone, ferment cette marche tonitruante de l’ode, de l’élégie et de la stance. Maintenant, avec Verlaine et Vigneault, le poème aborde le monde du petit, du fin, de l’intériorisé. Et aussi, maintenant, avec Queneau et Gauvreau, il s’approprie Dada, le grotesque, le bouffon, le cabot le foufou autant que la langueur, le vague à l’âme et la sagesse. La poésie n’est plus un art majeur mais, de ce fait, elle est maintenant vraiment plus libre que jamais.

Faire du vers libre, c’est se donner toutes les structures appropriées, de la plus stricte à la plus lâche, de la plus héritée à la plus improvisée, fonction du problème à régler. Nous avons procédé sans hésiter et sans se complexer. C’est pas le devoir qui prime. C’est le plaisir. La joie de la rencontre fatale, universelle, du mot et de l’image.

Vous trouverez ici du comique, du tragique et du lyrique. L’idée de bestiaire, insufflée par Apollinaire, se perpétue, se complexifie et s’affine car mon imagier est très proche de la nature zoologique et botanique. Sans être pastoral, tout ça, c’est certainement passablement bucolique. C’est un hymne inconditionnel d’amour joyeux pour cette nature si dense, si merveilleuse, si fantastique, si fragile, qui n’appartiens à personne mais envers laquelle nous avons tous une cruciale responsabilité de déférence.

Première diffusion le 28 mai 2014
3,49 € - 4,59 $ca sur 7switch | Poids moyen | Poésies
ISBN : 978-2-923916-75-0


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Un échantillon :

Les cités heureuses

C’est une jolie plante marotte
Qui fait partie de la famille des carottes,
Une graminée prudente, circonspecte
Où atterrissent des petits insectes.
Les cités heureuses, c’est juste cela.
Et ça ne compose pas.

C’est une perturbation printanière
Qui contraste vivement, sur fond vert,
Avec une splendide explosion de soleil.
Des milliards de mondes en ont des pareilles.
Les cités heureuses, c’est juste cela.
Et ça ne compose pas.

C’est un joli riquiqui de pré ordinaire
Qui fait pas le cador, qui fait pas le fier,
Une de ces promenades de l’ordre du banal,
Pour la trouvaille du jour, le cadre idéal.
Les cités heureuses, c’est juste cela.
Et ça ne compose pas.

C’est pas trop trop loin d’une vieille cabane
Avec des oisons, des poulets, des canes,
Ou alors, euh… c’est aux marges d’un faubourg
J’oublie, je me perds. J’hésite, je me goure.
Les cités heureuses, c’est juste cela.
Et ça ne compose pas.

C’est de fait la frange de l’universel
Quand l’unique transgresse le sempiternel,
Quand le cosmos, dense comme une vieille brique,
Fait dans l’imagé et le concentrique.
Les cités heureuses, c’est juste cela.
Et ça ne compose pas.

Ces cités heureuses, c’est des bouffées de jugeote
Qui font partie de la famille des carottes.
 

 

 

Livres publiés


LauBer : L’Imagiaire des eaux et des pierres
LauBer : Des assemblages à l’intégration
LauBer : L’Imagiaire des pimprenelles
LauBer : L’Imagiaire vergner
LauBer : Assemblages