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Le Brelan d’Arc


Un roman de Paul Laurendeau
 

Clio Tarbe, la timonière du caboteur la Rebuffeuse, va aider le tabellion Eutrope Tarbe à résoudre le mystère historique ayant la plus grande importance émotionnelle pour tous les citoyens et citoyennes de la République Domaniale. La quatrième dame de compagnie de la Reinette Dulciane, la baronnette Cordula d’Arc, est une héro´ne révolutionnaire révérée dont, pourtant, la trajectoire effective de vie reste obscure et mal documentée.

Pour des raisons qui se révèleront peu reluisantes, la Firme de Diffusion des Traditions Historiques Domaniales donne Cordula d’Arc comme morte sans progéniture, lors des premières journées de la Révolution. Pourtant, une des actrices ayant joué dans les deux films historiques intitulés Le Thaumaturge et la Chronique d’»dith se nomme justement… Cordula d’Arc. Il est indubitable, pour le tabellion Tarbe, que cette actrice cinématographique est la dernière descendante de l’héro´ne révolutionnaire dont la propagande privée a fait une icône inféconde.

En retraçant le fatal brelan des descendant(e)s de la baronnette d’Arc, les historiens de la Rebuffeuse feront remonter à la surface les secrets historiques les plus émotionnellement chargés et les plus subversifs de toute l’histoire domaniale. C’est une chose que de dire l’histoire des hommes et des femmes, c’est une autre chose que de mieux comprendre qu’il n’y a pas que des hommes et des femmes dans l’Histoire…

Première diffusion le 03 03 2013
4,99 € - 6,49 $ca sur 7switch | Poids lourd | Romans
ISBN : 978-2-923916-59-0


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Échantillon :

La surprise de Cordula

La Rebuffeuse fait maintenant escale en Périphérie. Et ce n’est pas la moindre escale. C’est une escale qui va avoir une grande importance dans ma vie. La Basoche historique itinérante d’Eutrope et de Clio Tarbe, dite "Basoche Rebuffeuse", a maintenant publié sous forme de brochures distinctes les trois premières étapes de la généalogie de la baronnette d’Arc. Nous avons passé un assez grand nombre de mois en mer et nous prenons mal la mesure de la tempête que ces trois opuscules ont suscité dans toute la République domaniale. Nous avons bien reçu quelques câbles de félicitations de vieux amis, mariniers ou scholastes, mais sans plus. Nous allons vivre un atterrissage percutant pendant cette escale. Tout débute en douceur par un fait rarissime : le tabellion de bord Eutrope Tarbe est en permission. Et pour cause…

Armé d’un petit audio-dactylographe portatif, voici que je déambule de grand matin sur les quais à la recherche d’une nacelle ascensionnelle qui m’emportera vers la destination que j’ai à l’esprit. Le manoir que je cherche s’appelle le Logis du Fond de la Vallée. Avec un nom pareil, c’est certainement le funiculaire de plongée qui sera mon affaire. Je le prends donc et descends lentement au fond de la vallée urbaine que surplombent les quais maritimes. Nos bons citadins périphérites ont tôt fait de me guider vers ma destination et je me retrouve devant le susdit Logis du Fond de la Vallée. C’est un petit manoir élégant de construction récente, à l’architecture très Nouveau-Domaine. Respectueux de nos bonnes coutumes conventionnelles, j’entre sans frapper et me retrouve dans un hall de marbre gris assez spacieux dont un des murs est longé par un escalier en courbe évasée. Je m’apprête à inspecter le rez-de-chaussée, selon la procédure régulière des tabellions, quand un éclat de voix se fait entendre du haut de l’escalier. Sans hésitation, je monte et me retrouve devant ce qui est d’évidence la porte entrouverte d’une chambre à coucher. Je pousse le lourd huis de cèdre, en prenant bien garde de ne pas le percuter, ce qui serait impoli au possible. La porte s’ouvre sur une chambre de nuit assez vaste avec un lit et de jolis meubles roses et blancs. Dans la chambre, une femme furète partout en regardant le sol et en maugréant. C’est une grande et svelte Périphérite aux cheveux châtains bouclés nature. Elle porte une longue robe blanche, vaporeuse, qui flotte fort joliment autour d’elle. Elle paraît de bien méchante humeur. Je place ma main sur le cœur, dans la pose tabellionne la plus universelle possible. La grande dame finit par lever son regard du sol et m’apercevoir. Ses beaux yeux bleus ne manifestent aucune surprise. Elle dit, d’un ton un peu distrait :

« Tiens, un tabellion.

— Madame Cordula d’Arc ?

— C’est bien moi. Dites, mon tabellion, vous tombez à pic. J’ai terriblement besoin de vos services, juste là.

— Je suis à votre disposition. Que puis-je pour vous ?

— Eh bien, comme une sotte maladroite, je viens de laisser tomber ma montre-bague. J’avais les mains un peu savonneuses, et elle m’a glissé des doigts. Je n’arrive pas à la retrouver sur ce parquet de bois lisse. Je l’ai entendu rouler sur une bonne distance. Misère, que c’est ennuyeux ! »

Je me mets à regarder le sol d’un œil plus attentif. La dame dit alors :

« Je ne suis pas chez moi ici, vous comprenez. Cette résidence secondaire est une location.

— Et vous êtes sous juridiction restreinte ?

— Oui.

— Décrivez-en la nature.

— Tous les recoins forclos me sont prohibés. Tiroirs, armoires, cagibis.

— Cela inclus naturellement le dessous du lit, où je soupçonne fortement votre montre-bague d’avoir roulé.

— Exactement. D’où mon commentaire de tout à l’heure à votre arrivée. Vous tombez vraiment à pic.

— Eh bien, on va regarder ça. »

Je m’avance et pose mon audio-dactylographe sur le lit. Je suis très content et très honoré d’obliger ainsi l’actrice Cordula d’Arc. C’est une excellente entrée en matière pour la suite. Les tabellions domaniaux ne sont soumis à aucun des interdits locatifs des baux périphérites, si bien que j’ai pleine juridiction pour fureter dans tous les recoins de cette chambre et de cette demeure. Je me laisse doucement tomber à quatre pattes et me fourre la tête sous le lit. J’y aperçois aussitôt une jolie petite montre-bague auriculaire qui scintille à l’œil et semble m’attendre. Je la cueille, extirpe ma tête de sous le lit, me retourne sur le dos et la montre à la dame en blanc. Elle hoche la tête, pousse un grand soupir soulagé et se place les mains en coupe en disant :

« Vous êtes un vrai cœur de tabellion ! Mes mains sont bien sèches maintenant. Lancez. »

Je lance la petite montre-bague. Cordula d’Arc l’attrape en riant un peu et se l’enfile aussitôt sur l’auriculaire droit. Elle se penche ensuite vers moi en une pose solide et savante, me tend ses deux puissantes mains de bateleuse et dit :

« Laissez-moi donc un peu vous aider à vous extirper de là. »

J’approche délicatement mes mains des siennes et, avant de me rendre compte exactement de ce qui se passe me voici debout devant mon hôte. Elle lâche mes avant-bras, vérifie discrètement ma stabilité au sol, me sourit radieusement et dit :

« Voilà. Merci mille fois. Ça m’aurait vraiment fait pester de perdre cet objet. À qui ai-je l’honneur ?

— Tabellion Eutrope Tarbe. »

En entendant mon nom, Cordula d’Arc se couvre le visage d’une main, cherche à contrôler un petit éclat de rire nerveux et dit, visiblement commotionnée par mon identité :

« Eutrope Tarbe ! L’Eutrope Tarbe de la Basoche historique itinérante rebuffeuse !

— Lui-même.

— C’est… vraiment… c’est un très grand honneur pour moi de vous rencontrer. Que… que puis-je donc pour vous ?

— Je travaille à quatre brochures sur la descendance de la baronnette Cordula d’Arc. Trois d’entre elles ont déjà paru.

— Ardeur de ma vie ! Je le sais ! On ne parle que de ça dans tous les cénacles ! Mais encore ?

— Eh bien le moment est venu de rédiger la quatrième brochure.

— La quatrième brochure ! Tiens donc ! Et quel en est le sujet ?

— Vous.
 

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Le compte-rendu de la trilogie

Par Aline Jeannet

C’est une reine, Dulciane. Ou plutôt une rainette. Petite reine, mais grand destin. Ignorée par l’histoire de ces margoulins de la Firme de Diffusion des Traditions Historiques Domaniales. Balancée aux oubliettes. La trilogie de Paul Laurendeau s’ouvre sur cette injustice et nous propose de la réparer en nous jetant dans l’épopée d’un royaume fictif, le Domaine, à une époque où ce dernier fait sa révolution. La période, charnière, est celle du passage d’un régime régalien à la démocratie moderne. Voilà pour le décor politique. Mais ce n’est rien, tant le triptyque proposé par le linguiste-écrivain est foisonnant. On nous emmène en voyage : un Domaine, un monde. Avec son Centre, sa Périphérie, sa Mer Latérale, ses Terres à Pogroms, son île Arabesque sur lesquels se croisent autant de populations aux us et coutumes décrits avec la précision de l’ethnologue. Mariages secrets, sacrifices d’enfants mâles, planning familial complexe, traditions funéraires étranges, tours de mains culinaires mirobolants, et j’en passe.

Mais le Cycle n’est pas une simple description ethnographique d’une planète imaginaire, c’est une épopée, qui se glisse sur plusieurs dizaines d’années, et dont les héros et héro´nes flamboient. Honneur aux femmes, comme toujours avec Laurendeau, qui leur octroie des figures aussi variées qu’émérites, nobles envoûtantes ou servantes lettrées, vives chasseuses gardiennes de corps, universitaires fascinantes, cinéastes à forte tête, comédiennes de haut vol, capitaines de navire franches du collier, il y en a tant… et toutes sont douées d’un étrange pouvoir de séduction propre à chacune et souvent irrésistible. La combinaison de leurs actions tisse la trame de l’intrigue qui n’est rien d’autre qu’une recherche historique de grande envergure aux enjeux capitaux. Et ce ne sont pas les hommes qui démentiront, eux qui se trouvent, au cœur de l’action, à compléter de leurs dons d’historien, de menuisier, d’artiste, de révolutionnaire ou de thaumaturge, ceux des femmes avec qui ils nouent leur destin.

Hommes et femmes donc, jetés dans le tourbillon révolutionnaire. Mais comme souvent avec notre auteur, il y a plus que des hommes et des femmes. Ou plutôt autre chose. L’androgynie fait son apparition comme un genre à part entière, et permet toutes sortes d’appariements et de combinaisons. Ainsi en va-t-il des relations amoureuses, complexes, riches, multilatérales et qui déchirent le voile grisâtre et ennuyeux de nos normes homos versus hétéros. Car l’amour est l’un des thèmes forts de ces trois ouvrages, comme moteur et comme finalité. L’amour qui permet un langage empreint de romantisme, voir de lyrisme. Qui ouvre des perspectives révolutionnaires et qui remue l’intelligence. L’amour en tant qu’outil, en tant qu’arme.

L’esthétique du Domaine, quant à elle, est empreinte d’une poésie qu’on verrait bien dépeinte par l’immense auteur de bande dessinée François Schuiten, avec son coup de pinceau rétro-futuriste crépusculaire. Les technologies inventées font penser au délire du film de Terry Gilliam, Brazil, à son charme. Le sens du détail de Laurendeau, poussé à fond, nous fait découvrir un monde où les orchestres de chambre viennent jouer au domicile de tout un chacun, où les armes à feu disposent de systèmes d’enraiement réglementaire, où l’on mange au canif, se déplace en aéronef et ou les (quarante) voleurs vous préviennent avant de frapper.

Un Cycle complexe donc, une aventure, une vraie, épique et romantique, mais tressée de disciplines comme l’histoire, la généalogie, l’étude des genres et aussi celle des arts et plus particulièrement du théâtre et du cinéma. Sans oublier la légèreté, l’humour et la vivacité linguistique qui caractérise son auteur, frondeur de la langue française à l’imaginaire bien trempé.
 

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Livres publiés


Paul Laurendeau : Nos premières cruautés
Paul Laurendeau : Lire Mein Kampf
Paul Laurendeau : L’islam, et nous les athées
Paul Laurendeau : Le roi Contumace
Paul Laurendeau : Quatre contes érotiques
Paul Laurendeau : Le Brelan d’Arc
Paul Laurendeau : Édith et Atalante
Paul Laurendeau : Le thaumaturge et le comédien
Paul Laurendeau : L’hélicoîdal inversé
Paul Laurendeau : Le pépiement des femmes-frégates
Paul Laurendeau : L’assimilande
Paul Laurendeau : Adultophobie
Paul Laurendeau : Se travestir, se dévoiler