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L’islam, et nous les athées


Un essai de Paul Laurendeau
 

Cet ouvrage n’est pas une introduction exhaustive à l’islam, du type de celles que pourrait fournir, par exemple, une bonne encyclopédie. Il s’adresse pourtant à ceux qui ne connaissent pas l’islam : nous. Le nous dans le titre L’islam, et nous les athées, c’est nous, athées occidentaux… On nous parle ici de l’islam autrement, sans concession mais respectueusement. On nous présente ce qu’un occidental éclairé devrait minimalement savoir de l’islam. L’exposé n’est aucunement un exercice d’iconoclastie (il n’y a pas de caricatures de Mahomet ici). Et pourtant, cet ouvrage s’adresse à des athées (nous…) et n’entend pas entamer les postulats athées.

Mahomet, ses épouses, ses filles et les premiers califes sont des figures historico-légendaires absolument remarquables, tragiques, puissantes, shakespeariennes. À travers eux et elles, il devient possible de mieux comprendre nos compatriotes musulmans, de la même façon que l’on comprends mieux nos compatriotes anglo-saxons à travers notre découverte de leur compréhension d’un rois écossais (Macbeth), d’un prince danois (Hamlet), d’un général romain (Jules César) et de deux jeunes amoureux de Vérone (Roméo et Juliette).

Aux occidentaux qui liront ce livre :

Nos réflexes culturels au sujet de l’islam sont soit inexistants, soit totalement conditionnés par l’intox, les préjugés et la propagande. C’est un peu inévitable mais c’est réparable. On découvrira ici que les émotions et les réflexions que l’islam peut encore apporter, aux gens exempts de religion, sont formidables et très intéressantes, si on a la présence d’esprit de les capter dans l’angle philosophique approprié. Et ça, nous devons en parler, plus que jamais aujourd’hui, avec un esprit libre et sans condescendance civilisatrice aucune.

Aux musulmans qui liront ce livre :

On peut respecter des croyances et s’y intéresser profondément, sans les partager. Mahomet et Khadîdja appartiennent au monde entier. Quand une culture influence aussi profondément la pensée universelle que le fit l’islam, eh bien, elle attire éventuellement l’attention de ceux qui ne s’y soumettrons jamais mais s’inspireront quand même de son rayonnement, de sa portée intellectuelle et pratique, de sa sagesse, et voudront mieux la connaître et la faire connaître pour mieux vous comprendre vous, compatriotes musulmans, dont nous sommes pleinement solidaires.

Découvrons-nous les uns les autres.

Première diffusion le 18 09 2015.
3,49 € - 4,59 $ca sur 7switch | Poids moyen | Essais
ISBN : 978-2-924550-02-1


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Un échantillon :

3- Lire le Coran (quand on est occidental)

Quand j’étais en fac dans les années 1979-1980, j’avais bien fraternisé avec une consœur de classe d’origine arabe. Appelons-la “Rahmah”. On avait, entre autres, discuté cette question des textes sacrés. Rahmah, qui me savait athée, donc impartial, m’avait explicitement demandé de lui conseiller un texte chrétien, un seul, qui ferait la synthèse de ce que le chirstianisme exprime, formule et promeut. Je lui avais recommandé sans hésiter l’Évangile selon Saint Marc. Texte bref, solide, prenant, limpide, le plus dépouillé et le moins bavard des trois synoptiques. De bonne grâce, Rahmah s’était prêtée au jeu. Elle avait lu attentivement et patiemment l’Évangile selon Saint Marc en français d’abord, dans la magnifique traduction d’André Chouraqui, si orientale d’allure, et ensuite en arabe, dans la version d’un éditeur libanais du temps dont j’oublie hélas le nom. Quand je lui demandai finalement ce qu’elle en tirait, Rahmah me répondit en toute candeur (c’était l’époque où les intellectuels disaient ce qu’ils pensaient, pas ce qu’ils se sentaient obligés de dire pour faire bien) :

« C’est insupportable, intolérable. C’est linéaire, simpliste, sensualiste, grossier, bêta, flagorneur. C’est crétin, en fait. Une insulte à l’intelligence. On dirait une historiette pour écoliers. Ce texte traite son lecteur comme un ignorant infantile. »

Devant mon silence respectueux, ma consœur arabo-musulmane de vingt-deux printemps s’était sereinement enhardie. Elle avait ajouté, comme en disant la chose la plus ordinaire et la plus évidente du monde :

« En plus, c’est contre la religion, ce genre de texte. »

Et ce fut tout.

J’ai souvent repensé à l’opinion agacée et sereinement irrévérencieuse de Rahmah sur l’Évangile, surtout quand je me suis mis à une lecture sérieuse du Coran. C’est que, voyez-vous, le Coran m’horripile pour les raisons inverses de celles qui font que l’Évangile horripile Rahmah. Elle trouvait l’Évangile simplet et linéaire. Je trouve le Coran éclaté et désorganisé. Elle trouvait l’Évangile sensualiste et flagorneur. Je trouve le Coran austère et autoritaire. Elle trouvait que l’Évangile ressemblait à une historiette pour enfants d’écoles. Je trouve que le Coran sonne comme le discours d’un vieillard en chaire.

C’est en cela que le souvenir de Rahmah me détermine encore solidement ici. Grâce à la lecture patiente et au commentaire irrité de Rahmah sur l’Évangile – un commentaire ouvertement et sereinement biaisé et orienté par sa lecture antérieure du Coran, naturellement –, je me suis rendu compte que ma propre lecture du Coran était justement… biaisée et orientée par ma lecture antérieure de l’Évangile ! Les enfants du Jesus-freak-out se sont retrouvés, finalement, et l’un dans l’autre, avec une façon bien au ras des mottes, bas de gamme, indigente intellectuellement de lire un texte sacré, sans trop s’en aviser.

Ceci dit, pour ne rien arranger, mes fils n’ont jamais lu le moindre texte sacré (chrétien ou autre) et, quand ils se sont mis le nez dans le Coran, ils ont très mal réagi. Ils ont trouvé cela autoritaire, abrupt, hostile, fendant, dogmatique. Donc, les liseux d’Évangile (texte simplet et linéaire, je seconde pleinement le commentaire musulman sur ce point), AINSI QUE les athées de formation n’ayant subi le conditionnement d’aucun texte religieux particulier, ont une caractéristique en commun : ils sont très mal préparés pour la lecture du Coran. Mettez-vous ça dans la tête une bonne fois pour toutes : le premier contact avec le texte sacré des musulmans se passera très mal, pour un lecteur occidental. C’est fatal.

Les chrétiens brunâtres contemporains n’en ratent d’ailleurs pas une pour miser sur ce caractère hautement rébarbatif du Coran aux yeux de leurs ouailles à la noix. Aussi soucieux de leurs arguments de vente que les musulmans, en ces temps tristement résurgents, les suppôts du gentil Jésus nous bassinent souvent avec des développements à rallonge selon lesquels le Coran est un ouvrage fondamentalement belliqueux, courroucé, guerrier, conquérant, etc. On connaît la salade occidentale (bien mal placée pour parler) au sujet du christianisme religion d’amour, et de l’islam religion de guerre. Je demande aux chrétiens qui se lamentent du ton effectivement remonté et roide du Coran de relire et de méditer (par exemple – et ceci n’est qu’un tout petit exemple parmi bien d’autres) dans le Livre de Jérémie la section intitulée Introduction aux oracles contre les nations. Le ton virulent et le propos incendiaire sont là, l’un dans l’autre, passablement analogues à ceux du Coran. Et si le Coran est une longue jérémiade, souvenons-nous qu’il n’y a pas meilleure jérémiade que dans le texte sacré des héritiers du prophète Jérémie… tous testaments, ancien et nouveau, confondus. Souvenons-nous de Jésus amenant le glaive et la bisbille dans les familles, des Actes des Apôtres tordeurs de bras de sectateurs, des Épîtres obscurantistes de saint Paul, de l’Apocalypse… et la barbe à la fin. Les textes sacrés, qui sont archaïques et vermoulus, incorporent leurs lots copieux de propos catastrophistes, tonitruants, virulents, courroucés et belliqueux et que celui dont l’ardoise est propre lance le premier pleurnichement bien intentionné…

Alors laissons là ces coups fourrés sectaires entre cultes fondamentalement similaires et allons à l’essentiel. Que fait le Coran, finalement ? Que rapporte ce texte ? Que nous dit-il ? Oublions une seconde le mythe ex post de sa genèse (parole divine transmise au saint prophète par un ange, dans la langue de Dieu, dictée, transcrite, consignée). Regardons simplement ce qui se passe, ce que nous avons sous les yeux, dans la traduction française ou anglaise, de ce texte sacré que nous venons de nous décider à découvrir. Dans ce texte, dont le titre signifie lecture ou récitation, un orateur nous fait lire ou entendre une sourate, c’est-à-dire, en fait, un prêche, un sermon circonscrit autour du thème appelé par le titre de la sourate (il y a 114 sourates dans le Coran et elles sont disposées non pas en ordre chronologique ou thématique mais en ordre décroissant de longueur). Il faut vraiment lire le Coran comme on lirait une collection, un peu éparse, de sermons. Le sermonneur (qui est soit Dieu, soit le saint prophète, soit un imam ordinaire nous parlant de Dieu et du saint prophète, cela varie au fil du texte) nous dit (et redit – faut pas craindre la redite quand on approche ce type d’ouvrage) de craindre Dieu, de respecter ses prophètes, et il nous explique comment manifester adéquatement notre religiosité (y compris comment renoncer aux superstitions préislamiques, faire confiance à la miséricorde divine sans douter de son omniscience, prêcher le dieu unique aux incroyants) et comment organiser nos vies (y compris matrimonialement, juridiquement, pécuniairement mais aussi intellectuellement). Quand des exemples historico-légendaires sont invoqués, ils ne valent pas en soi (comme ce serait le cas, par exemple, dans une mythologie) mais ils servent exclusivement à appuyer l’argument mis en place dans le cadre du sermon en cours. Le Coran est un texte largement prescriptif, et indubitablement plus argumentatif que démonstratif.

La première difficulté de lecture de ce texte réside dans le fait que le Coran s’adresse à un auditoire savant, cultivé, très instruit même de tous les détails profonds de l’histoire sainte judéo-christiano-musulmane. Contrairement à l’Évangile, le Coran n’est pas un texte pour incultes. Ce n’est pas une biographie ou un compendium narratif ou explicatif. C’est un texte qui s’adresse à un auditoire non seulement solidement renseigné sur ce qu’il formule mais, en fait, déjà musulman…

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