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La libération explosive de l’âme


Un roman de Lordius
 

Alors là attention, ceci n’est pas un roman de gare. C’est un roman de gars. C’est un roman jeune, français, contemporain, urbain, un roman des cités, de la came, de la castagne, de la boxe clandestine à mains nues, des descentes de policiers véreux qui tournent mal, du cynisme sociétal, et de l’embrouille généralisée. C’est aussi une écriture d’un rythme, d’une vigueur et d’un souffle indéniable.

Ce texte simple, fraternel, brutal et franc se renifle d’un coup, comme une ligne de coke, en grognant d’aise. C’est une lecture jubilante, carrée, superbement visualisée, vraiment, à ne pas manquer. On savoure jouissivement l’abrupt déploiement de cette courte tranche de vie, que Max nomme fort judicieusement “le temps de l’épanouissement carnassier.”

« J’ai dû mettre la morale de côté pour survivre, et trancher dans le vif. Trancher dans le vif… Tel un ressort compressé à mort par l’univers carcéral, ma tension et mon âme allaient se libérer… à mort. »

Première diffusion le 13 février 2012
1,99 € - 2,59 $ca sur 7switch | Poids léger | Romans
ISBN : 978-2-92391-645-3


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Un échantillon :

Qui n’a pas fait d’erreur dans sa vie ? La justice n’a pas voulu tourner la page, malgré mes regrets exprimés. C’est à cause d’elle, au bout du compte, que Blondin a trépassé. Si la justice des hommes avait passé l’éponge, Blondin serait encore vivant. C’est elle qui l’a tué ! Je ne suis qu’un pion dans cette triste histoire. Esclave de mon destin, enchaîné à la roue inexorable de la Force Publique. Je conchie la Force Publique, comme Sade conchiait l’opinion conformiste de son époque.

Docile, enthousiaste même, Jules me suit dans les couloirs en gloussant. L’aide-soignante surgit devant nous. Elle sort d’une chambre. D’un coup de matraque, je la frappe illico à la tête. Personne, pas même la belle infirmière, ne doit nous empêcher de recouvrer la liberté.

Jules est visiblement bouleversé par cette violence dont son cerveau opaque ne comprend pas la nécessité. Il se dandine et grogne. L’infortunée aide-soignante gémit à quatre pattes. La voyant dans cette posture, une irrépressible envie d’amour me saisit, fruit de tant d’années de retenue, et aussi de sa plastique magnifique.

« Ne t’en fais pas Jules, elle ne souffre pas ! le rassuré-je, elle a juste besoin d’amour ! C’est naturel, comme les animaux.

« L’amour est naturel ! » s’exclame Jules.

Elle est en jupe. Ses jambes sont sculpturales. Je me place derrière elle à genoux, comme pour prier le Seigneur de l’Amour, Eros ou quel que soit son nom. Ça fait si longtemps. Je déchire sa culotte. Me penchant vers son visage en agrippant ses hanches, je lui chuchote : « Chérie, ça va aller très vite si tu te laisses faire, comme les malades difficiles. Sinon, trésor, Jules va te faire très mal… »

Sous les yeux éberlués de Jules, je la pénètre brutalement en levrette. Elle se cabre, telle une jument sauvage, et crie.

« Chérie, reprends-je patiemment, si tu fais ta chochotte, Jules va te punir plus durement que Blondin ne m’a jamais dérouillé. Choisis entre vivre et défendre ta vertu… Si tu te laisses faire, nous ne te tuerons pas. Dis-toi que tu es en train de soigner un de tes patients, de soulager son mal. »

Jules est comme hypnotisé. Il caresse la tête de l’infirmière en souriant énigmatiquement. Avec sagesse, mue par l’instinct de conservation, elle choisit la prudence : passive, les larmes coulent de ses yeux tandis que je la besogne à grands coups. Au moment où je jouis, je croise le regard de Jules qui me donne l’impression qu’il comprend et qu’il partage l’immense plaisir qui me libère et me console un peu de tant d’avanies.

Revenu sur terre, il me faut maintenant tenir ma promesse de ne pas éliminer l’objet de ma passion brève mais suprême. Tel un chevalier moderne, je suis résolu à tenir ma parole. Reconnaissance du bas-ventre ou sens de l’honneur issu d’un autre âge ? Dans la tourmente qui me ballote, il me reste quelques sentiments humains, finalement.

Pendant notre corps-à-corps fugace mais intense, un rouleau de comprimés tombé de sa poche chahutée a chuté et roulé au sol. « Avale le contenu ! ordonné-je.

« Pas tout ça ! J’en mourrais… s’écrie-t-elle en sanglotant.

— Personne ne veut ta mort, chérie ! S’il y en a trop, tes collègues te feront un lavage d’estomac, comme les blouses blanches aiment à le faire aux malades difficiles. »

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Laurendeau cause de Max Peine

Une des seules femmes qui s’exprime dans cette œuvre parfaitement savoureuse, c’est une jolie péripatéticienne hautement surdouée… et ce qu’elle dit de vraiment crucial, bien, c’est ce que je vous ai juste mis ici en exergue. Alors, il faut assumer, hé. Sonia (avec tact) nous a laissé. Nous sommes entre hommes, et tout est dit. « C’est ça l’égalité des sexes : c’est aussi l’égalité dans l’adversité. + Je cite, Max Peine dans le texte ici, dont la mère ne s’est visiblement pas beaucoup occupé dans son enfance… Et, donc, si une femme lit ce roman météore, c’est qu’elle est (légitimement) curieuse de ce qui se trame de fondamental, de simplet et de cardinal dans la tête des petits mecs. De tous ces petits mecs que sont, quelque part au fond d’eux-mêmes, tous les hommes, on s’entend. Les vieux, les jeunes, les sportifs, les intellos, les petits, les gros, les beurs, les blanc-cassis, les tendres, les durs, les rationnels, les pulsionnels. Absolument tous les hommes fantasment leur univers, leur approche des grands et petits problèmes de leur vie, sous le globe limpide et net du gabarit mental et comportemental de cette toute première aventure de Max Peine. Soyez averti(e)s.

C’est un roman jeune, français, contemporain, urbain, un roman des cités, de la came, de la castagne, de la boxe clandestine à mains nues, des descentes de policiers véreux qui tournent mal, du cynisme sociétal, et de l’embrouille généralisée. C’est aussi une écriture d’un rythme, d’une vigueur et d’un souffle indéniable. Ces jeunes Français des rues jouent tellement à être Américains. Ils le font notamment en maculant poisseusement leur prose, d’autre part lumineuse, vernaculaire et vive, de ces petits anglicismes scintillants qui, croient-ils, vous masculinisent (gun, black, deal, shit, clean, cash, man, cool, look, safe, heavy metal, smartphone, flash-bang, head shot, LOL, no life) et, aussi, ils le font en bouffant du mauvais hamburger. Bon, comme je suis fondamentalement et inévitablement pas mal plus américain qu’eux, j’ai, dès le début de la brutale quête-évasion de Max Peine et de son comparse un peu demeuré, le gros rouquin Jules, inexorablement pensé à George Milton et à Lennie Small, les deux protagonistes du roman de Steinbeck Of Mice and men (« Des souris et des hommes +). Simplement ici, l’équivalent de George, notre bon Max en personne, est un ancien garde du corps hyperspécialisé, enfermé en hôpital psychiatrique pour le meurtre sans préméditation (ni concession, ni compassion) de son épouse (…peu de femmes, on a dit). Narrateur et personnage principal, Max Peine (dont le blaze est un calembour bien senti et bien assumé sur peine maximale tout en se donnant aussi comme fortuitement homophone de Max Payne, nom du personnage d’un jeu vidéo millénariste finlandais), c’est une véritable machine à tuer qui se regarde aller. Il lit du Carl Gustav Jung dans ses temps libres et il formule froidement l’aphorisme fondamental de son existence dans les termes suivants. « La liberté est ma priorité. L’égocentrisme est ma doctrine. Morale et compassion ne me tempèrent plus. C’est impératif à la survie en milieu très hostile. » Il nous entraîne donc, quand on a bien accepté de jouer le jeu du genre, dans un pur régal hyperactif, salace et violent… et philosophique, et psychologique, et fulgurant.

Ceci dit, au fil de cette lecture qui, vraiment, vous capture, une fois mon premier frisson steinbeckien passé, je m’avise du fait que les choses s’avèrent plus tramées et biscornues que je ne l’avais cru initialement. Ma problématique George/Lennie, de fait, se complexifie, s’amplifie, se perpétue, se problématise mais aussi se transpose, se subvertit et s’effiloche, au fil du déploiement et des trucages du récit. Cela prend corps notamment avec l’apparition imparable de Joe le Dealer et des terribles frères Kamsky, avec lesquels ledit Joe entretient une relation d’amour-haine fort malaisée. Dans cette cavalcade parisienne des ninjas du bitume (Max Peine dixit) qui nous mène directement de la maison de santé aux logis des cités, on étudie sans concession – et, croyez-moi, c’est fait avec un brio remarquable – l’amalgame de la pulsion agressive archibrutale et de la cogitation cynique, calculatrice et lente, dans les tréfonds purulents, percolants, volcaniques de l’âme masculine. On vit, ébahi, la rencontre cérémonielle et passionnelle du Psychopathe et du Parrain… Je vous le dis et vous le redis, il faut aimer le poil de gars se hérissant sous la flamme crépitante de l’action converse des forces adverses pour lire ce novella (très court roman – ceci sera mon seul anglicisme personnel). Ce texte simple, fraternel, brutal et franc se renifle d’un coup, comme une ligne de coke, en grognant d’aise. C’est une lecture jubilante, carrée, superbement visualisée, vraiment, à ne pas manquer. On se paie une féroce et délétère inversion collective des valeurs morales, professionnelles et comportementales, cucul-gnagnan de notre temps. Et aussi, oh, on retrouve l’effet, donc pourtant durable, des vieilles amitiés de mauvais garçons de ces films en noir et blanc d’autrefois, avec Gabin et Ventura. Le tout, évidemment, est traité dans la version paumée, mondialisée, démoralisée contemporaine. Et, entre Max, Jules, Joe, Ali, Akmed et les autres, amis et ennemis, on arrive finalement à se dire… « C’est un peu de la thérapie de groupe, comme à l’hôpital psychiatrique » (Max Peine toujours dixit).

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