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Le dernier souffle du Monarque


Un roman de Frédérick Maurès
 

Voici que vous êtes Pépito Molécon, un jeune citoyen mexicain étudiant de fac. Vous revenez au pays, retrouver votre maman qui vous adore et vlan, tout s’effondre. La police vous met la main au paletot. On vous accuse de meurtre. On brandit une étrange et fort mystérieuse pièce à conviction pour vous incriminer. Vous ne comprenez pas ce qui se passe mais l’ambiance devient vite disgracieusement pinochetesque… On vous passe même du jus à travers le corps pour vous faire parler. Votre avocat est mi-véreux mi-incompétent. Il n’y a que votre fiancée qui semble encore vous croire. Tout virevolte. La pègre, les ripoux policiers, les travailleurs et travailleuses de l’industrie véreuse du transgénique agricole, les trafiquants de bois semi-précieux, les hommes aux ardeurs sexuelles tyranniques, les femmes aux secrets matrimoniaux ambivalents, tous papillonnent à leur manière. L’humanité entière semble converger pour confirmer que la vie éphémère de Pépito Molécon, comme celle des grands papillons migrateurs, n’est rien.

Première diffusion le 20 mai 2017
4,99 € - 6,49 $ca sur 7switch | Poids lourd | Romans
ISBN : 978-2-924550-30-4


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ISBN de la version papier : 978-2-924550-33-5


 

Commentaire :

Ce roman nous rappelle que le papillon monarque revient toujours, par bandes migratoires immenses, au même point forestier du Mexique. Il arrive du Canada et son voyage nord-sud puis sud-nord se fait sur plusieurs générations de papillons. Et, malgré les formidables aléas du voyage, les sites de retour sont toujours atteints, avec une remarquable stabilité. Une nation aborigène mexicaine du cru où le papillon monarque atterrit, juge d’ailleurs, en conscience, que c’est parce que les petites nefs ailées contiennent les âmes des ancêtres de la tribu que le voyage se fait toujours ainsi, sans encombre majeur.

Une telle harmonie papillonnante n’en met que plus lourdement en relief le dysfonctionnement humain qui la côtoie fatalement, dans la douleur et la tourmente. La pègre, les ripoux policiers, les travailleurs et travailleuses de l’industrie véreuse du transgénique agricole, les trafiquants de bois semi-précieux, les hommes aux ardeurs sexuelles tyranniques, les femmes aux secrets matrimoniaux ambivalents, tous papillonnent aussi, à leur manière. L’humanité entière semble converger pour confirmer que la vie éphémère des grands papillons migrateurs n’est rien, au regard de la durée encore plus éphémère de la netteté des consciences.

Frédérick Maurès nous a signalé que son intrigue un peu politique et un peu policière fournit un cadre narratif qui permet d’asseoir à la fois la configuration d’une ambiance et la dénonciation d’un certains nombre d’abus directs à l’encontre de notre grand cadre naturel humain et animalier. L’intensité du drame mis en place s’articule sur la possibilité semi-mythique (mais terriblement envisageable quand même), pour les papillons monarques, de ne plus pouvoir revenir côtoyer la nation aborigène dont ils sont à la fois l’admiration et l’âme. Lentement mais sûrement, cela pourrait survenir. Tout se dit d’ailleurs, dans cet ouvrage, avec la lenteur requise, en prenant la mesure de l’inexorable. Le style sobre, étoffé, majestueux du récit nous fait entrer dans un univers dense, chaud, torride, terrible aussi. Une inquiétude permanente, tangible, palpable.
 

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Un échantillon :

Dans la forêt dépeuplée, les tambours résonnaient sans discontinuer depuis le début de l’après-midi. Leur bourdonnement lourd et profond semblait scander le compte à rebours d’un événement à venir. Les femmes se livraient à des incantations inhabituelles, une succession de sons inédits pour ses jeunes oreilles, des vocalises gutturales inquiétantes dont la gravité ne pouvait lui échapper. Les hommes s’affairaient autour du feu, surveillant de près la cuisson d’un breuvage en ébullition permanente que les anciens avaient longuement et savamment préparé dans une marmite en terre cuite noire.

Ce cérémonial l’inquiétait.

Dès le lever du jour, il avait vu les siens le visage fermé, absorbés par des préparatifs dont il ne parvenait pas à déterminer la finalité. Il n’y avait pas de jour de fête en perspective. Pas de cérémonial divin au calendrier, ni mariage, ni funérailles. Les conditions climatiques n’exigeaient aucune mobilisation, aucun empressement particulier. Il avait bien tenté de questionner sa mère. Elle s’était contentée de le regarder avec une immense tristesse dans les yeux, comme si, victime innocente de l’inexorable, elle s’excusait par avance de ce qui allait se produire. Il n’aimait pas cette façon de dire « tu es trop jeune pour comprendre ». Les adultes ont oublié que lorsqu’ils avaient dix ans, ils étaient capables eux aussi de comprendre beaucoup de choses. Lui, il avait régulièrement envie de se révolter contre cette image d’éternel enfant qui collait à la peau jusqu’à ce que le garçon ait fait ses preuves au combat et à la chasse. Jusqu’à ce que le garçon ait prouvé sa résistance à la douleur en n’exprimant pas la moindre émotion lorsque le chef du village entamerait la peau de son torse glabre d’une lame bien affûtée pour y sculpter une reproduction épurée du petit animal qui trônait au sommet de leur lieu de culte.

Ses oncles et tantes avaient été tout aussi diserts. Le chef du village, auquel il n’osait pas s’adresser en temps normal, ne lui avait pas apporté davantage d’explications, se contentant d’un geste ample de la main en direction des cieux, comme pour l’inviter à chercher une réponse auprès des Dieux. Le chant des tambours devenait de plus en plus grave et puissant. Les martèlements étaient davantage espacés. Comme un cœur dont les battements se ralentissent… de plus en plus… jusqu’à l’extinction. Il sentait au plus profond de lui-même que quelque chose allait se produire, et que ce quelque chose approchait. Une intuition. Une prémonition d’enfant. Pour quand était-ce ? Pourquoi la vie ne pouvait-elle pas continuer à épouser le cours tranquille qu’elle avait emprunté jusqu’alors ? Rien, à ses yeux d’enfant, ne justifiait qu’il en fût autrement. Qu’est-ce qui avait changé ? Et pourtant…

Quelque chose allait se produire. Mais quoi ? Et de quelle ampleur ? Les cases avaient été vidées, leur contenu avait été livré aux flammes. Chacun avait conservé ce qui lui paraissait devoir être soustrait à l’anéantissement purificateur. Des instructions avaient dû être données, mais elles n’étaient pas parvenues jusqu’à ses oreilles innocentes. Sans doute parce qu’il n’était qu’un enfant. Trop jeune pour comprendre… trop jeune pour saisir la portée des choses, trop jeune pour accepter l’inacceptable.

L’agitation s’emparait des corps et des esprits. Les mouvements de chacun se faisaient plus précipités, brusques et désordonnés. Il les voyait tournoyer autour des feux de camp, virevolter dans une sorte de ballet endiablé, possédés par les démons qui, d’habitude, ne surgissaient qu’après qu’ils aient mâché cette racine grise qu’on lui avait formellement interdit de porter à sa bouche. Sauf que ce soir, ils n’avaient pas pris de cette substance qu’on trouve dans la forêt. Il ne comprenait pas d’ailleurs pourquoi elle lui était interdite, cette substance, vu qu’elle poussait dans la forêt. Et tout ce que produisait la forêt était forcément bon pour lui, comme pour son peuple. La forêt était leur mère à tous. Comment une mère pourrait-elle vouloir du mal à ses enfants ?

L’agitation parvenait à un paroxysme jamais atteint, même les soirs de débordements festifs. L’incongruité de ces corps adultes s’éparpillant en poussant des vocalises absconses lui faisait peur. L’anormalité de la scène était effrayante. Les grands étaient devenus fous. D’ordinaire c’étaient plutôt les enfants comme lui qui perdaient sporadiquement la raison. À présent, l’ordre des choses était bouleversé. L’ordre du monde était mis à mal. Les flammes lui paraissaient être celles de l’enfer, ce cloaque malsain dont il avait entendu parler par le grand chef, cet univers brûlant qui accueillait les êtres mauvais pour leur faire regretter pour l’éternité d’avoir été mauvais. Lui n’avait rien remarqué de spécial qui justifiât un tel sabbat. Ces derniers mois, aucun événement significatif n’était venu obscurcir son horizon d’enfant. Et personne ne lui avait rien dit. À croire que la chose était si grave qu’elle ne supportât pas qu’on l’évoque. Un secret si honteux qu’il eut fallu le chuchoter à l’oreille et, surtout, ne pas en parler aux plus jeunes.

Il fit le tour des cases. Elles étaient quasiment toutes vides. La plupart des membres de la tribu s’étaient rassemblés dehors, près des feux. Seules trois d’entre elles étaient encore occupées. De jeunes adultes y copulaient avec ardeur. Il les connaissait. Il les voyait passer leurs journées ensemble, en attendant d’être unis pour la vie et bien au-delà. Les voir ainsi le rassura. Sa mère lui avait expliqué il y a peu que c’était ainsi que l’on faisait les bébés. Qu’ils aient eu l’idée de s’extraire de la compagnie déstructurée de leurs congénères pour se livrer à cette pratique était un signe encourageant. Il y aurait bientôt de nouveaux bébés. L’agitation ambiante n’était donc pas annonciatrice du chaos. Il demeurait un espoir. La vie n’allait pas s’arrêter. Il l’avait craint l’espace d’un instant.

Il alla voir son grand-père. Il lui semblait moins agité que les autres, plus serein. Normal, la sagesse due à son grand âge. Il l’interrogea.

— Que se passe-t-il, grand-père ? Pourquoi tout le monde court ainsi dans tous les sens, sans raison ?

Le vieux Pablo dévisagea l’enfant avec un mélange de compassion et de tristesse. Il gardait auprès de lui son petit-frère, né seulement quelques jours auparavant. Leur mère prenait part à l’hystérie collective.

— Tu sais, Manolito, il arrive parfois dans la vie des choses inimaginables. Des choses que l’on pensait ne jamais devoir arriver. Comme une punition des dieux. Une punition dont personne ne connaîtrait la raison. Aujourd’hui, c’est notre peuple qui est puni. Il faut l’accepter ainsi…

L’enfant demeura quelques instants perplexe avant de reprendre.

— Que va-t-il arriver, grand-père ?

Pablo se gratta la tête, cherchant la réponse la mieux appropriée pour satisfaire l’entendement de l’enfant tout en le préservant des contours de la triste réalité.

— Rien qui te fera mal, mon enfant. Tu ne dois pas avoir peur. Il n’y pas de fin. Tout continue. Pour toujours et à jamais.
 

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Livres publiés


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