headerpic

 

 

Rage dedans


Un recueil de poèmes de Caroline Mongeau
 

Rage dedans peut être considéré comme une expérience de poésie photographique. Les thèmes brandis ici tiennent à cœur à leur auteure. À travers ses poèmes, elle dénonce des états de fait sociaux qui lui semblent inacceptables de par leur injustice et leur irrationalité. Poésie revendicatrice tournée vers l’extérieur et non vers le “moi”. Une phrase et un rythme simples dans lesquels se déploie l’essence, l’essentiel d’une vie : l’amour. L’amour avec un grand A et l’amour de la vie, de la justice, de la solidarité, de la nature…

Née à Montréal, Caroline Mongeau fait des études universitaires en littérature avant de s’investir dans la sculpture sur argile et sur bronze. Elle expose d’ailleurs dans différentes galeries de Montréal et de Québec. Mère de quatre enfants, elle s’est toujours impliquée dans son milieu de vie, notamment en environnement.

Première diffusion le 15 juin 2012
3,49 € - 4,59 $ca sur 7switch | Poids moyen | Poésies
ISBN : 978-2-92391-651-4


Plus d’infos


 

Un échantillon :

Trouble de personnalité

 
L’œil d’un ange
Ne pas s’y méprendre.

Le sens de l’aimable
Et celui du jetable.

Mal à l’aise
Prendre toutes ses aises.

Toujours prêt à aider
Ne pas se laisser berner.

Capable de bienfaits
Et des pires méfaits.

Capable de sauver
Et de traquer.

Avoir tous les droits
Être sous sa loi.

Sous son toit
Devenir une proie.

S’amuser, rigoler
Abuser et violer.

Au fond de toi
Double identité

Le bien, le mal se côtoient
En toute amitié
Tout à la fois.
 

[Retour…]


À propos de cette poésie

Par Ducharme et Laurendeau

Ne vous attendez à rien de convenu, rien de froufroutant, rien de facile. Certes, on pourrait un peu penser à Prévert, à Maïakovski et à Brecht, mais on pense aussi, tout simplement, à toute une tradition de chant protestataire. De fait, ici, plusieurs de ces poèmes ont un refrain et des couplets, et ne demanderaient rien à personne pour se voir mettre en musique… avec un tambour de charge en section rythmique, éventuellement. Caroline Mongeau nous scande, sans faillir, que tout ce qui est sucré dans notre beau petit monde propret est irrémédiablement souillé de la sueur et du sang de ces hommes et de ces femmes que NOUS cassons, à casser la canne à sucre. Une fois pour toute, une voix dit : c’est assez ! Il faut écouter le bruit rocailleux, assourdissant, de cette poéticité dérangeante, qui ne veut pas nous laisser dormir tranquille. Il faut réfléchir et lire. Il faut descendre dans cette fosse brumeuse, du puisard du fond de nous, et retrouver d’urgence la si cuisante Rage dedans

Dans ce recueil vif, poignant, coupant comme une lame, rissolant comme un acide, Caroline Mongeau nous éclabousse d’une poésie sociale qui, sans complexe ni minauderie, sans concession ni compromission, approche la crise contemporaine frontalement, sur le mode de l’intellectuel brechtien. J’entends par là que, comme Bertolt Brecht, dont la versification libre et claquante n’est d’ailleurs pas sans parenté avec celle de Caroline Mongeau, cette dernière voit et mire le drame des déchéances sociales qu’elle dénonce, principalement de l’extérieur. Elle regarde le clochard affamé du point de vue de celle qui mange encore sous un toit, elle regarde l’immigrant du point de vue de la citadine du pays où il immigre, elle regarde l’enfant soldat et sa guerre du point de vue de la payse du pays en paix, elle regarde son ancêtre esquimau déporté du point de vue transit de sa descendante métissée qui ne l’a pas suivi, elle regarde l’enfant béant, en partance, du point de vue de l’adulte comblé, arrivé. Et, comme l’intellectuel brechtien donc, elle nous interpelle, nous, son entourage de classe, et met en question et à la question l’illégitimité fondamentale de toutes nos prospérités illusoires et myopies veules.

C’est une révolte du fond du ventre, ferme et sourde, devenue colère éclatante, percutante, en ce sens que c’est une solidarité en révolte contre ces injustices, gluantes et durables, qu’on ne peut tout simplement plus ignorer. C’est aussi un impitoyable reflux de l’archa´que, de l’oublié, du refoulé, de l’infantile, du marginalisé, du bazardé, du périphérique. L’inaptitude salvatrice des cultures minorisées (ouvertement immigrantes ou subrepticement occupées) à se laisser uniformiser, assimiler, lessiver, aseptiser, cerner, fait ici l’objet d’une attention respectueuse et d’une récurrence indéfectible du chant solidaire. David québécoise, la poétesse connaît bien le poids onctueux et suavement ethnocidaire de tous nos Goliaths. C’est un cri résistant, aussi pratique que théorique, aussi empathique que cohérent, qui monte ici. C’est la permanence cuisante du traumatisme partagé, senti, rejoint, dans le réceptacle d’une empathie sociale et sociétale de tête pensante, qui est aussi la communion des entrailles et de la psyché profonde d’une femme. C’est, aussi, qu’on sent la poésie femme à chaque instant, à chaque tournant, chez Caroline Mongeau. On s’imprègne, s’imbibe, de sa spécificité féminine irréductible et irradiante, des particularités sororales de sa lecture du monde, de la lancinance ancienne de sa blessure.
 

[Retour…]

 

 

 

Livres publiés


Caroline Mongeau : Rage dedans