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Pub aux démons


Un roman de Nessendyl
 

Écrivain sans inspiration, célibataire en friche, incapable d’émettre autre chose que des idées mornes et des pensées médiocres, Bastien se fait soudain balloter, engourdi, d’un mystère sinistre à une sombre catastrophe. Ces cahots soudains ne le réveillent toutefois pas vraiment, car il ne croit pas assez en lui ; or, ses interlocuteurs s’avèrent être de plus en plus monstrueux jusqu’au moment où, effaré, Bastien comprend que sa vie est maintenant remplie de démons et qu’il doit prendre parti.

Doté de la capacité offensive d’un poulet et du courage qui vient avec, Bastien, toujours un petit peu déconnecté, va se manger des énormités qui auraient largement terrorisé quelqu’un d’un peu plus alerte. Lui se contentera d’avoir peur et d’être fatigué de tout ce vacarme ; mais cette peur et cette fatigue seront ses deux ailes, qui feront de ce garçon un peu larvaire un géant d’une violence à faire hurler de trouille les démons véritables. Comment, pourquoi ? Par l’entremise d’une arme légendaire que seul un Bastien molasson pouvait espérer manipuler sans exploser.

Le voici devenu l’être le plus dangereux de la ville, et nul ne sait exactement par quel bout le prendre, ni ce qu’il compte faire.

Première diffusion le 16 janvier 2014
4,99 € - 6,49 $ca sur 7switch | Poids lourd | Romans
ISBN : 978-2-923916-74-3


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Un échantillon :

Sa voix était redevenue douce, ses traits s’étaient détendus et elle ne faisait toujours aucun geste pour se dégager. Amusé par ce renversement de situation inespéré, Lazeud s’empressa de s’approcher encore, allant se coller contre elle sans remords. Elle ne fit rien et ne prononça pas un mot. Lui prenant le menton dans une main sans lâcher son poignet de l’autre, il approcha ses lèvres des siennes. Le souffle de Milde s’avérait chaud, agréable et surtout envoûtant. N’y tenant plus, il l’embrassa. Ce n’est que trop tard qu’il se rendit compte de son erreur. Son empressement avait été parfait, souhaité et maintenant, ce baiser tant espéré était un faux. Milde n’y répondait pas, pire, elle passa à l’action, une action toute autre comparée à celle qu’il aurait souhaitée. Plaçant sa main libre contre le torse de Lazeud, la jeune femme prononça une formule intérieure. Les phrases affluant dans son esprit n’avaient rien de paroles magiques, il s’agissait juste d’un texte écrit par ses tourments, de phrases lui brouillant les yeux de larmes. Elle envoyait des mots de pardon pour Bacmé. « Pardon pour avoir d’abord douté de lui, puis pour l’avoir laissé faire… Pardon pour ne pas l’avoir secouru… Pardon pour avoir voulu le rejoindre prématurément et sans le venger… Pardon pour tout et plus encore… » Une lumière étincelante éclaira le visage de Lazeud. Il voulut se dégager de l’étreinte qu’il avait lui-même forcée, mais Milde le retint près d’elle. Les sourcils crispés et les lèvres prises dans un faux sourire, elle le fixait avec une joie retrouvée alors que de fines larmes cristallines sortaient de ses yeux bleus devenus violacés. Il voulut lui crier quelque chose tandis que la lumière s’intensifiait. Il ne put prononcer un son au moment où cette même lumière l’aveuglait totalement.

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Note de lecture

Par Laurendeau

Le roman qu’on vous invite aujourd’hui à découvrir est écrit à la fois en Il/Elle et en Je. Notre Je de service, un certain Bastien Décanu, est un écrivain en mal d’inspiration. Célibataire endurci, il a en commun avec Beethoven le fait qu’il aspire à ce qu’on lui fiche souverainement la paix (surtout si on est son éditeur ou l’inspecteur Dey, petit constable fouineur et collant) et le fait que son appartement est en état de bordel quasi permanent (là s’arrête d’ailleurs l’analogie entre l’auteur de la Sonate au clair de lune et notre narrateur épisodique). Un beau jour, une jeune femme, grêle, pâle mais mystérieusement belle, convoque Bastien Décanu dans allez savoir quel entrepôt désaffecté de l’urbs. C’est que cette jeune femme, un peu aux abois, est une démone. S’installe alors dans nos esprit et dans celui de Bastien Décanu l’idée d’un monde citadin parallèle peuplé de démons qui sont intransigeants, qui sont inexorables et qui sont (parfois vaguement) anthropomorphes… ou pas. Ce monde a son code, ses lois, ses contraintes. Il a aussi son lieu de rencontre privilégié, un bistrot vaste et bruyant du centre-ville : le Pub aux démons.

D’office, le jeu (noter ce mot…) est fort inégal parce que Bastien Décanu est vulnérable et que les démons, qui sont bien prompts à vous catapulter dans l’autre monde pour ne pas voir leur univers physique et leur dispositif social percés à jour, pourraient l’aplatir comme un insecte importun. Mais, un peu comme dans les romans-feuilletons qu’il n’arrive plus à écrire, notre plumitif en panne sèche va comme fatalement jouer de chance. En une de ces inadvertances dont sont faites les grandes sagas et les jolies histoires, il va jambetter dans une poubelle contenant un objet tout ce qu’il y a de plus extraordinaire : une épée. Une vieille épée dont les dimensions immémoriales et enchantées se trouvent fermement amplifiées par le fait qu’elle a son nom, Onixyme, et sa catachrèse, la Dame de métal. Un peu comme les anneaux de Tolkien, cette épée vous drogue, vous fortifie, vous hante, vous obsède et s’empare de vous plus que vous ne vous emparez d’elle. Les démons, qui gravitent maintenant autour de notre humain comme un tourbillon, vont subitement prendre du champ tout en restant aux aguets. C’est qu’à la fois arme et démon, Onixyme les terrifie. En symbiose et se fusionnant à une main et un bras humains, elle devient une menace patente à la fibre essentielle de l’existence démoniaque. L’épée atavique au clair ou au fourreau, l’humain va entrer dans la danse folle. Et, graduellement, le regard de Bastien Décanu va nous faire faire nos premiers pas ès ethnographie démonologique.

Les démons vont par clans et ils se battent à mort en combats singuliers et/ou en combats clan contre clan – les deux dynamiquessont souvent confondues. Le Clan des Maydinay est dirigé pas son terrible chef Lazeud qui tient la section de la ville nous concernant en coupe réglée. Le Clan des Stoukos fait un peu figure d’aspirant. Son chef, le noble et ombrageux Tènqui, s’en prend plein la gueule dans ses rapports de force avec Lazeud. Les démons, garçons et filles, ont chacun une « arme + surnaturelle spécifique : qui un jet de feu, qui une procédure de glaciation, qui allez savoir quel coup de jus télékinétique ou paranormal. Certains se rendent invisibles à volonté ou adoptent une de ces apparences terrifiantes qui vous figent. L’arme et la force de chaque démon se découvrent empiriquement, sur le tas en quelque sorte, à la onzième heure d’un duel ou d’une rixe, habituellement. Ça se passe comme ça à la lecture aussi… tant et tant que lors des scènes de combats, enlevantes, vigoureuses et nombreuses, tout est possible, tout est permis, tout se visualise par des mots et des phrases.

Un certain nombre de démones ou démonesses sont de la partie et elles ne laissent pas leur place. On s’attache notamment au sort langoureux et cuisant de la capiteuse Milde, du Clan des Clakmank, un clan vassal des Maydinay. En bon roitelet des rues, duc en ses terres jusqu’au cuissage, comme le petit Gilles de Rais de service, Lazeud entend établir son dominion sur Milde. Celle-ci s’insurge ouvertement. Roméoetjuliettisme oblige, c’est Bacmé qu’elle aime. Moins puissant mais plus noble, plus délicat, plus galant, il provient d’un clan inconnu, il est irrésistible et c’est la douloureuse ambiance du parle plus bas car on pourrait bien nous entendre qui s’instaure chez ces amants-là. La guerre des clans va donc se compliquer d’une miniature interne de guerre de Troie. Humains, trop humains tous ces surhumains… Je ne vous en dirai pas plus…

L’expérience littéraire à laquelle nous convoque l’auteure de romans jeunesse Nessendyl passionne par ses indéniables qualités vernaculaires. Quand on visualise les éléments de son récit, on pense irrésistiblement aux Pokémons, à Dragon Ball Z, aux vampires et vampiresses de Twilight et à l’immense corpus de la culture des Mangas ou du jeu vidéo. Le style de Nessendyl, étrange comme un lagon la nuit et brûlant comme le feu d’un volcan le jour, nous entraîne dans une aventure tonitruante qui enfourne cinéma et bande dessinée dans l’espace noble, roide et riche de l’écriture et des Belles-Lettres. Accrochez vos couvre-chefs solidement. La nouvelle guerre des mondes est arrivée. Elle est en nous, au cœur de nos villes, sous nos gabardines, dans nos appartements, au fond de nos âmes. Les démons d’un monde sans dieu ni diable sont parmi nous.

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