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Sournois...



Sournois badine avec la vie.
Il en joue comme d'une bastringue
Et sa moralité malingre
Tergiversaille et compatit.
Ce qu'il y a de roué, d'adroit
Dans la synthèse de notre type
Se synthétise en lui, Sournois.
Il danse avec les belles danseuses,
Avec les fumeurs, bourre sa pipe.
Et sa maison, c'est sa vareuse.
Si sournois a si peu la cote.
C'est qu'il grappille et boursicote…



Cordula d'Arc,
fille de Cornélius d'Arc et de Lucie Ligouri



Armé d'un petit audio-dactylographe portatif, voici que je déambule de grand matin sur les quais à la recherche d'une nacelle ascensionnelle qui m'emportera vers la destination que j'ai à l'esprit. Le manoir que je cherche s'appelle le Logis du Fond de la Vallée. Avec un nom pareil, c'est certainement le funiculaire de plongée qui sera mon affaire. Je le prends donc, et descends lentement au fond de la vallée urbaine que surplombent les quais maritimes. Nos bons citadins périphérites ont tôt fait de me guider vers ma destination et je me retrouve devant le susdit Logis du Fond de la Vallée. C'est un petit manoir élégant de construction récente, à l'architecture très Nouveau-Domaine.

Respectueux de nos bonnes coutumes conventionnelles, j'entre sans frapper et me retrouve dans un hall de marbre gris assez spacieux dont un des pourtours est longé par un escalier en courbe évasée. Je m'apprête à inspecter le rez-de-chaussée, selon la procédure régulière des tabellions, quand un éclat de voix se fait entendre du haut de l'escalier. Sans hésitation, je monte et me retrouve devant ce qui est d'évidence la porte entrouverte d'une chambre à coucher. Je pousse le lourd huis de cèdre, en prenant bien garde de ne pas le percuter, ce qui serait impoli au possible. La porte s'ouvre sur une chambre de nuit assez vaste avec un lit et de jolis meubles roses et blancs.

Dans la chambre, une femme furète partout en regardant le sol et en maugréant. C'est une grande et svelte périphérite aux cheveux châtains bouclés nature. Elle porte une longue robe blanche, vaporeuse, qui flotte fort joliment autour d'elle. Elle paraît de bien méchante humeur. Je place ma main sur le cœur, dans la pose tabellionne la plus universelle possible. La grande dame finit par lever son regard du sol et m'apercevoir. Ses beaux yeux bleus ne manifestent aucune surprise. Elle dit, d'un ton un peu distrait : « Tiens, un tabellion. »

« Madame Cordula d'Arc ?

— C'est bien moi. Dites, mon tabellion, vous tombez à pic. J'ai terriblement besoin de vos services juste là.

— Je suis à votre disposition. Que puis-je pour vous ?

— Eh bien, comme une sotte maladroite, je viens de laisser tomber ma montre-bague. J'avais les mains un peu savonneuses, et elle m'a glissé des doigts. Je n'arrive pas à la retrouver sur ce parquet de bois lisse. Je l'ai entendu rouler sur une bonne distance. Misère, que c'est ennuyeux ! »

Je me mets à regarder le sol d'un œil plus attentif. La dame dit alors :

« Je ne suis pas chez moi ici, vous comprenez. Cette résidence secondaire est une location.

— Et vous êtes sous juridiction restreinte ?

— Oui.

— Décrivez-en la nature.

— Tous les recoins forclos me sont prohibés. Tiroirs, armoires, cagibis.

— Cela inclus naturellement le dessous du lit, où je soupçonne fortement votre montre-bague d'avoir roulé.

— Exactement. D'où mon commentaire de tout à l'heure à votre arrivée. Vous tombez vraiment à pic.

— Eh bien, on va regarder ça. »

Je m'avance et pose mon audio-dactylographe sur le lit. Je suis très content et très honoré d'obliger ainsi l'actrice Cordula d'Arc. C'est une excellente entrée en matière pour la suite. Les tabellions domaniaux ne sont soumis à aucun des interdits locatifs des baux périphérites, si bien que j'ai pleine juridiction pour fureter dans tous les recoins de cette chambre et de cette demeure. Je me laisse doucement tomber à quatre pattes et me fourre la tête sous le lit. J'y aperçois aussitôt une jolie petite montre-bague auriculaire qui scintille à l'œil et semble m'attendre. Je la cueille, extirpe ma tête de sous le lit, me retourne sur le dos et la montre à la dame en blanc. Elle hoche la tête, pousse un grand soupir soulagé et se place les mains en coupe en disant : « Vous êtes un vrai cœur de tabellion ! Mes mains sont bien sèches maintenant. Lancez. »

Je lance la petite montre-bague. Cordula d'Arc l'attrape en riant un peu et se l'enfile aussitôt sur l'auriculaire droit. Elle se penche ensuite vers moi en une pose solide et savante, me tend ses deux puissantes mains de bateleuse et dit :

« Laissez-moi donc un peu vous aider à vous extirper de là. »

J'approche délicatement mes mains des siennes et avant de me rendre compte exactement de ce qui se passe me voici debout devant mon hôte. Elle lâche mes avant-bras, vérifie discrètement ma stabilité au sol, me sourit radieusement et dit : « Voilà. Merci mille fois. Ça m'aurait vraiment fait pester de perdre cet objet. À qui ai-je l'honneur ?

— Tabellion Eutrope Tarbe. »

En entendant mon nom, Cordula d'Arc se couvre le visage d'une main, cherche à contrôler un petit éclat de rire nerveux et dit, visiblement commotionnée par mon identité : « Eutrope Tarbe ! L'Eutrope Tarbe de la Basoche Historique Itinérante Rebuffeuse !

— Lui-même.

— C'est... vraiment... c'est un très grand honneur pour moi de vous rencontrer. Que... que puis-je donc pour vous ?

— Je travaille à quatre brochures sur la descendance de la Baronnette Cordula d'Arc. Trois d'entre elles ont déjà paru.

— Ardeur de ma vie ! Je le sais ! On ne parle que de ça dans tous les cénacles ! Mais encore ?

— Eh bien le moment est venu de rédiger la quatrième brochure.

— La quatrième brochure ! Tiens donc ! Et quel en est le sujet ?

— Vous.

— Moi ?

— Oui, vous, Cordula d'Arc, fille du Bateleur Cornélius d'Arc et de l'intendante de compagnie théâtrale Lucie Ligouri. Ne me dites pas que vous êtes surprise ?

— Un peu, oui. Je croyais... je croyais que c'était de la recherche historique.

— C'en est. Mais nous en arrivons maintenant à la phase d'histoire contemporaine. Je sollicite donc par la présente l'honneur d'une entrevue. Je suis ici pour prendre rendez-vous avec vous. »

Pensive, ingénue, concentrée, un peu démontée même, Cordula l'Arc me contourne et s'assoit sur le bord de son lit, non loin de l'audio-dactylographe que j'y ai posé. Elle croise la jambe, s'appuie la joue dans une main, fronce la bouche et les sourcils, me regarde d'un air presque hagard et dit : « Oui, oui, c'est bien normal, c'est bien naturel. Je suis en vie. Il est compréhensible que vous veniez quérir vos informations à la source. Je suis bien bête de ne pas y avoir pensé, en fait. Excusez-moi, mon tabellion. »

Je suis debout devant elle à bonne distance, en pose tabellionne, la main sur un cœur qui bat très fort, car elle semble réceptive, ce qui me touche beaucoup. Je dis poliment : « Mais il n'y a pas de mal, Madame. Aucune excuse n'est requise. Quand pourrions-nous procéder à cette entrevue ?

— Mais... mais tout de suite, mon tabellion, tout de suite. Je suis en vacances. J'ai toute ma journée. Et je dois admettre que tout ceci me suscite une curiosité dévorante. Allez-y, je vous écoute. »



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