, MAIS... est un recueil qui survole trente-cinq ans d'écriture. Poésie d'abord timide (Je n'ai que mots journaliers), exprimant le doute, le doute de sa propre existence jusqu'au doute menant à la fragilité de la vie, elle croît par la suite en intensité et en maturité (Mon œil myope immigre moite dans l'ombre de mes mains)... Les poèmes ne sont pas en ordre chronologique, mais regroupés plutôt pour permettre au lecteur de glisser d'un thème à l'autre, évoluant vers la densité intérieure et explosive d'un homme au passé secret et à l'avenir incertain (Voilure de marbre usée aux siècles mouillés). Les textes sont comme des photographies d'émotions prises sur le vif dont on ne peut détacher le regard. L'auteur prétend qu'il est peu probable de pouvoir arrêter la lecture dans la dernière partie du recueil pour autre chose que respirer.

Cette poésie gagne à se lire à voix haute pour en apprécier la saveur subtile des rythmes et découvrir la richesse sonore des sens. À la mer l'homme mouille la mort.

 


Échantillons :


Isabelle des premières dames du domaine

L'ouïe ce sourd

Inattendue confiance au mouvement



Isabelle des premières dames du domaine

À l'origine de notre château nous étions
Ardents bâtisseurs de cœurs et de passions
Isabelle des premières dames du domaine

À cette heure et vous voyant aller, j'ai tant la peine

Isabelle, Dame-maître des bibliothèques et des salons
À vos courage et renom : Ô grande dame sage
Comme le poète livre à l'emploi ses émotions
Par l'encre s'écoulant en des flots d'hommages
Je mouillerai modeste masque par mes yeux
En vous souhaitant long voyage heureux
À cette heure et vous voyant aller, j'ai tant la peine

Mon Isabelle des premières dames du domaine



L'ouïe ce sourd

Ce toutou trompe comme une grammaire périmée.

Il hait et d'importance fastidieuse, il s'aime luire
Parlant présence de lui-même, il indispose

Il jappe agressif sa présence.
Mauvais entendant qui vocifère les bayettes en l'air,
Loup, il file hypocrite, adorable chiot devenue chien
Et comme tant de molosses en chasse, il a perdu sa place.



Inattendue confiance au mouvement

Dramatisant comme une enfant fauve et maternelle
Enquêtant endormie les écarts de l'aube et des vents
Nourrissant une soif d'heures payant le matériel
Interrogeant l'angoissante incertitude des gens
Saisissant l'aire embrasée d'essence à changement
Enrichissant demain d'inattendue confiance au mouvement