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Les retrouvailles


Un roman d’Apolline Thiéry
 

Clara Schiller est Allemande. Douée d’une beauté rare, animée d’une farouche volonté de vivre, mais hantée par un lourd secret qui prend racine dans un passé presque indicible, Clara papillonne d’homme en homme, semant rancœur et désolation sur son passage.

Tout va se nouer dans un hameau de l’est de la France, où Clara débarque avec la ferme intention d’aimer un homme… qui ne l’a pas attendue pour faire sa vie. Ils s’aimeront, leurs vies exploseront à ce contact, il y aura des dégâts collatéraux.

Le titre du roman est donné par la fin : tout le texte est une apologie de Clara, une explication de ses errances brûlantes, écrite par son ultime conjoint à l’intention de leur fille – que celle-ci, enfin, comprenne et pardonne à cette mère si froide et si amère, et puisse renouer avec les membres de la famille, éparpillés comme des éclats de grenade à la suite d’une torride après-midi d’adultère.

Première diffusion le 16 mars 2014
3,49 € - 4,59 $ca sur 7switch | Poids lourd | Romans
ISBN : 978-2-923916-80-4


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Un échantillon :

Pendant ces conciliabules, Clara posait dans l’atelier. Elle se sentait terriblement lasse. Au cours des deux derniers jours, elle avait tout tenté. Elle s’était appliquée à plisser joliment les yeux quand elle souriait, à éclater d’un rire cristallin à chaque plaisanterie, et s’était aspergée de son parfum le plus capiteux. Toutefois, l’attitude de Simon n’avait pas évolué. Obstinément indifférent à tous ses efforts, il persistait à ne la voir que comme un modèle, un banal objet. La bouche amèrement rentrée, Clara songeait qu’elle n’était peut-être pas bien persévérante, mais qu’elle n’en pouvait plus. Il fallait qu’elle s’en aille, loin du supplice d’être transparente à celui qu’elle aimait. Qu’elle parte pour sauver sa peau.

Simon continuait de la croquer sans un mot, les traits crispés par la concentration. Tout à coup, il laissa échapper son crayon et soupira lourdement.

« Ça ne va pas, je n’y arrive pas, murmura-t-il comme pour lui-même. Il manque… quelque chose. Clara, poursuivit-il (elle tressaillit en entendant son nom dans sa bouche), vous êtes là sans l’être. Ailleurs. Et si vous êtes absente dans la réalité, comment voulez-vous que je puisse saisir votre présence dans un dessin ? Jusqu’à présent, vous étiez parfaite. Qu’est-il arrivé depuis ? »

Incapable de répondre, elle continua de boire ses paroles, se repaissant du qualificatif qu’il lui avait attribué : « parfaite ».

« Bon, regardez-moi à présent. Je veux voir la vie en vous, c’est essentiel. »

Clara obéit et le fixa si intensément que ses yeux la brûlèrent. Deux heures durant, elle resta assise devant lui, tournant et retournant ce mot dans sa tête : « parfaite », si bien qu’elle ne vit pas que peu à peu, les prunelles de Simon se faisaient moins lointaines et plus pesantes sur son visage superbe.

Il finit par rompre le silence :

« Tournez-vous un peu s’il vous plaît. Non, pas les épaules… »

Il se leva, s’approcha et saisit sa tête entre ses doigts. Clara crut défaillir au contact de ces mains longues et fines, ces mains d’artiste posées sur elle.

« Voilà, comme ça, dit-il avec douceur en inclinant légèrement sa figure. »

Il s’attarda une seconde de trop, et leur regard se croisèrent. Pour la première fois, Clara sentit quelque chose de très fort passer entre eux. Des années plus tard, elle songerait que c’était à cet instant précis qu’il l’avait vue comme autre chose qu’un simple modèle, à ce moment exact qu’il avait commencé à la désirer. Muet, ébloui, il restait les mains crispées sur ses joues. La situation allait virer au burlesque quand il recula brusquement, comme frappé par la foudre. Clara resta là, les narines frémissantes de cet éclatant avant-goût qu’il lui avait donné – un peu plus qu’un regard, un peu moins qu’une promesse. Quant à lui, il demeura pâle et silencieux, les pensées fixées sur l’éclat coupant de ces yeux clairs, ces yeux dans lesquels il finirait par se noyer.

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La vie de Clara Schiller

Par Laurendeau

« J’aimerais savoir d’où vous vient cette force presque désespérée de vivre » murmura-t-il d’un ton songeur. « Vous êtes une lionne, Clara, une flamme incendiaire prête à tout brûler pour avoir droit à sa part de bonheur… »
 
 

Vous allez faire la rencontre et partager l’insatiable pulsion de vie et d’amour de Clara Gerda Schiller. Clara est allemande. C’est une beauté naturelle et étrange du siècle dernier, le genre de visage et de corps qui inspirent les peintres pour des portraits, poussent les hommes du tout venant à se jeter dans le vide, et déclenchent des tempêtes de jalousie féminine quand ils apparaissent dans une salle de bal. Les sentiments que Clara suscite à la volée sont voués à être implacablement gorgés des plus ardents contrastes, dans un sens haineux ou dans l’autre amoureux. Et la genèse des motivations de Clara Gerda Schiller sera la compréhension intime et articulée de ce qu’est très fondamentalement une garce. Mais Clara Gerda Schiller n’en est pas vraiment une car elle est profondément comprise et adéquatement étudiée par l’auteure qui la sert. Garce… (le mot ne figure qu’une seule fois dans le roman et encore le propos est alors moins descriptif qu’ouvertement hostile, myope), c’est une façon par trop phallo-orientée de conceptualiser ce qui s’empare de nous, ici.

Pas de ça entre nous. Nous allons vivre une petite révolution de notre compréhension des femmes et du monde et l’aventure vaudra amplement la promenade. Il n’y a pas de garce ici. Il n’y a que des femmes, y compris une jeune écrivaine parfaitement envoûtante, qui domine son traitement à la fois avec sobriété et virtuosité.

Comprenons-nous, il y a des hommes aussi dans cette histoire toute en réminiscences. Les personnages masculins y occupent une portion significative du focus attentif. Tout s’amorce d’ailleurs sous l’impulsion de l’un d’entre eux. Un vieil homme d’affaires qui se meurt est à l’écritoire. Il est à mettre en forme une longue lettre testament destiné à sa fille. Mais est-ce sa fille ? En tout cas, c’est la fille de Clara Gerda Schiller, même si elle n’a jamais vraiment connu sa mère. Ou est-ce son père que cette fille allocutaire n’a jamais connu ?

Nous allons reculer dans le temps et vivre l’histoire d’une jeune femme qui abruptement tombe amoureuse et, tout aussi abruptement n’aime plus et tombe amoureuse encore… d’un autre… puis d’un autre… puis… Cette succession hachée des émotions de la passion et du désir en viendront à fonder notre normalité, nos implicites, notre compréhension en lecture. Et, un beau jour, Clara cesse (une fois de plus) d’aimer l’homme avec lequel elle est, un collectionneur de galerie d’art, et tombe amoureuse du peintre qui veut faire son portrait. Nouveau transfert de l’intensité des passions. Mais l’affaire se complique quand Clara découvre que Simon, le peintre donc, son nouvel objet d’amour, n’est pas aussi prompt à la réciprocité des passions que le furent le chapelet de ses autres hommes. Il est marié, il a un jeune fils, il est heureux en ménage et, comme maints artistes, il vit dans un petit hameau. C’est dans ce petit monde villageois et ce lieu champêtre que Simon, en toute innocence, entraîne Clara pour faire son portrait, car la forme étrange et mystérieuse de son visage le rend fou d’inspiration. Tandis que Clara s’attelle à séduire cette petite forteresse de professionnalisme, le huis clos se referme sur elle, plus implacable qu’il n’y paraît. Le haut-fourneau des langueurs cerne tout ce qui est torride en son ventre et se met à percoler. Rien ni personne ne sera alors épargné.

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Livres publiés


Apolline Thiéry : Les retrouvailles