L’hélicoïdal inversé, un recueil de poèmes de Paul Laurendeau
Montréal, l’art brut, Claude Gauvreau, les Automatistes,
Riopelle et Le Malheureux magnifique. Paris, les cadavres
exquis, Marcel Duchamp, les Dadaïstes, Prévert et Les Vacances de
Hegel. Aussi, un tout petit peu, Andy Warhol, Jackson Pollock et Allen
Ginsberg.
Tel est le vrac d’influences dont se réclame Paul Laurendeau dans ce florilège de petits chants de joie. Mais la muse sublime, le flux d’inspiration direct de ce recueil de poésie vive, ce sont les petits objets, les collages, la gouache, les crayons feutre, les mannequins, les hiboux de terre cuite, les bancs de parc empiriques, les sculptures de rue, les masques en papier mâché, les petites poupées de papier ou de toutes autres matières, les choses qui traînent sur nos étagères, devant les livres qu’on entend toujours relire un de ces jours.
Le ver est coupant, irrégulier, parfois langoureux, rarement symboliste, le plus souvent joyeux, ironique, narquois et chantant. L’ouvrage est écrit à 90% en français, à 10% en joual… Plus descriptif que narratif, plus pictural que musical, à mi-chemin entre un manifeste sur l’Art et un parti pris des choses néo-figuratif, ce recueil place l’objectif dans l’angle désaxé que dicte la poésie concrète. Dans L’hélicoïdal Inversé, Paul Laurendeau nous sert cent cinquante petits moments autonomes et savoureux, comme le seraient cent cinquante petits objets familiers que l’on tirerait d’un grand coffre vieux de cent ans tout juste, pas une seule minute de plus.
Première diffusion le 6 janvier 2013 .
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ISBN : 978-2-92391-663-7
Un tube de poésie concrète
Quand je suis tombé
Sur ce tube de poésie concrète,
L’affaire ne fut ni banale
Ni tristounette.
Le tube était rebondi, oblong, comme rieur.
Non, la situation n’était pas triste.
Il avait tout l’aspect extérieur
D’un tube de dentifrice.
Simplement, on lisait, sur sa surface replète,
Ces mots en lettres noires :
Poésie concrète.
Je le saisis doucement par le corps.
Un peu raboteux,
Il semblait plein de riz cru.
J’ai cherché à verser dans ma main
Une portion de son discret contenu.
Il tomba du tube des lettres dures
Comme les lettres qu’on aurait
Préparées avant de les faire cuire
Aux fins d’une soupe à l’alphabet.
Elles sortaient du tube difficilement.
Était-ce comme un signe des temps ?
Ce tube de poésie concrète,
Je sais pas encor si je l’aime
Ou le déteste car le fait est
Que son contenu de poème(s),
Il me faut encor le fabriquer.
Comme le prouva si bien
L’Oulipo,
Les lettres
Ne forment pas des mots.
C’est un vrac,
Un magma ou, mieux,
Une ribambelle
Comme les cent mille milliards
De poèmes en lamelles
De ce conneau
De Queneau.
Conclusion : quand d’aucun évoque
l’idée
De se faire entuber,
Ne me demandez pas d’épiloguer.
Remettre les lettres dans le tube
De poésie concrète
Me serait la plus cuisante
Des missions secrètes.