Femmes : La valse des prénoms, un recueil de nouvelles de Thierry Noiret

Combien ? Peu ! Beaucoup trop peu. Pensez-y ! De toutes les figures féminines qui marquèrent l’histoire, citez-moi celles dont l’aura ne fut pas noircie par le temps ou dont le génie ne fut point usurpé ! Jeanne d’Arc, brûlée vive ! Hélène de Troie, une fois la guerre menée ? Oubliée ! Marie de Médicis exilée, Colette obligée de publier sous le nom de son mari… Marie Skłodowska finalement prix Nobel mais d’abord avec son mari Pierre Curie…

Quant aux femmes imaginaires depuis Ève, y en a-t-il une seule que le destin a gâtée d’une auréole bénéfique ? Lilith, Kali la noire, Isis, Athéna, Aphrodite même, Hécate la morbide, Ariane, Eurydice l’infernale, Morgane, Baba Yaga la sorcière, Alice, Clochette la jalouse ou autres Nymphes, Érinyes, Muses, Parques et Amazones… Toutes ont leur part d’ombre, leur légende noire.

Avec la grâce de son style et l’humour de ses propos, Thierry Noiret passe en revue le parcours de neuf héroïnes marquantes du passé. S’il se permet de modifier leurs noms, c’est surtout pour tromper « l’ennemi masculin », mais aussi – et surtout, pour mieux leur rendre hommage et restaurer leurs lettres de noblesse.


Première diffusion : 15 janvier 2026 ; Poids : moyen ; Collection : Nouvelles
Prix sur 7switch : 3,49 € - 4,99 $ca 
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En version papier, l'ouvrage est disponible sur Amazon, notamment sur Amazon.ca
ISBN : 978-2-925555-06-3


Extrait 1 : Préface de Gabrielle Danoux

Dans ce recueil, qui vous tiendra certainement en haleine jusqu’à la dernière ligne, Thierry Noiret a su rendre un vibrant hommage à la femme, à des femmes réelles ou pas, en leur « inventant » tantôt « un passé », comme pour la très émouvante Anne-Nicée, tantôt un nouveau présent ou un avenir imaginaire. Il sait qu’il a le pouvoir de le faire (« Seule la fiction est capable de racheter la réalité. »), aussi, se fait-il un devoir d’y arriver. Le résultat final est à pleurer : de joie ou de tristesse, car « pleurer parfois c’est aussi être fort, pleurer parfois ça marche ».

Comme il s’en explique lui-même, l’auteur entend redorer la gloire quotidienne des femmes, « illuminer leurs faits et gestes à tort cousus de noirceur », « les coiffer d’une aura pacifiée ».

En fin connaisseur de son monde contemporain, mais aussi de l’Histoire et de la mythologie, l’auteur ne fait pas que dépeindre, avec grande justesse, un monde empli de travers plus ou moins supportables, mais nous propose des alternatives qui sont les brillantes idées de ses personnages féminins, « ces icônes du temps passé ». Ainsi, Hélène de Quatre, surpasse celle de Troie et parvient à obtenir la paix.

Thierry Noiret a un excellent sens de la formule qui marque les esprits (« La sagesse est comme une coupe pleine : l’eau se répand dès qu’on l’effleure […] », « Petits et rares, les caprices vont avec la couronne tant qu’ils servent à l’embellir. ») et un style très poétique, mais qui ne nuit pas au rythme de la narration. Il sait également et élégamment dramatiser, au sens de théâtraliser, comme dans « Olympe de Songes ». Il nous promène de Paris à Monceau, en passant par Toronto, l’Écosse (dans « Marie Histoires », où l’on reconnaît la reine Marie Stuart), et surtout des contrées imaginaires, ou tout simplement trop lointaines, souvent des îles. On ne peut pas oublier la touche de fantastique du texte « Rachelle de carreau », qui nous conduit pourtant dans des endroits bien réels et bien connus.

Thierry Noiret sait fort bien nous interroger au sens propre (il use, sans abuser, des points d’interrogation), comme au figuré, car il ne compte pas nous laisser indifférents à l’Histoire et encore moins à ces petites histoires qui se vivent au quotidien. Il nous interpelle constamment et parfois nous réveille de notre torpeur : « As-tu, lecteur, seulement imaginé quel tremblement secouerait tout ton corps si tu découvrais la terre d’aujourd’hui avec les yeux de tes ancêtres ? » [...]

En conclusion, une plume exquise et habile, pour une lecture instructive, originale et salutaire.



Extrait 2 : Le laboratoire des douces revanches

[...] Comment naissent les personnages de fiction ? Ni d’une femme, ni dans les choux. Imaginaires… certes, mais ils ne naissent pas de notre fantaisie. Ils apparaissent au loin, sur le chemin de notre conscience. Ils nous attendent sans avoir déjà chair ou parcours de vie tout tracé. À peine un mot, un appel, voilà qui ils sont.

Un petit mot sur une pancarte, ils nous font signe.

Celles qui figurent dans cet opuscule me hélaient ainsi depuis longtemps. Elles avaient ce sourire gêné aux lèvres… Y flottaient dérision et jeux de mots faciles. Elles avaient pour toute intrigue, l’ironie de leur nom !

Donner vie à ces fantômes blessés fut ma préoccupation majeure… Toutes femmes au destin resplendissant si… Toutes conquérantes tant que les mâles ne se sont pas mêlés de…

Reines ou anonymes, toutes blessées, toutes battantes mais désillusionnées quant à la place que les hommes leur avaient réservée dans les mémoires, j’ai vu votre nouveau nom, je me suis mis au travail. J’ai quelque peu corrigé votre CV pour vous donner une nouvelle chance.

Un nom, me demandez-vous, un nom peut-il changer l’histoire ? Hélas non ! Mais il a suffi de corrompre le leur pour tromper l’ennemi mâle, pour dévider le fil d’une histoire différente, pour illuminer leurs faits et gestes à tort cousus de noirceur.

Hélène, après Troie, tu ne pouvais que voguer vers Quatre ; Olympe, après les Bouges, à toi les Songes…

Ainsi ont-elles amadoué ma main, se sont emparées de ma plume, ont revisité leur destin. J’étais désormais investi de la drôle de mission de les habiller, leur teindre les cheveux et les envies, les coiffer d’une aura pacifiée, de leur tracer une route plus droite sans aucune vilenie masculine.

Non ! Hélène, vois-tu, tu ne resteras pas cette séductrice dévastatrice, oubliée sous les ruines calcinées de Troie, j’en ai témoigné.

Et toi la jeune fille anonyme, toi l’amoureuse abusée trop jeune, comme combien de millions d’autres depuis qu’Ève a croqué dans la vie, je t’ai dessiné les traits de mon premier amour d’enfance. J’ai deviné ton désespoir, j’ai peut-être grossi le trait, mais je t’ai évité le pire. Le pire existe et mon récit vaut pour toutes celles qui y ont succombé. Anne-Nicée, je t’ai relevé la tête et cela a suffi pour que tu reprennes confiance.

Quant aux autres… Ces grandes dames de notre passé dont l’histoire a sali le destin comme l’on tache de boue la robe d’une mariée dont on veut gâcher les noces, je vous ai blanchie de toute éclaboussure.

Non, Olympe, ta tête n’aura pas roulé pour rien sous la guillotine ! Je t’ai inventé une île où tu as pu la faire, ta révolution tranquille. Oui ! Marie Stuart, tu n’es plus seule pour affronter ce destin si chaotique parmi les cours royales d’Europe, je t’ai inventé un ami fidèle dont le costume de bouffon ne sert qu’à mieux t’écouter. Vous les héritières de la fastueuse branche des Médicis rien ne vous oblige désormais à toutes devenir reines et servir la gloire de votre famille déclinante.

Et toi, enfin, Aliénor d’Aquitaine, le temps de te poser toutes ces questions auxquelles tu n’as jamais pu répondre, l’occasion de confesser que tu n’as pas eu le temps… ce temps-là je te l’ai accordé.

Vous dessiner une physionomie, un physique, vous vêtir, vous tailler une aura dans les tissus de lumière, vous investir d’une volonté renouvelée, rien qui ne soit hors de ma portée. Comme je l’ai dit, un nom, un prénom a suffi ! Faisons mille vœux, pour que votre fortune au travers des quelque dix mille mots ici efface la part sombre de votre histoire.

Non ! Héros et héroïnes de fiction ne sont pas de simples rêves mis en phrases, ils sont là pour nous égayer et elles, bien plus courageuses, pour combler nos lâchetés, notre imprévoyance, nos oublis volontaires.

Puissent celles dont je vous ai conté l’histoire, envahir nos trottoirs, nos films, nos pages publicitaires et nos rêves. Puissent-elles incarner la mauvaise conscience de notre culture !

Quant aux femmes de demain, même présentes dans nos rêves et nos désirs, que ne les laissons-nous décider elles-mêmes de la réputation qui doit les précéder !


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